
Espoir du ski suisse, Yannick Chabloz a pour meilleur résultat une 13e place à Val Gardena en Coupe du monde. | DR
Il était considéré voilà trois ans comme l’un des plus grands espoirs suisses en descente. Yannick Chabloz avait épaté son monde dès ses débuts en Coupe du monde en décrochant une excellente treizième place à Val Gardena.
Aujourd’hui, souffrant encore des séquelles de deux graves chutes survenues à quelques mois d’intervalle, il songe à la retraite, même si sa décision définitive n’est pas prise. Difficile de renoncer à un rêve de gosse quand on a 25 ans. «Je peux pratiquer le ski libre sans problème, mais dès que je force à l’entraînement, les douleurs au dos reviennent, regrette-t-il. Je ne me verrais pas sur la Streif aujourd’hui. Pour la suite, j’ai aussi de gros doutes.»
Une solution pour le jeune skieur serait de procéder à une opération fusionnant deux de ses vertèbres, mais elle n’est pas sans risque. «Trois médecins sur quatre que j’ai consultés me l’ont déconseillée. Dans un premier temps, cela me permettrait peut-être de continuer, mais sans garantie… Et puis je risquerais de le payer à long terme. Toucher à la colonne n’est jamais anodin. Tout ce que j’ai vécu ces derniers temps m’ont appris à quel point le corps doit être ménagé.»
Accidents à répétition
L’hiver qui approche, la première descente Coupe du monde prévue ce vendredi à Beaver Creek (États-Unis), tout cela lui inspire un peu de tristesse mêlée de frustration. «Les copains sont là-bas, forcément ça me titille.»
Yannick Chabloz s’est tourné très tôt vers la descente. «Mes parents ne voulaient pas que j’en fasse. Mais c’était mon truc. La vitesse, les sauts, l’adrénaline, on ne trouve pas de telles sensations dans les autres disciplines. Quand t’arrives en bas de la Streif, tu te dis simplement <ouah!>» Son exploit de Val Gardena en décembre 2021 conjugué à une victoire en Coupe d’Europe à Santa Catarina lui avaient valu un billet in extremis pour les JO de Pékin. «J’ai reçu le téléphone le lundi, et le samedi, j’étais dans l’avion. Je ne m’y attendais pas, c’était comme un cadeau du ciel.»
Pourtant, sur place, le rêve se transforme en cauchemar lorsqu’il chute lourdement dans la descente du combiné à 120 km/h près de l’arrivée. Verdict: de multiples fractures à un bras. «Mon chirurgien m’a dit qu’il ressemblait à un vase cassé en mille morceaux.» L’hiver suivant, à peine de retour, nouvelle chute grave à Bormio et cette fois, c’est le dos qui est sérieusement touché. Plutôt que d’invoquer la malchance, le Vaudois estime aujourd’hui avoir repris trop tôt. «C’est le problème du sport de haut niveau où vu la concurrence tu as toujours peur pour ta place. Malgré la fougue de la jeunesse, j’avais encore de la peur en moi, je n’étais pas prêt mentalement. Je ne me suis pas donné assez de temps.» Des maux chroniques au dos lors d’un camp d’entraînement au Canada, voilà une année, l’obligent à dire stop.
Pensant à sa reconversion, Yannick Chabloz a entamé cet automne des études à l’HEI (Haute école d’ingénierie) de Sion. «C’est mon plan B. J’ai toujours eu le goût des maths et des sciences. Mon père est lui-même ingénieur. J’ai pensé à l’EPFL, mais les études sont trop longues.» Fidèle à sa passion, Yannick s’apprête également à passer son brevet de moniteur. Quand on lui redemande si au fond de lui il nourrit encore l’espoir de revenir, son «ce serait une dinguerie» veut tout dire!

Son enfance, Yannick Chabloz l’a passée à Beckenried, dans le canton de Nidwald, où son père avait été amené à travailler. Il a dévalé ses premières pistes à Klewenalp avec vue panoramique sur le lac des Quatre-Cantons. Il y était souvent accompagné par Maxime, champion polyvalent. Son frère cadet appartient aujourd’hui à l’élite mondiale tant en freeride – vainqueur de l’Xtreme de Verbier en 2022 – qu’en kitesurf. «On skiait aussi souvent dans le Pays-d’Enhaut, où ma grand-mère possède un chalet.»
Légende: Yannick (à g.) avec son frère Maxime sur les hauts du lac des Quatre-Cantons, là où tout a commencé. | DR
