
Le ravitaillement, une étape nécessaire, même au milieu de la nuit. | DR
La Diagonale des Fous est le Graal des ultratrailers. Sur 175 kilomètres et plus de 10’000 m de dénivelé, la course traverse toute l’île de la Réunion, au large de l’Afrique. En fin de semaine dernière, sur 2’800 coureurs venus des quatre coins du monde, c’est le Français Mathieu Blanchard qui l’a remportée en 23h et 25 secondes. Considéré comme le meilleur ultratrailer suisse (42 ans) Jean-Philippe Tschumi a fini à une superbe deuxième place avec 43 minutes de retard, le podium étant complété par l’Américain Ben Dhiman, soit 1h17 derrière le vainqueur.
On joint le champion chablaisien sur place, deux jours plus tard, alors qu’il s’apprête à participer à la remise des prix. Fatigué? Des courbatures après un effort aussi surhumain? Il rigole. «Non, au contraire, je suis nickel. Plus je vieillis et plus je m’épate», nous lance-t-il, connu pour son caractère extraverti et plein d’humour et «très rock’n’roll», comme le décrivent ses amis.
Une performance d’autant plus remarquable que deux pépins de santé, une hernie discale suivie d’une anémie, l’avaient privé de compétition depuis le début de l’année. «J’ai fait du vélo, du VTT pour m’entretenir et je n’ai remis les baskets que depuis un mois et demi. Pour ce qui était mon premier dossard de l’année, je suis parti sans repère, mais avec l’avantage d’être frais mentalement et bien reposé. J’ai couru sous infiltration, mais mon dos a parfaitement tenu», raconte-t-il.
Après 155 km, une pirouette
Pendant toute la première partie de la course, Jean-Philippe Tschumi a fait jeu égal avec le Français en tête. «On est restés 5-6 heures seuls les deux. Puis il a accéléré dans la grosse montée du Maïdo (2’190 m d’altitude). Je l’ai laissé aller pour ne pas me griller. Il a fini très fort.» Se sont-ils parlé durant tout ce temps passé ensemble au milieu de la nature si sauvage de l’île? «Non, répond Tschumi. On n’était pas là pour faire causette. Chacun dans notre bulle, il n’était pas question de perdre de l’énergie, sans compter qu’on ne se connait pas.»
Lors du dernier ravitaillement après 155 kilomètres, le Chablaisien, bien dans son style, haut en couleur, a fait sourire les spectateurs en les gratifiant d’un saut périlleux. Les images ont fait le buzz sur Internet. «Tout le long du parcours, des milliers d’autochtones rient et chantent. C’était ma manière de les remercier. Aujourd’hui sur place, je suis plus connu pour ma pirouette que pour ma deuxième place!»
À la Diagonale des Fous, Jean-Philippe Tschumi est un peu chez lui. Il en était à sa cinquième participation consécutive, une série ponctuée de trois podiums (deuxième cette année et en 2022 et troisième en 2023). Frustré de n’avoir toujours pas gagné? «Non. Je suis content avec cela, le gars devant moi était tout simplement plus fort cette année.»
Ce parcours de folie en forme de montagnes russes sur des sentiers étroits et truffés de pièges n’a donc plus de secret pour lui, même si les conditions météo le rendent chaque fois différent. «Cette année, c’était très boueux, car il avait beaucoup plu les jours précédents. Il y a de tout. Des cailloux, des racines, des marches, on n’est pas sur les quais d’Ouchy, plaisante le Corbeyrian. On part à 22h au bord de la mer et on monte d’emblée à plus de 2’000 mètres d’altitude, en passant, cette fois-ci, d’une température de 29 à 4 degrés. Comme c’était très humide, plusieurs coureurs ont eu des problèmes gastriques.» Peut-on profiter des paysages sublimes de la Réunion dans de telles conditions? «Non, on regarde ses pieds et c’est tout», explique-t-il.
La course comme modus vivendi
De l’Ultratrail de l’Eiger au trail des Dents-du-Midi en passant par le Xtreme de Montreux, cet ancien plâtrier devenu professionnel compte à son palmarès les courses les plus connues du pays. Pour lui, plus qu’un simple sport, le trail ressemble à un voyage initiatique. «Comme tu cours 24 heures durant, tu ne peux pas tricher avec toi-même, c’est un retour à la simplicité, au b.a.-ba de la vie.»
2024 restera une année particulière pour Jean-Philippe Tschumi, car outre son retour triomphal de la Réunion, le Chablaisien s’est marié le 13 juin. «Deux jours plus tard, j’attrapais mon hernie. J’ai hésité à divorcer», ironise-t-il. Le couple vit dans un chalet, en pleine nature, isolé au-dessus de Corbeyrier, entouré de moutons. «C’est la vie dont j’ai toujours rêvé. Je cours, car je n’ai que ça à foutre et je suis heureux!»
