
Rien que cette année, près de 1’500 personnes sont mortes en mer, malgré la présence du navire humanitaire. Pour Elliott Guy, l’action de SOS Méditerranée n’en est que plus indispensable, de même que les actions caritatives, telles que celle de la Fondation Caux Initiative of Change, vitales pour que l’association dispose de moyens suffisants dans son action. | SOS MEDITERRANEE
Au secours des embarcations en détresse en Méditerranée depuis près de dix ans, l’Association SOS Méditerranée mène des missions de sauvetage avec son navire, l’Ocean Viking, qui a remplacé il y a quatre ans l’Aquarius, affrété jusqu’en 2018. Ces interventions cherchent à «pallier l’absence des États», le sauvetage en mer étant un devoir moral à ses yeux, autant qu’une obligation légale.
Sur ces eaux troubles, SOS Méditerranée secourt des milliers de personnes chaque année. Des actions humanitaires chaque jour davantage complexifiées par de nouvelles contraintes. Entretien avec le directeur adjoint et responsable du développement et des activités en Suisse, Elliot Guy.
Quels sont les objectifs de cette soirée caritative?
Les opérations de sauvetage en mer sont de plus en plus coûteuses. Tout augmente, que ce soit le coût du fioul ou de la maintenance. Le risque, c’est d’arriver à un essoufflement financier et humain, ce qui entraînerait une très forte hausse de la mortalité en Méditerranée. Mais plus qu’une collecte de fonds, nous souhaitons rendre compte d’un sauvetage en mer, sur le plan humain et émotionnel.
Pourquoi avoir mandaté le compositeur Théo Rossier?
Lors d’un secours en mer, les bruits et les sons sont déterminants. Grâce à cette œuvre originale, il nous est désormais possible de rendre compte de cette expérience humaine et de faire vivre ces émotions par le biais de la musique (voir encadré). C’est une manière de raconter l’indicible, de faire sentir et ressentir au public ce qu’il peut se passer lors d’une mission à bord de l’Ocean Viking. Cela permet aussi d’incarner cette tragédie humaine, car l’on tend à oublier que nous ne sauvons pas des réfugiés, mais bien des personnes.
Quelle est votre nouvelle réalité lors de vos opérations de recherche et de sauvetage?
Nous avons l’impression que l’objectif principal des politiques est d’épuiser les organisations humanitaires présentes en Méditerranée, surtout depuis l’introduction du décret-loi Piantedosi en janvier 2023 par les autorités italiennes. Les navires humanitaires doivent désormais régulièrement débarquer dans les ports du nord de l’Italie, ce qui ajoute quatre jours supplémentaires de trajet pour un seul aller simple. Ces allers-retours incessants sur les côtes font exploser les coûts. De plus, tout navire humanitaire a l’interdiction de dévier de sa trajectoire, une fois celle-ci déclarée.
Quelles sont les implications pour l’Ocean Viking?
Après un sauvetage, si le navire est en route pour un port de débarquement et qu’il repère une embarcation en détresse, le décret-loi nous empêche de nous arrêter pour lui porter secours. Nous devons la signaler et ne pas dérouter, sinon nous risquons une pénalité. Selon la réglementation, il semble préférable de laisser les personnes mourir en mer. Ce qui est impossible pour un bateau humanitaire.
Les crises augmentent à l’international, comment vous faire entendre dans un contexte aussi délétère?
On parle de la crise humaine en Méditerranée depuis plus de dix ans. C’est un drame qui est un peu passé de mode, si je puis dire… Et pourtant, il y a toujours plus de personnes qui meurent en mer. Notre rôle, c’est aussi de rappeler cette tragédie humaine toujours en cours et de ne laisser périr personne en mer.
Quels sont vos objectifs de développement?
Notre travail sur le terrain est un investissement de tous les instants, et le système ne sera jamais pérenne, car il nous faudra toujours plus de soutien. Idéalement, il nous faudrait davantage de navires pour la Méditerranée, sans parler de traversées effectuées sur la Manche, et vers les Îles Canaries. Nous nous devons de croître pour être présents là où les gens se noient. Nous devons étendre nos opérations de sauvetage à de nouvelles routes maritimes.
Infos: Samedi 2 novembre,
concert de soutien à SOS Méditerranée au Caux Palace (rue du Panorama 2). Sur réservation.
sosmediterranee.ch

Un quatuor à cordes, un percussionniste et l’appel brut de la Méditerranée. Des sonorités acoustiques pour rendre compte de manière sensible d’une mission humanitaire au bord de l’Ocean Viking. Dévoilée en première mondiale lors de ce concert de soutien, l’œuvre de Théo Rossier, «Boat’s timbres», retentira dans l’ambiance feutrée du Caux Palace.
Pour composer cette pièce originale d’une dizaine de minutes, le jeune compositeur vaudois s’est inspiré de sons bruts enregistrés lors de missions humanitaires en mer. «Je me suis attelé à retranscrire cette expérience du terrain à l’aide d’instruments de musique, nous raconte au bout du fil cet étudiant en composition à la Haute école des arts de Berne, qui est par ailleurs aussi directeur des fanfares de Vouvry et de Gland. Dans ce morceau, les instruments permettent à la fois de produire des bruits et des notes.»
Pour traduire et raconter les sons enregistrés lors d’une mission en mer, le compositeur de 22 ans a tissé un fil narratif pour assembler les différentes étapes d’un sauvetage. «C’est la première fois que je travaille sur la base de sons bruts. C’est une matière très riche, car elle me permet de creuser le récit et la narration de la composition.»
Évoquant le timbre musical du navire, sa pièce est découpée en trois parties. L’on débute ainsi avec des sons d’eau, le craquement d’une coque de bateau, le frottement de l’acier contre le bois. Puis vient le sauvetage en lui-même, avec l’alarme retentissant à bord. Enfin, rescapées des eaux, les personnes peuvent souffler à bord et laisser éclater leur joie au moment du débarquement. «J’ai choisi de terminer sur une note d’espoir, mais aussi de tension, car l’après débarquement est une nouvelle étape remplie d’embûches.»
40’915 personnes secourues depuis 2016.
30’396 personnes mortes en mer depuis 2014.
1’492 personnes mortes depuis janvier 2024.
17’632 personnes renvoyées sur les côtes libyennes depuis janvier.
