Paul Chaudet fut le dernier conseiller fédéral de la région

Paul Chaudet, le jour de sa démission du Conseil fédéral. | Archives Edipresse

Politique
Grand serviteur de la Suisse, le vigneron a mené une carrière exemplaire, des ceps de Lavaux aux ors de la Coupole fédérale. Le Vaudois s’est aussi beaucoup investi pour l’enfance malheureuse.

Paul Chaudet fait partie d’un club très fermé. De l’élite même. Celle des quinze politiciens vaudois à avoir occupé la plus haute et noble tâche au niveau politique: celle de conseiller fédéral (voir encadré). Le natif de Rivaz est même le dernier conseiller fédéral élu de la région Lavaux-Riviera-Chablais, à l’exception notable de Jean-Pascal Delamuraz, né à Vevey, mais Lausannois.
Marié à Madeleine, père de quatre enfants, dix fois grand-père, Paul Chaudet fut un terrien qui aura voué une grande partie de son existence au bien public, en Suisse comme hors de ses frontières. «Il était gentil et surtout très bienveillant. J’aimais passer du temps avec lui et je le voyais souvent. Je pouvais toujours aller lui parler quand j’en ressentais le besoin. Je l’ai connu jusqu’à mes 19 ans», résume sa petite-fille Véronique Chaudet Briaux.
Originaire de Corsier-sur-Vevey, Paul Chaudet naît il y a 120 ans, le 17 novembre 1904, à Rivaz. Son père a fondé le domaine viticole éponyme, toujours en mains de la famille, quatrième et cinquième générations en cours. L’enfant Chaudet suit l’école, jusqu’à la première supérieure à Chexbres. Le jeune homme intègre ensuite l’École cantonale d’agriculture et de viticulture de Lausanne.
Vigneron de métier, il se lance en même temps dans la politique. Cultivé, intelligent, il accomplit un parcours ô combien classique en Suisse, même sans avoir fréquenté l’université, en étant d’abord élu syndic de sa commune natale. Il a tout juste 33 ans quand il devient député au Grand Conseil vaudois sur les bancs du Parti radical-démocratique (PRD).

Conseiller fédéral à 50 ans
Il y restera un lustre avant de devenir membre un an plus tard du Conseil national. Sous la Coupole, il s’oppose avec succès à l’impôt sur les vins et combat pour l’Initiative populaire «Retour à la démocratie directe», portée par la Ligue vaudoise. Bon radical, il «grade» aussi dans l’armée suisse, terminant lieutenant-colonel d’infanterie.
Paul Chaudet fait un retour politique remarqué dans son canton, avec son accession en 1946 au Conseil d’État vaudois. Il prend successivement en charge le dicastère Justice et Police pendant deux ans, avant de gérer le département de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce. Le vigneron est aussi membre des Conseil et comité de la Banque nationale suisse.
À tout juste 50 ans, Paul Chaudet atteint le Graal en entrant au Conseil fédéral (16 décembre 1954). Il reprend le Département militaire fédéral. «L’évolution de la situation internationale impose un renforcement de notre défense militaire, comme l’apparition d’armes et de techniques nouvelles exige de complets remaniements dans l’organisation des troupes et de profondes modifications dans la doctrine de combat. Avec fermeté et réalisme, il s’attelle à la réorganisation de l’armée», écrit à l’époque 24 heures.
Paul Chaudet mène un difficile combat. Les passions se déchaînent contre lui et il doit s’incliner devant la décision des Chambres de réduire le nombre des avions Mirage, plus chers que ce qui avait été budgété. Au sujet de cette «affaire», Paul Chaudet dira au grand quotidien vaudois: «Je suis très serein. L’administration militaire n’a pas donné la moindre prise aux reproches de malhonnêteté, d’indélicatesse ou bien d’incompétence.»
Le 28 novembre 1966, Paul Chaudet démissionne pour ne pas avoir à se plier aux restrictions demandées par certains de ses amis politiques. Il prend cette décision après avoir accompli une tâche énorme avec un courage auquel chacun rend hommage. «J’étais encore petite, mais je me souviens que cela l’avait beaucoup touché. Néanmoins, il n’en parlait pas trop devant nous, ne voulant pas importuner sa famille», détaille sa petite-fille. Son grand-père a présidé la Confédération en 1959 et 1962.

