À La Gare, un billet pour le monde

Marion Lafarge, chargée de communication, et Catherine Breu, directrice de La Gare – arts et jeunesse: une petite équipe, mais de grandes aspirations.  | P. Genet

Monthey
Avec son déménagement au printemps 2023, le théâtre jeune public montheysan, déjà bien implanté en Suisse romande, entrevoit de nouvelles perspectives. On fait le point.

Il est des photographies qui s’imposent d’elles-mêmes. Celle-ci en fait partie, qui trottait dans la tête de Catherine Breu depuis un moment: poser au balcon élisabéthain de la salle de La Gare, façade toute de blanc et d’or, comme un joyau sublimé pour le jeune public, mais destiné à briller pour toutes et tous. Inaugurée aux portes du printemps 2023, La Gare arts et jeunesse – son patronyme complet – a bouclé cet été sa première saison en ses nouveaux murs après 34 années au fil de la Vièze, au petit théâtre éponyme, sous le nom de La Bavette. 

Nouvelles capacités d’accueil

Le millésime 2023-2024 aura d’ailleurs affiché des chiffres remarquables: 87% de fréquentation, 7’967 personnes dont 4’159 lors des représentations publiques et scolaires et 3’808 «hors spectacles» – soit les gens ayant participé aux activités tierces comme les cours de théâtre et les ateliers publics et scolaires. 

De quoi ravir Catherine Breu, qui dirige le lieu aux seuls côtés de Marion Lafarge, chargée notamment de la communication. «Ce déménagement nous a permis d’augmenter clairement nos possibilités d’accueil en passant des 105 places de La Bavette à 120 places en gradins rétractables ici, se réjouit la directrice. Nous bénéficions également d’un outil de réservation plus performant, puisque nous sommes aujourd’hui intégrées au système de billetterie du Théâtre du Crochetan.»

Un statut renforcé en francophonie

Mais le lieu n’avait pas attendu son déménagement pour prendre une place sur la carte suisse romande du spectacle jeune public. La Gare est en effet l’un des six théâtres labellisés pour la création en Valais avec le Spot (Sion), le Théâtre Les Halles (Sierre), le Zeughaus Kultur (Brigue), la Poste (Viège) et le Crochetan.

Signe fort du statut que la structure a su acquérir au fil de programmations inspirées: depuis sept ans maintenant, Catherine Breu et son équipe organisent une fois l’an la «course d’école» des programmatrices et programmateurs avec le Petit théâtre de Lausanne et le Théâtre genevois Am Stram Gram, deux poids lourds du spectacle jeune public en Romandie et, plus largement, dans le théâtre francophone. 

Visibiliser le travail des artistes

«Ce sont des lieux qui comptent, en effet, relève pudiquement la directrice. On n’a pas leur budget, mais on a ce label création jeune public depuis 2012, parce que c’est notre mission d’accompagner les artistes et de rendre visible leur travail.» Au moment de notre entrevue, d’ailleurs, la compagnie veveysanne Alsand était en pleine résidence d’écriture de son prochain spectacle, appelé à voir le jour d’ici à un an, en septembre 2025. 

«Nous avons pratiquement chaque année une création estampillée Théâtre Pro Valais», poursuit Catherine Breu, relevant par exemple la présence lors de cette saison 24-25 de l’excellente compagnie Push-Up de Pauline Epiney. L’an dernier, la chorégraphe montheysanne de renommée internationale Rafaële Giovanola y a par ailleurs travaillé à une création participative avec 19 personnes sur scène, adultes et enfants. «Avant, on ne pouvait pas faire ça. Cette salle de La Gare offre de nouvelles possibilités en termes de création, de médiation, d’ateliers, de cours, de circulation des publics. Ce développement nous permet de renforcer cette idée de véritable «pôle» du spectacle jeune public.» Et la saison qui s’ouvre en est la parfaite illustration.

www.lagare.ch

Un théâtre «ancré dans une réalité»

À quoi sert le théâtre? La réponse lui semble si évidente que Catherine Breu marque un temps d’arrêt avant de répondre. «C’est une nourriture pour l’âme, le cœur, l’esprit. Le théâtre fait écho à ce que l’on vit, ouvre les regards. À tout âge.» Le «à tout âge» est important. Orientée jeune public, La Gare se veut intergénérationnelle, pour que «les gens puissent venir aussi sans enfants». Un credo disséminé pour cette saison 24-25 le long de quatorze spectacles, entre la salle de la Gare et la Loco pour les propositions hors des murs, dont deux à la Maison du Monde, comme la programmation en a pris l’habitude ces dix dernières années. On notera, parmi les ments forts de cette saison, «Les Métamorphoses de Lilo», de la compagnie Push-Up, «Ode à la puissance de l’imagination et à la force réconfortante de la nature», «Personne n’est ensemble sauf moi», qui interroge la place des ados en situation de handicaps dits «invisibles» face au monde, ou encore «Radio Gare», proposition d’Emilie Bender invitant les 8-14 ans à découvrir les coulisses du théâtre par l’expérience de la radio, le temps de douze sessions. «J’ai besoin d’un théâtre ancré dans une réalité, qui parle du monde d’aujourd’hui», conclut Catherine Breu. Mission accomplie.