
Chez les Dargaud, le sport est une histoire de famille. Nicolas, le papa, et Ian, le fiston talentueux, s’entraînent ensemble. | L. Grabet
«Derrière chaque grand homme se cache une femme», dit-on. Et derrière bien des jeunes sportifs prometteurs, il y a un papa passionné. C’est le cas chez les Dargaud de Gryon.
Et c’est peu dire que le père a des raisons de bomber le torse. Début septembre, à la surprise générale, son fils Ian, 20 ans, s’adjugeait l’ultra sélectif SwissPeaks trail entre Finhaut et Le Bouveret, après presque 100 km et 15h d’effort. Le temps d’avaler les 5’800 m de dénivelé positif du parcours. Soit un véritable fait d’arme pour un athlète si jeune, quasi inconnu dans le milieu jusqu’alors, et ne s’étant pas spécifiquement entraîné pour cette épreuve exigeante! Ce week-end, il a remis ça sur ses terres chablaisiennes en remportant les Défis des chalets de la cité d’Agaune, en catégorie 25 km.
«Je suis extrêmement fier de Ian. On a tous des modèles dans la vie, des grands sportifs, des artistes ou d’illustres aînés qui ont contribué à changer le monde. Pour moi, c’est mon fils», confie pudiquement Nicolas Dargaud, resté attablé dans un bistrot d’Aigle avec nous, alors que son hyperactif aîné est déjà reparti vers un entraînement de gymnastique aux agrès du côté de Bex.
Élevé dans l’effort
Le Villardou de 52 ans, professeur à l’Aiglon College de Villars-sur-Ollon est du genre sportif. Cyclisme, course à pied, natation ou encore alpinisme… Il ne craint rien. Mais le Lyonnais, Chablaisien d’adoption depuis 25 ans, n’a jamais poussé ses deux fistons vers la compétition pour autant. Tout juste, concède-t-il en souriant, avoir «légué quelques gènes».
Ces enfants ont grandi tout naturellement avec le goût de l’effort dans le paysage. «Dès l’âge de 7 ans, j’avais pris l’habitude de m’aligner sur les itinéraires jeunes du Tour du Chablais, mais je ne me suis mis sérieusement à la course à pied qu’il y a 4 ans, se souvient Ian en souriant. Jusque-là, je ne comprenais pas ce que tant de gens trouvaient dans cette discipline un peu rébarbative et puis j’ai attrapé le virus moi aussi…»
Empreint de simplicité et de gentillesse, l’étudiant en sport et histoire de l’Université de Lausanne s’étonne de voir un début d’attention converger vers lui après sa victoire du Bouveret. Son entraînement s’est construit au fil des envies. En hiver, le jeune prodige franco-suisse, né à Aigle, s’aligne régulièrement avec son paternel sur des courses de ski alpinisme, type Trophée du Muveran. En avril, il bouclait son premier marathon en moins de 3 heures… L’été passé, il traversait les Alpes à vélo avec son père encore et en autonomie.
Les deux larrons se sont même mis ensemble au triathlon voici deux ans et en ont bouclé cinq depuis. «Ian est sur la pente ascendante et moi bien engagé sur la pente descendante. Mais là, on est dans une période de vie où nos courbes se croisent encore un peu…
Il n’a pas trop à m’attendre et je n’ai pas trop à forcer pour le suivre», confie Nicolas Dargaud, amusé.
Défendre son titre en 2025
Le quinquagénaire était venu soutenir son aîné sur le SwissPeaks à hauteur de la «base de vie» de Morgins. Là, il a pu constater sa grande capacité à savoir doser son effort. «Ian se connait déjà par cœur. Il est très pointu en nutrition et sait exactement quand prendre un gel énergétique et quand ne pas accélérer… Il a démarré la course relativement tranquillement et a rattrapé ses concurrents les uns après les autres sans avoir jamais envisagé la victoire…», commente Nicolas Dargaud, époustouflé. Son fils était le deuxième plus jeune concurrent et aussi un des rares cadors à ne pas faire partie d’un club.
Le jeune homme dispense des cours de tennis au club de Villars et fait des remplacements à gauche à droite dans les écoles comme prof de sport. Il mesure 1m69 pour 61 kilos, mais ignore quel est son VO2 max. Soit une donnée personnelle que les sportifs d’endurance connaissent généralement. Sur son temps libre, le résidant de La Tour-de-Peilz dévore les livres d’histoire et les biographies. «Ian a aussi un talent époustouflant pour le dessin hérité de sa maman», confie son père.
Au chapitre des prochaines échéances, le jeune Chablaisien, qui est plutôt taillé pour les longs efforts, s’alignera sur les 10 km du marathon de Lausanne le 27 octobre avec l’ambition de passer sous la barre des 36 minutes. À moyen terme, il rêve de se mettre plus sérieusement à l’alpinisme. Et pour l’année prochaine, il a déjà un autre objectif tout trouvé: défendre son titre sur le SwissPeaks trail….
