Emmanuelle Robert vend son âme au diable

Emmanuelle Robert s’est fait plaisir dans la collection Gore des Alpes avec Le Festin de la Bête. | J.-B. Sieber / Arcphoto

Gore des Alpes
Dans «Le Festin de la Bête», l’Aiglonne propose un conte horrifique ayant pour cadre les hauteurs des Diablerets. Une orgie de violence et de stupre.

Manger ou être mangé? Telle est la question que pose Emmanuelle Robert («Malatraix», «Dormez en Peilz») dans «Le Festin de la Bête», le petit dernier de la collection «Gore des Alpes».
Dans un restaurant d’Isenau transformé en établissement étoilé, elle s’est délectée à réunir tous les ingrédients du genre: argent, pouvoir, sexe, violence, le tout mitonné dans un délicieux bain de sang. Âmes trop sensibles, s’abstenir! Le rendez-vous dédié à la bonne chère (ou à la bonne chair…) se transforme en cauchemar jouissif à relents fantastiques sur son lit d’humour et de deuxième degré.
Car à trop vouloir invoquer les démons de la montagne, on se consume, surtout à proximité des Diablerets. «Une région qui cristallise un certain nombre de tensions, un sol marqué de cicatrices, dans lequel je n’ai eu aucun souci à inscrire mes turpitudes», en sourit l’Aiglonne.
L’exercice, parti d’un défi lancé par la contributrice à la collection Stéphanie Glassey, s’est transformé en acte jubilatoire. «Le gore est un très bon exutoire. Quand j’étais trop fatiguée pour écrire du plus sérieux, je m’y mettais. J’ai aimé forcer le trait jusqu’à l’outrance, mêler réel et fiction dans une ambiance onirique. Du sang gicle et on en rit!»

Tous des prédateurs !
À travers des personnages plus ou moins humains, mais tous plus perturbants les uns que les autres, Emmanuelle Robert décortique le rapport constant de dominé-dominant. Au milieu de toute cette hypocrisie et concupiscence, il y a peu de place pour l’amour ou le désir, tout est question d’emprise.
Et qu’il soit goule, vampire ou loup-garou, peu importe: l’homme reste un loup pour l’homme. «En ayant été biberonnée à la littérature de vampires, j’ai réuni tous les êtres fantastiques que je pouvais, mais le premier auquel j’ai pensé, c’est le loup-garou, pour l’ambiguïté de sa nature, le côté animal, prédateur, victime de ses pulsions.»
Le gore offre aussi de pouvoir remuer le couteau dans certaines plaies sociétales, sans volonté de moraliser. «Je fais allusion au réchauffement climatique, à la transformation de la montagne. À certaines choses qui m’exaspèrent aussi, notamment une forme de snobisme gastronomique.» D’où l’emploi d’une terminologie puisée dans la tradition paillarde française, avec une touche libertine en prime.
Accessoirement, l’Aiglonne en a profité pour assouvir l’une de ses envies de longue date: écrire sur Isenau. «Ça me grattait. Je tire à boulets rouges sur plein de choses, mais ce livre est aussi une déclaration d’amour, une façon de faire renaître ce domaine.»


Plus d’infos: emmanuellerobert.ch

«Le Festin de la Bête », Gore des Alpes, 2024.
Séances de dédicace le 7 décembre à Aigle, librairie Chronopage, dès 14h30, et le 15 décembre, au Marché de Noël des Diablerets

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