«Dans ma tête, j’ai toujours 25 ans»

À 80 ans, Claude de Ribaupierre, alias Derib, dessine encore
tous les jours.  | V. Cardoso – 24 heures (archives)

La Tour-de-Peilz
La Ville propose d’octroyer la bourgeoisie d’honneur au dessinateur Derib, qui vient de fêter ses 80 ans. Le père de Yakari et de Buddy Longway nous partage ses premières impressions et quelques souvenirs liés à ce lieu où il vit depuis l’enfance.

Après l’astronaute Claude Nicollier, son contemporain et ami depuis toujours, Claude de Ribaupierre devrait bientôt compter parmi les rares personnalités boélandes à avoir reçu le titre de bourgeois d’honneur. «Par son talent et l’ensemble de son œuvre, il a contribué au rayonnement de la Suisse et de La Tour-de-Peilz dans le monde francophone et au-delà», souligne la Municipalité. Le Conseil communal votera sur cette proposition le 11 décembre.

Votre ressenti à cette annonce ?

– Ça m’a fait plaisir,
mais je n’ai pas été vraiment surpris, car on m’avait dit qu’il se préparait peut-être quelque chose en lien avec mes 80 ans. En plus, j’ai déjà la bourgeoisie d’honneur d’Evolène, une région à laquelle notre famille est très attachée et qui m’a inspiré trois albums. Donc je commence à m’y faire! Plus sérieusement, ce qui me touche est de voir que mon travail fait plaisir aux gens. Pour moi, cette reconnaissance atteste que j’ai bien travaillé.

Votre carrière est jalonnée de prix. Quelle a été la plus belle reconnaissance ?

– D’avoir été reconnu par Peyo, Jijé et Franquin comme un futur dessinateur de BD, de faire partie de leur famille, celle de la bande dessinée belgo-française. 

Et sur le plan privé ?

– Je suis heureux et reconnaissant de la vie que j’ai eue. D’avoir rencontré Dominique, mon épouse et mon âme sœur, d’avoir eu trois enfants qui s’entendent bien et sont gentils avec nous, dont mon fils Arnaud, qui travaille avec moi depuis 2012 et édite mes albums.

Vous avez un lien fort avec la maison «En Béranges» où vous vivez, construite par votre père le peintre François de Ribaupierre…

– Quand les premières années de la vie ont été marquées par un endroit, on y reste lié pour toujours. Je suis parti en Belgique à 18 ans pour travailler chez Peyo, le père des Schtroumpfs, et quand je suis revenu, c’est comme si je n’avais jamais quitté la maison. À part durant ces mois en Belgique et à notre chalet à La Forclaz, c’est là que j’ai toujours travaillé, que sont nés et ont été dessinés la plupart de mes personnages. Il y a sûrement plein de souvenirs inconscients qui font que ce lieu me convient très bien pour créer.

Vous y avez d’ailleurs reçu Franquin, Jijé et Peyo…

– Oui, pour le tournage du documentaire «La Bande à Derib», en 1976. On a passé une semaine délirante et j’étais très heureux qu’ils puissent parler avec mon papa. Il ne lisait pas de bandes dessinées et j’avais découvert ce monde grâce ma mère qui nous avait abonnés, mes frères et moi, à Tintin et Spirou. Mon père aurait souhaité que je sois peintre plutôt que dessinateur de BD, mais quand il a vu mon travail, il s’est rendu compte que je faisais ce métier avec sérieux.

Un souvenir d’enfance avec Claude Nicollier ?

– On faisait la chasse aux «Gragra Grugru», des créatures fantastiques nées de notre imagination et on simulait aussi des combats aériens avec des modèles réduits d’avions. Le grand-papa de Claude habitait une maison au bord du lac, où on avait notre canoë, construit par mon papa. Comme on avait envie de l’utiliser comme un vrai canoë, je suis allé voir le garde-port. Il avait à peine mis un pied dedans que le canoë a tourné… C’est donc resté un engin de plage!

Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru, le présent et la suite ?

– Quand j’y pense, ça me paraît invraisemblable d’avoir fait tout ça. Je vais bientôt fêter mon 90e album! Le dessin est une telle source de plaisir que dans ma tête, j’ai toujours 25 ans. Le corps, lui, a 80 ans, et ça c’est une autre histoire… Mais le dessin me réconforte et compense tous les petits soucis. L’avenir? Tant que je pourrai dessiner, je dessinerai.

Des projets en cours ?

– L’album «La Promesse», qui sortira en février-mars 2025, et dans l’immédiat un ouvrage écrit avec Claude Nicollier et l’Abbé Dominique Rimaz. Avec Arnaud, on a aussi en projet un livre sur l’ensemble de mon œuvre, car en dehors de la BD, je fais beaucoup d’illustrations au crayon et à l’aquarelle. Et un 43e Yakari!

Au compte-goutte

La bourgeoisie d’honneur se mérite. La Tour-de-Peilz l’a octroyée en 1986 au syndic Ferdinand Grognuz et à son épouse, à Claude Nicollier en 1997 et au conseiller d’État Daniel Schmutz en 1998. Vevey compte quant à elle 25 bourgeois d’honneur depuis le XVIIe siècle, et Montreux 7 depuis 1961, dont Jean Villard-Gilles et Claude Nobs. Depuis 2017, l’article 64 de la Loi sur le droit de cité vaudois régit l’octroi de ce titre. Le Conseil communal peut l’accorder «à une personne qui a rendu des services importants à la Suisse, au Canton ou à la Commune, ou qui s’est distinguée par des mérites exceptionnels».