Des cors qui fascinent bien au-delà de nos Alpes

Olivier Morisod montrant son cor personnel, sur lequel il apprend à jouer.  | C. Jenny

Artisanat
Ils n’ont pas le même âge, mais ils partagent la même passion. Celle de créer de toutes pièces cet instrument à vent traditionnel. Rencontre des Chablaisiens Gérald Pot et Olivier Morisod, facteurs de cors à Lavey et Choëx.

S’il est un instrument qui intrigue, notamment par sa dimension et son rendu sonore particulier, c’est bien le cor des Alpes. Ce dernier véhicule une image souvent associée à des réjouissances folkloriques. Lesquelles impressionnent lorsque plus d’une centaine de joueurs et joueuses évoluent sur une prairie. Comme c’est le cas, par exemple, chaque été à Nendaz. Mais que l’on ne s’y trompe pas: cet instrument séduit bien au-delà d’un petit cercle d’initiés, y compris des musiciens professionnels. 

En Suisse romande, les facteurs de cors des Alpes sont peu nombreux. Deux des plus réputés sont chablaisiens, l’un sur la rive valaisanne, Gérald Pot à Choëx, l’autre sur la rive vaudoise, Olivier Morisod à Lavey-Village.

Quelques notes
pour sa Majesté

Le premier est connu loin à la ronde, tellement il y a de décennies qu’il est lié à cet instrument. Il ne sait plus combien il en a fabriqué dans son petit atelier à l’entresol de son chalet. Le fait est que ses cors sont recherchés et qu’il en a déjà envoyés de nombreux exemplaires à travers le monde. Mais Gérald Pot est aussi un praticien assidu et a participé à toutes les fêtes romandes et fédérales depuis les années septante. Il a aussi beaucoup voyagé avec son instrument et a joué dans plusieurs salles célèbres, notamment à Londres pour la reine d’Angleterre. Des anecdotes, ce musicien octogénaire pourrait vous en raconter à foison! L’année prochaine, si la forme est toujours là, il s’en ira jouer aux États-Unis.

Gérald Pot est aussi ce que l’on pourrait appeler un «scientifique» du cor des Alpes. Il en explore toutes les facettes, invente, essaie, etc. Son atelier renferme des dizaines de prototypes. Depuis longtemps et encore maintenant, presque quotidiennement, il s’adonne à sa passion et multiplie les contacts pour la partager. Son obsession est d’arriver à ce que cet instrument puisse jouer des notes qu’il qualifie de tempérées, en modifiant le flux de l’onde sonore dans le tuyau. Aujourd’hui, il continue à fabriquer des cors, mais en petit nombre. Pour le plaisir surtout.

Poursuite du label paternel

Sur l’autre rive du Rhône, à Lavey-Village, Olivier Morisod nourrit le même engouement pour le cor des Alpes, au point d’en faire son activité professionnelle. Depuis le début de cette année, il a repris l’enseigne de son père et se consacre entièrement à cette activité. «Je suis content d’avoir fait ce choix. J’ai régulièrement des commandes. J’ai même dû en envoyer à l’étranger, au Japon notamment», relève ce jeune trentenaire. Menuisier-ébéniste de formation, il travaille le bois depuis longtemps et a baigné dans les sons du cor des Alpes depuis qu’il est enfant grâce à son père,
François. «Je suis souvent venu l’aider à l’atelier et il est tout heureux que j’aie repris le flambeau.»

Dans son atelier, il façonne les diverses pièces de l’instrument, trois ou quatre tuyaux selon le modèle, ainsi que le pavillon – la pièce la plus compliquée – et toute une gamme d’embouchures. Partiellement à l’aide de machines, mais une grande partie de l’instrument se façonne à la main selon un savoir propre à chaque facteur. 

L’épicéa est le bois utilisé pour sa fabrication. Les planches d’Olivier Morisod proviennent principalement d’arbres qu’il va sélectionner dans les forêts du Risoud (Vallée de Joux). Le bois est ensuite séché durant plusieurs années avant d’être utilisé. Chaque exemplaire de cor lui demande environ deux semaines de travail et est vendu entre 3’500 et 4’000 francs selon le modèle. Dans une pièce voisine, il fait salon. Plusieurs cors sont exposés, dont son exemplaire personnel qu’il a décoré spécialement. «J’ai commencé à apprendre à jouer!», confie-t-il.

Des clients tous azimuts

Comme Gérald Pot, Olivier Morisod confirme que le cor des Alpes suscite un intérêt grandissant parmi un échantillon d’amateurs très hétéroclite. «Hier, j’ai eu la visite d’un musicien professionnel qui est reparti avec un exemplaire. L’autre jour, c’est une dame de 80 ans qui m’en a acheté un!», remarque-t-il. Et il a vécu dernièrement un beau moment, lorsqu’il a eu la visite dans son atelier d’une classe du Pays-d’Enhaut. Un groupe composé de jeunes joueurs de cors des Alpes réunis grâce à une belle initiative d’un professeur de musique de Château-d’Œx. Il n’y a donc pas d’âge pour s’éprendre de ce majestueux instrument à vent!

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