Sauvetage insolite dans les vignes d’Yvorne

Philippe Grob s’est mis à la photo animalière voilà deux ans. Il expose ce week-end durant les Pic’s Days.  | DR

Ornithologie
Une huppe fasciée s’était prise dans un filet de protection pour la vigne. Intervenant promptement, Jean-Pierre Mueller l’a libérée sans dommage.

«Ouvrez, ouvrez le filet de protection des vignes à la huppe fasciée. Regardez-la s’envoler, c’est beau.» Cette adaptation libre d’une chanson célèbre de Pierre Perret convient bien à la belle histoire qui a uni ces derniers jours Jean-Pierre Mueller à un volatile peu courant ici.

«Un matin, mon épouse m’appelle de la cuisine pour me dire qu’il y a quelque chose qui bouge dans la vigne en face de chez nous. Je décide d’aller voir. Je constate alors qu’un oiseau est pris dans les filets. Un oiseau magnifique avec une crête et que je n’avais jamais vu», annonce Jean-Pierre Mueller. Il le saura plus tard, c’est une huppe fasciée. La gourmande cherchait probablement à se délecter de vers entre les rangs de vigne.

Le Vuargnéran prend l’Upupa epops dans sa main, «qui se laisse faire» et réfléchit comment «la sortir de là». Il va chercher des ciseaux à bouts pointus et… un appareil photo. Son voisin, Jean-François Franceschini (doublement couronné de la Fête des Vignerons) vient lui donner un coup de patte. «Délicatement et patiemment, j’ai libéré tous ses membres et son bec, en essayant de ne pas la blesser. Ça a pris 10 minutes», poursuit Jean-Pierre. 

Jean-François Franceschini indique que «les filets ont été posés conformément à la réglementation». Et d’ajouter qu’avec le changement de couleur de vert à bleu, les oiseaux se prennent moins facilement au piège: «Ils les voient beaucoup mieux.»

Les deux compères se rendent alors à deux coups d’aile de là, chez Éric Bolomey, pour lui demander conseil sur la suite à adopter. Ornithologue amateur, ce dernier est membre du Groupe des amoureux de la nature en Lavaux. Pour cet organisme, il est spécialiste dans le Chablais du torcol fourmilier et des… huppes. «La fasciée est rare dans nos contrées, car elle trouve difficilement de quoi se nourrir.» Elle mesure environ 30 cm, ne pèse que 80 g et pupule. Mais pas ce jour-là… 

«Elle n’avait rien de cassé. Une plume était un peu abimée. Je l’ai relissée dans le bon sens et j’ai déployé ses ailes l’une après l’autre. Sa crête était dressée, signe qu’elle avait peur», détaille Éric, qui donne le feu vert à Jean-Pierre pour rendre Upupa à la liberté. Les huppes quittent l’Europe à la mauvaise saison pour migrer vers l’Afrique ou le Proche-Orient.

«Je l’ai prise à deux mains, puis légèrement poussée vers le haut. Elle a déployé ses ailes et s’est envolée d’un coup. Ça a été vraiment un très beau moment pour moi, plein de douceur. Pouvoir tenir un si bel oiseau, le sauver et lui rendre sa liberté en toute sûreté m’a rempli d’émerveillement», conclut Jean-Pierre.

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