Aux côtés des enfants
Revenu à Rivaz, Paul Chaudet continue de s’occuper d’autrui. Ses activités sont nombreuses, son énergie débordante. Il se consacre sans compter à l’aide à l’enfance, notamment celle du tiers-monde. Il préside «Enfants du monde», (section suisse de l’Union internationale pour la protection de l’enfance), et l’Association suisse des villages d’enfants SOS.
«Il est allé mener plusieurs missions sur place, à l’étranger», se souvient Véronique Chaudet Briaux. Il en dirigea une très importante pour la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) en Inde et au Pakistan, en 1967. Il présida le Conseil de fondation de Crêt-Bérard, maison du protestantisme vaudois à Puidoux.
Paul Chaudet meurt le 7 août 1977, dans sa 73e année, au CHUV, des suites d’une longue maladie. Des milliers de personnes assistent à ses obsèques cinq jours plus tard à Vevey. Trois représentants du Conseil fédéral, sept anciens présidents de la Confédération, cinq conseillers d’État vaudois, des délégués de tous les corps constitués sont présents au temple de Saint-Martin.
Dans L’Est vaudois, Pierre-Alain Luginbuhl résume la pensée de beaucoup. «Paul Chaudet a été dans tout ce qu’il a entrepris d’une droiture et d’une honnêteté rigoureuses. Dans le canton de Vaud, son image de marque a été excellente et le restera toujours. Le Pays de Vaud, la Suisse tout entière viennent de perdre un homme de très haute valeur.» Pour Véronique Chaudet Briaux, c’était plus que tout «un très bon grand-papa».


Sources: journaux suisses de l’époque, Domaine Chaudet, Wikipédia.

Quinze Sages vaudois sous la Coupole

Outre Paul Chaudet, quatorze autres Vaudois ont assumé – ou assume comme Guy Parmelin depuis 2015 – la charge de conseiller fédéral à Berne, dont plusieurs issus de nos régions. Depuis la création du Conseil fédéral suisse en 1848, 121 Suisses ont été élus. Parmi elles et eux, voici les Vaudois:

Daniel-Henri Druey Né en 1799 à Faoug, mort en 1855 à Berne. Avocat et journaliste. Membre du Parti radical-démocratique (PRD). Conseil fédéral (CF): 1848 à 1855. Président de la Confédération en 1850.

Constant Fornerod Né en 1819 à Avenches, mort en 1899 à Bettens. Avocat, professeur de droit romain. PRD. CF: 1855 à 1867. Président en 1857, 1863, 1867.

Victor Ruffy Né en 1823 à Lutry, mort en 1869 en cours de fonction à Berne. Avocat. PRD. CF: 1867 à 1869. N’as pas présidé le pays.

Paul Ceresole Né en 1832 à Friedrichsdorf (Allemagne), décédé en 1905 à Lausanne. Bourgeois de Vevey. Avocat. PRD. CF: 1870 à 1875. Président en 1873.

Louis Ruchonnet Né en 1834 à Lausanne, mort en 1893 à Berne. Bourgeois de Saint-Saphorin. Avocat. PRD. CF: 1881 à 1893. Président en 1883 et en 1890.

Eugène Ruffy Né en 1854 à Lutry, mort en 1919 à Berne, fils de Victor. Avocat. PRD. CF: 1894 à 1899. Président en 1898.

Marc-Émile Ruchet Né en 1853 à Bex, mort dans la même ville en 1912. PRD. CF: 1900 à 1912. Président en 1905 et en 1911.

Camille Decoppet Né en 1862 à Suscévaz et mort en janvier 1925 à Berne. Avocat. PRD. CF: 1912 à 1919. Président en 1916.

Ernest Chuard Né en 1857 à Corcelles-près-Payerne, mort en 1942 à Lausanne. Ingénieur chimiste, professeur, chercheur. PRD. CF: 1920 à 1928. Président en 1923.

Marcel Pilet-Golaz Né en 1889 à Cossonay et mort en 1958 à Paris. Avocat. PRD. CF: 1928 à 1944. Président en 1934 et en 1940.

Rodolphe Rubattel Né en 1896 à Villarzel, décédé en octobre 1961 à Pully. Avocat. PRD. CF: 1947 à 1954. Président en 1954.

Georges-André Chevallaz Né en 1915 à Lausanne et mort dans la même ville en 2002. Enseignant. PRD. CF: 1974 à 1983. Président en 1980.

Jean-Pascal Delamuraz Né en 1936 à Vevey, mort en 1998 à Lausanne. Politicien. PRD. CF: 1984 à 1998. Président en 1989 et en 1996.

Guy Parmelin Né en 1959 à Bursins. Vigneron. Membre de l’UDC. Élu au Conseil fédéral fin 2015. Président en 2021.

Source: Wikipédia

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