Cinérive donne la parole aux « survivantes »

Film
La société veveysanne vient de devenir distributeur suisse du documentaire «Les survivantes». Lequel se penche sur la pédocriminalité organisée via huit témoignages-choc. Nous avons assisté à une avant-première en présence d’une «survivante» vaudoise.

Le générique de fin s’achève. Les lumières sont rallumées et un silence de mort fait place aux applaudissements. Beaucoup sont KO. D’autres très émus. La salle de cinéma de la Sarraz était pleine. Une trentaine de spectateurs avaient même dû être refusés lors de cette avant-première début septembre.

Motif d’un tel engouement? La diffusion par la société veveysanne Cinérive du documentaire «Les survivantes». Sorti en France en mai, ce film-choc de Pierre Barnérias met la lumière sur les réseaux pédocriminels via huit témoignages d’anciennes jeunes victimes dont une énarque, une aristocrate belge et une Vaudoise. L’ex-journaliste vaudois, surnommé «le croisé de l’enfance maltraitée» Georges Glatz, président fondateur du Comité International pour la Dignité de l’Enfant, qualifie même ce film de «très important». 

Pas refroidie par le passif du réalisateur

En 2020, le journaliste français signait Hold-up, un documentaire à succès sur la crise sanitaire, jugé par plusieurs médias de «complotiste». À titre d’exemple, la RTS relevait que ce dernier «aligne les infox et les allégations sans preuves». 

Meryl Moser, directrice de Cinérive, n’a pas été refroidie par cette mise à l’index habituellement dissuasive. Pourquoi? «Car les faits dénoncés dans ce nouveau long-métrage sont malheureusement vrais. Je le sais notamment pour avoir côtoyé longuement certaines de ces victimes. Et le succès des premières projections montre que les gens sont prêts à ouvrir les yeux sur cet <ultime tabou>». Derrière elle, des spectateurs apposent un mot de soutien ou de remerciement sur l’affiche du film. 

Si elle n’avait pas obtenu le statut de diffuseur, son entreprise n’aurait pu projeter le film que 20 fois. Meryl Moser semble avoir eu du nez, puisque «Les survivantes» ont fait salles combles lors de leurs premières à Vevey, Monthey, Orbe, Martigny et la Sarraz. 

Quand Libération re-libère la parole…

Ces huit témoignages relèvent de prime abord de l’«inimaginable». «Et c’est précisément pourquoi tant de gens ont du mal à croire à l’existence de ces réseaux», souligne Chantal Frei, l’une de ces «survivantes» (voir encadré). Ils se recoupent sur bien des points, alors qu’aucune de ces héroïnes ne se connaissaient et sont étoffés par les prises de parole de personnalités charismatiques telles que Martine Bouillon.

Cette magistrate française fut l’une des pionnières à dénoncer l’existence de réseaux pédocriminels dès 2000. C’était lors de la diffusion de l’émission «Viols d’enfants: la fin du silence?», présentée par la journaliste d’investigation Elise Lucet. Soit donc plus de 24 ans avant les révélations par le quotidien Libération, fin juin dernier, sur le réseau pédocriminel de la rue du Bac.

Lors du débat ayant suivi la projection de la Sarraz, Chantal Frei a demandé aux victimes de violences et d’abus sexuels présentes dans la salle de se lever. Pas moins de six femmes ont osé franchir ce pas. «La honte doit changer de camp» a asséné ensuite la quinquagénaire provoquant des applaudissements. 

Face à tant d’enthousiasme, Meryl Moser et son équipe projettent d’organiser une séance à Aigle le 2 novembre, en présence de toutes les survivantes et du réalisateur pour nourrir un débat comme ce fut le cas le 20 juillet au Grand Rex de Paris dans la plus grosse salle d’Europe, pleine comme un œuf.

 

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