Mondes d’eau aux frontières du réel
Sa série de cyanotypes floute les frontières entre peinture et photographie. | DR
Un voyage vers la Beauté. C’est l’invitation de la première exposition commune de Michèle Weibel et Isabelle Naggar, au caveau du Château de l’Aile à Vevey.
Dans cet accrochage, l’œuvre des artistes résonne et crée une symbiose étonnante. Floutant les frontières entre peinture et photographie, un nouveau monde émerge, à la lisière du réel. Des encres géantes de Michèle Weibel dans «Grain de sel», aux images en ICM (Intentional Camera Movement) d’Isabelle Naggar dans «Pixel», une similitude se dessine: l’immensité de l’océan. «Dans nos œuvres, nous n’avons pas été dans les mêmes endroits et pourtant, quelque chose s’enclenche étonnamment d’une manière identique», relève Michèle Weibel. «La nature est au centre de notre travail, autant à l’une qu’à l’autre. Nous avons des univers très différents et en même temps très similaires», appuie Isabelle Naggar.
Une concordance que l’on retrouve dans leurs techniques. «Nous partageons le goût pour l’innovation, la recherche et l’expérimentation», soutient Isabelle Naggar. La photographe a élaboré une série de cyanotypes autour de peintures réalisées sur du lin. «En fonction du temps d’exposition à la lumière, cela crée des œuvres totalement différentes, que je réhausse parfois d’un trait de crayon. Et souvent, j’adoucis le bleu du cyanotype par des virages au café ou au thé.»
Dans l’approche de Michèle Weibel, les techniques sont, elles aussi, atypiques. «Le travail que je vais présenter est essentiellement produit avec des solutions aqueuses, à base d’encre de chine, de sel de mer, en y intégrant parfois des oxydations.»
Cette liberté d’expression sert finalement de terreau aux deux comparses, qui n’aiment pas être cloisonnées dans un style unique. «Quand j’aborde le figuratif, je trouve intéressant de l’explorer jusqu’à la limite de l’abstrait, ce qui m’autorise tous les champs des possibles», observe Michèle Weibel. Une vision qui habite aussi Isabelle Naggar. «Mon cœur balance entre la peinture et la photo. Je me donne la liberté de franchir la frontière de ce flou où la peinture et la photo semblent se mêler.»
Capturer l’eau et ses mouvements
Toutes deux éprises des lieux menacés, là où les éléments se déchaînent, c’est au creux de ces espaces grandioses que leur inspiration a pris source. «Le déclic s’est produit lors d’un road trip en Bretagne, confie Michèle Weibel. Une succession d’émotions m’a motivée à exprimer ces ressentis.» Isabelle Naggar, qui a découvert en autodidacte l’ICM il y a plusieurs années, peaufine, elle, sa technique lors de ses voyages en Islande, en Écosse et en Irlande. «Des lieux où la mer est omniprésente.»
Ces œuvres s’inscrivent-elles dans une démarche de sensibilisation à l’environnement? Selon Michèle Weibel, le but n’est pas «de donner des leçons d’écologie, mais juste de rendre attentif à la beauté de la nature qui nous entoure, malheureusement souvent ignorée».
Le lieu, avec sa voûte, ses pièces en enfilade et son bas plafond, est l’écrin idéal pour une invitation à une balade contemplative. Au creux du caveau du Château de l’Aile, la scénographie se fera d’ailleurs instinctivement, selon les deux artistes. Une soixantaine de leurs œuvres y seront exposées, de différents formats et «dans un accrochage qui s’annonce assez inattendu».







