
Les Aiglons ont retrouvé l’avenue de la Gare. La rue du Rhône rouvrira d’ici les fêtes. Une respiration pour les commerces, qui sortent de plusieurs mois très compliqués. | K. Di Matteo
D’aucuns diront que c’était une évidence, mais ces derniers mois de centre-ville d’Aigle à cœur ouvert n’ont pas fait les affaires du commerce local. Travaux sur la ligne de train, chauffage à distance, nouvelle place devant l’Echappée, pose de la fibre optique, travaux d’urgence décrétés par le Canton aux Transports Publics du Chablais (TPC) sur l’avenue de la Gare ce dernier mois: le mille-feuille des fouilles a donné le tournis.
La réouverture de l’avenue de la Gare la semaine dernière (en attendant celle de la rue du Rhône le 20 décembre) offre heureusement une respiration qui, espère-t-on, fera appel d’air en cette fin d’année. «Après une semaine, on sent déjà la différence, relève Christine Christen, patronne, avec son époux, d’une bijouterie à la rue de Bourg. Cela fait du bien après deux mois et demi de galère et des journées à 20 balles de chiffre…»
«Les TPC ont bossé de manière super efficace, admet Catherine Hedinger, de la confiserie éponyme. D’autres devraient s’en inspirer: sur certains tronçons, on a l’impression que ça n’avance pas!» Le syndic Grégory Devaud assure pourtant que tout le monde fait le maximum. «Mais il est impossible d’être sur tous les fronts, tous en même temps.»
Coupés de la ville
«J’ai enregistré une perte de 50% rien que sur le dernier mois, explique pour sa part Jean Du, de la boutique d’articles en tous genres du croisement avenue de la Gare-rue du Rhône. La première semaine, les gens pensaient carrément que c’était fermé.» Au kiosque de la rue Farel, Inès Dias évoque le chiffre de 40%. «Le fait de ne pas pouvoir traverser l’avenue de la Gare, et de devoir aller jusqu’à la gare et revenir, n’a pas aidé.» «On aurait au moins pu prévoir une passerelle!», regrette la bijoutière Christine Christen. «Des gens finissaient par passer par-dessus les barrières», ajoute encore Justine Vasseur, de la librairie voisine Chronopage.
Des bons en clair-obscur
Justine Vasseur et son associée Pauline Paccolat disent toutefois avoir traversé la période tant bien que mal, notamment grâce aux bons «entreprises» vendus par la Commune, cette dernière assumant 20% de leur valeur pour inciter à la consommation. «On en a vu régulièrement, je dirais une à deux fois par semaine», note Pauline.
Catherine Hedinger salue le geste, d’autant que ces bons, d’abord réservés aux Aiglons, sont désormais disponibles pour tous. «J’en ai eu pas mal, c’est au moins quelque chose, et la Commune paie sa contribution chaque semaine, même si, de manière générale, on a l’impression d’une forme d’indifférence.»
Marine Guillaume, responsable de la Droguerie d’Aigle, rue Farel, espérait en voir un peu plus pour compenser un mois de novembre «compliqué». «N’aurait-on pas pu dispatcher les travaux? Compenser certaines places de parc? Il y a eu un gros déficit de communication aussi.»
Pour sa part, Jean Du n’a pas vu l’ombre d’un bon. Thierry Gourdon, patron du Cris Café, pas davantage. «Qui va venir payer un café avec?, lance le tenancier du bistrot de la rue du Rhône. Notre perte est énorme ces trois derniers mois. N’aurait-on pas pu envisager un petit geste financier pour les commerçants?» Question récurrente chez les interrogés. Mais Grégory Devaud est clair. «Notre contribution passe par notre opération de bons, que nous avons reconduite pour booster le commerce de fin d’année et début 2025.»
Près des deux tiers ont trouvé acquéreurs. Soit 1’074 bons pour une valeur totale de 225’000 francs, dont 200’000 ont déjà été réinjectés dans les commerces, selon la Commune, celle-ci ayant prévu d’aller au maximum jusqu’à 300’000 francs. «Ce qui signifie un chiffre d’affaires potentiel de 1,5 million pour les commerces.»
Insuffisant aux yeux des commerçants, qui ne se réjouissent pas non plus de la réouverture de l’avenue de la Gare dans trois à quatre ans pour les travaux de fond sur les rails.
