
L’artiste Tonatiuh Ambrosetti entouré des fondateurs de l’Espace culturel lac, Patrick Vermeulen et Nana Sjöblom. | M. Benkler
Une force tranquille émane des œuvres de Tonatiuh Ambrosetti. À l’image de ce sapin rouge carbonisé, qui semble fossilisé. Comme s’il échappait aux prises du temps. «En brûlant la matière, on la détruit, mais elle devient aussi plus résistante», détaille l’artiste. Un état contradictoire qui illustre surtout une atemporalité.
Ce tiraillement s’incarne avec justesse dans l’exposition «Mémoire du feu», évoquant à la fois l’évanescence et la présence de la matière. À la manière de l’archéologie, les œuvres de cet artiste mexicano-suisse s’érigent comme des vestiges.
Granit, encre de Chine, verre: Tonatiuh Ambrosetti cisèle une diversité de matières organiques. Car ce qui l’intéresse, c’est de trouver le juste équilibre entre état sauvage et modelage humain. Une exploration d’orfèvre, car la difficulté est de savoir où s’arrêter. «Le danger est que l’ego ne prenne le dessus, et que l’œuvre en devienne viciée.»
S’extraire du temps
Loin d’insuffler un bagage symbolique à son travail, cet enseignant de photographie à l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL) favorise l’intuition. Ainsi de longues périodes d’inertie rythment son processus créatif pour que ces œuvres prennent forme. À l’image de ces granits peints à l’huile, qui ont nécessité de longs mois de séchage et qui sont ensuite restés en plein air, malmenés par les éléments naturels.
Une forme de violence qui n’est pas sans rappeler son intérêt pour les mythes fondateurs. «Mexicain du côté de ma mère et Tessinois par mon père, la question de l’appartenance est fascinante, poursuit l’artiste. J’aime interroger les marges pour faire émerger des récits alternatifs qui ont parfois été effacés.»
«Mémoire», «ombre» ou «primitif»: autant d’œuvres qui permettent de déciller notre regard pour mieux observer les interstices oubliés de l’histoire et mieux nous positionner dans un écosystème global.
Plus d’infos:
Les mémoires du feu, jusqu’au 21 décembre à
l’Espace culturel lac, ruelle des Anciens-Fossés 8, Vevey.
