Aucun obstacle ne résiste à Manuel Dufaux
Aux États-Unis, le Chablaisien a bouclé un parcours comportant 38 obstacles différents. | DR
Ex laborantin en chimie devenu coach sportif, Manuel Dufaux possède une grande et belle maison à Crebelley (Noville). Il reçoit ses clients sur deux étages équipés de machines dernier cri. Mais son terrain d’entraînement à lui se trouve à l’extérieur, sur la pelouse juste à côté. Il y a là, entre autres, des anneaux accrochés à des barres, des cordes suspendues à un arbre, un mur de 2,50 m de haut, comme un parcours du combattant cher aux recrues de l’armée suisse.
Manu Dufaux est un crack des courses d’obstacles, dites OCR (Obstacle course racing) et des Spartan Race. Il revient d’une tournée aux USA et au Mexique, où il a participé à plusieurs de ces épreuves. Point d’orgue révélé par Radio Chablais: sa médaille de bronze début octobre, derrière un Mexicain et un Américain, décrochée lors des Mondiaux disputés à Mammoth Lakes, dans le parc du Yosemite en Californie. Il a mis 1h46 pour boucler les 15 km du parcours hérissé de 38 obstacles différents et avec un dénivelé de 1000 m. La course était d’autant plus redoutable qu’elle a eu lieu à près de 3’000 mètres d’altitude. «On était en limite d’oxygène, raconte-t-il. Vivant sur les hauts plateaux, le Mexicain Eugenio Godinez Romero était avantagé. Il a fini avec plus de
4 minutes d’avance, mais derrière, c’était très serré.»
Des «dieux» sur la piste
Les courses d’obstacles sont à la fois exigeantes physiquement, mais aussi ludiques. On s’y donne à fond, tout en s’éclatant. «Lors des longues épreuves de course à pied, on s’ennuie parfois, jamais dans les OCR», observe Manuel Dufaux. Les plaisirs sont variés: traverser des secteurs suspendus à des anneaux ou en portant des bidons ou des sacs de 25 kilos, ramper sous des barbelés dans la boue, tenir en équilibre sur une poutre étroite, viser une cible avec un javelot, etc. Le tout pimenté parfois d’un petit exercice cérébral. «Au départ, on nous donne un chiffre assorti généralement du nom d’un Dieu grec, par exemple <1448 Leonidas> et on doit s’en souvenir à l’arrivée», raconte le Chablaisien. Tout obstacle raté entraîne une boucle de pénalité comme au biathlon, mais en l’occurrence lesté d’un poids supplémentaire.
L’obstacle franchi, il s’agit de retrouver sa meilleure foulée le plus vite possible. «Tout se joue généralement dans les transitions, car parfois on a les jambes lourdes après avoir effectué le passage d’un module. Comme on peut reconnaître le parcours avant, j’anticipe en permanence en me préparant à l’obstacle suivant. C’est un mélange de cardio, de force et d’équilibre. Personnellement, j’ai un bon ratio dans ces trois domaines.»
Très tendance aux USA, les Spartan Races (la version la plus populaire) connaissent un succès croissant à travers le monde. Celles organisées chaque année aux Diablerets et à Sainte-Croix attirent quelque 4’000 participants. «Dont beaucoup de femmes», relève Manuel Dufaux. Les compétitions, qu’il a démarrées en 2016, l’ont conduit dans le monde entier. Juste après les Mondiaux, il a fini 8e en Croatie. En février, il était en Arabie saoudite avec l’équipe européenne. «En plein désert, c’était original.»
Un jour, champion du monde?
Outre ses entraînements techniques dans son jardin, le Chablaisien entretient sa condition physique en participant à toutes sortes de compétitions: trails, Patrouille des Glaciers, Sierre-Zinal, Grand Raid en VTT. «Je suis un touche-à-tout», sourit-il.
Paradoxalement, le premier sport qu’il a pratiqué, dans le sillage de son mordu de papa, fut le karting. «J’en ai fait de 11 à 20 ans, j’y ai côtoyé un certain Fernando Alonso. L’idole de ma jeunesse était Ayrton Senna, friand de condition physique. C’est ce qui peut-être m’a poussé à faire comme lui.» En 2007, dans un tout autre domaine, Manuel Dufaux a aussi été élu Mister suisse de body fitness. «Comme je m’apprêtais à me lancer dans le coaching où l’apparence physique est importante, c’était pour moi une excellente pub, mais je ne l’ai fait qu’une fois», s’amuse-t-il.
À Crebelley, ses clients viennent de tous horizons. «Les deux tiers sont des fidèles, des chefs d’entreprises en quête de détente aux mères de famille voulant garder la forme. Il s’agit souvent de personnes qui ont peu de temps et avec qui il faut tout optimiser. Je planifie aussi les entraînements de sportifs préparant des épreuves de longues distances.» Quant à ses journées d’initiation aux Spartan Races, elles affichent complet.
Père de deux garçons de 8 et 11 ans mordus de foot, Manuel Dufaux vise, malgré l’âge qui avance, un objectif: devenir champion du monde. «À 42 ans, je suis le plus vieux à ce niveau. Mais comme j’ai toujours varié les plaisirs, je n’ai aucune usure, ni physique, ni mentale!»








