«Une victoire d’étape» pour les opposants aux 177 canons à neige

Le domaine skiable de Leysin possède déjà une batterie de canons à neige.  |  C. Dervey – 24 heures

Enneigement mécanique
Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette retire son projet aux Mosses. Mais une nouvelle mouture est en préparation.

Une «victoire d’étape». Mercredi dernier, l’Association «Non aux canons à neige», qui milite contre l’enneigement artificiel du plateau des Mosses et l’extension de celui des pistes de Leysin, usait des termes forts. Quelques jours plus tôt, les Communes de Leysin et Ormont-Dessous ont informé par courrier les quelque 450 opposants au projet du retrait des différentes mises à l’enquête lancées en août 2023 par Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette (TLML) en vue de l’installation de 177 canons à neige, alimentés par un système de pompage dans le lac de l’Hongrin via un réseau de 22 km de canalisations.

La pression des opposants a-t-elle décidé TLML à faire machine arrière? L’explication est tout autre, répond Jean-Marc Udriot, président de la société et syndic de Leysin. «Au cours de séances de travail avec les services cantonaux, il est apparu que le tracé envisagé ne pourrait pas être suivi: il traverse des prairies et pâturages secs qui font l’objet de mesures de protection. Une mise à l’enquête complémentaire aurait été possible, mais pour plus de clarté, nous avons décidé de retirer le projet pour en proposer un nouveau.»

La nouvelle ravit ses détracteurs, qui estiment la taille du dispositif «en totale inadéquation avec une politique énergétique et climatique respectueuse de l’environnement». Un avis partagé par Pro Natura Vaud: «Nous restons convaincus que l’avenir du tourisme ne peut pas reposer sur l’enneigement artificiel», réagit son secrétaire général, Alberto Mocchi.

Le bras de fer n’est pas terminé, le courrier envoyé par les Communes annonçant qu’une nouvelle mouture sera mise à l’enquête. Jean-Marc Udriot confirme: elle devrait être déposée «cet automne encore». Le collectif anti-canons dit «espérer que le futur projet prenne en compte les nombreuses oppositions et remarques formulées. Et qu’il tienne également compte de la situation actuelle, qui montre que le ski en stations de moyenne altitude est condamné».

«Une fuite en avant»

Le message est à peine voilé chez le collectif en question. Il s’opposera à coup sûr au projet de futurs enneigeurs, si ce dernier reste le même sur le fond. Mathilde Marendaz, députée d’Ensemble à Gauche, qui a porté l’affaire devant le Grand Conseil en août 2023, l’affirme: «Ce projet n’est qu’une fuite en avant.»

La nouvelle variante ne devrait pourtant pas différer drastiquement. «Nous avons étudié de nombreuses alternatives au fil des années, poursuit le président de TLML. Celle-ci est la bonne: elle ne nécessite pas la création d’un lac de rétention qui aurait un impact beaucoup plus conséquent sur l’environnement. Il est par ailleurs prévu de turbiner l’eau pompée depuis le lac de l’Hongrin et donc de réduire notre consommation énergétique.»

C’est précisément à ce système de pompage que les opposants devraient à nouveau s’attaquer. Mathilde Marendaz dispose d’un outil juridique supplémentaire. «La loi vaudoise sur les lacs et les cours d’eau permet de lancer un référendum contre une décision administrative.» Dès l’octroi du permis de construire par le Canton, les opposants pourraient lancer une récolte de signatures, avec un objectif de 12’000 paraphes à rassembler pour conduire les citoyens vaudois aux urnes.

La question demeure donc: faut-il s’échiner à enneiger artificiellement la station des Mosses? Pour TLML, la réponse est un oui clair. «Ces deux dernières saisons, le domaine a été ouvert 42 et 68 jours; il faut une centaine de jours pour que la saison soit rentable. Sans enneigement mécanique, le risque d’un investissement de notre part dans ce secteur est trop grand. Nous n’aurons pas d’autre choix que de fermer, à terme.»

«À la croisée de chemins»

Pour Jean-Marc Udriot, Les Mosses sont arrivés à «la croisée des chemins»: «Ce collectif se sent investi d’une mission que je peux comprendre. Mais ses membres ne portent pas la responsabilité sociale et économique d’une fermeture. Sans les remontées mécaniques, il sera extrêmement difficile pour les commerçants des Mosses de tourner.»

Assistera-t-on à la disparition de cette station, alors qu’elle vient de poser une pierre importante vers le tournant quatre saisons avec la construction d’un complexe de baignade en plein air? Gretel Ginier, syndique d’Ormont-Dessous, reste confiante, mais en convient: «Nous sommes heureux de pouvoir compter sur ce nouvel atout, mais il a été pensé en complément à la saison d’hiver, non pour la remplacer. Sans le ski, l’avenir serait compliqué.»

L’heure tourne pour TLML: les financements fédéraux et cantonaux, votés en 2016 dans le cadre d’Alpes vaudoises 2020, ne sont assurés que jusqu’à fin 2026

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