La santé mentale des jeunes hommes explorée
Kevin Layne, Luca Colucci et Pierre Levasseur lors de la préparation du thriller «Whisper in the Dark». | DR
Avec «Whisper in the Dark», nous plongeons dans un huis clos psychologique où l’intensité de l’isolement se mêle aux recoins torturés de la psyché humaine. Ce thriller aux saillies parfois horrifiques met en scène Jeremy, trentenaire claustrophobe qui s’est calfeutré dans son appartement, en proie à des crises de panique et à de terrifiantes hallucinations surgissant de son passé. Ses journées sont cadencées comme un métronome infernal, entre onanisme compulsif, séances de gonflette effrénées, visionnages de films au kilomètre en mode <binge-watching> (ndlr: regarder plusieurs épisodes d’une série ou des films à la suite). En boucles obsessionnelles, il suit les conseils vidéo d’influenceurs en avalant des <shakers> survitaminés, comme ce coach aux injonctions virilistes: «T’es un mec! T’es le plus fort! Sois la meilleure version de toi-même!»
Jeremy, interprété par Luca Colucci, explore une masculinité en crise, broyée par des influences contradictoires et des souvenirs aliénants. Cette fragilité prend forme lors de rares échanges qu’il entretient en ligne, entre un psy tout en écoute bienveillante et un ami <gamer>, seul fil ténu qui le relie à une réalité autrement insaisissable.
Sous les traits d’Emily, Alina Varakuta, en apparition onirico-énigmatique, vient troubler cette autarcie, laissant entrevoir une possibilité de reconnexion avec l’amour. Et la peinture, conseillée par son psy, ne pourrait-elle pas, comme des jets de couleurs projetés dans l’obscurité, constituer un premier tuteur de résilience, vecteur d’une possible rédemption?
Vulnérabilités masculines
À travers le parcours de Jeremy, Pierre Levasseur questionne les cicatrices invisibles laissées par des attentes sociétales et des figures parentales intrusives, qui surgissent comme des fantômes d’un passé oppressant. Le cinéaste scrute une réalité sociale peu évoquée: la santé mentale des jeunes hommes. «Ce film rend hommage à des garçons qui ont décidé de se donner la mort trop tôt, convaincus de ne pas valoir la peine de vivre», confie le jeune réalisateur.
«Whisper in the Dark» propose un miroir cru, un écho aux vulnérabilités identitaires masculines souvent tues et une exploration de l’isolement, où la lumière, à peine entrevue, semble prête à se frayer un chemin.
La performance de Luca Colucci, également coproducteur du film, s’exprime ici en une intense profondeur, à la fois brute et chargée d’une humanité complexe. Cet enfant de la région, originaire de Châtel-Saint-Denis a grandi à La Tour-de-Peilz. Auparavant travailleur social, il a bifurqué pour se lancer dans le théâtre en tant qu’autodidacte. Un pari réussi.
Grâce à des financements suisses, ce film a pu être réalisé prestement et tourné à Londres. Il sera présenté dans plusieurs festivals internationaux et sa sortie en salles et sur les plateformes est prévue début 2025.




