Le Chorgue qui défend les couleurs thaïlandaises

Jérémy Knoerr lors des Jeux asiatiques 2024, à Lake Songhua en Chine. |DR

Portrait
À 21 ans, Jérémy Knoerr a un parcours atypique. Skieur-alpiniste pro depuis 2019, il court sous bannière thaïlandaise, la patrie de sa maman. Mais son terrain de prédilection reste la vallée d’Illiez, puisque l’athlète habite à Troistorrents.

Jérémy Knoerr est unique en son genre. Né à Aigle en 2003 d’un père suisse et d’une mère thaïlandaise, il a passé toute son enfance à Troistorrents, porte d’entrée de la vallée d’Illiez. Très jeune, son père le met sur les skis, puis l’initie à la peau de phoque. Petit à petit, la passion grandit. Jusqu’à le mener à faire de la compétition. Jérémy se mesure aux autres jeunes athlètes de la région sur des courses telles que la Patrouille des jeunes (petite sœur de la fameuse Patrouille des Glaciers), la Verticale de la Foilleuse à Morgins ou encore l’Alpiniski, du côté des Marécottes.
Après plusieurs bons résultats, l’envie d’en faire davantage émerge. Face à une féroce concurrence dans les rangs helvétiques, le Chorgue et son père décident d’approcher l’association thaïlandaise de ski et de snowboard en 2018. Après plusieurs échanges avec la fédération, la demande est acceptée et le voilà seul et unique représentant de «l’équipe» thaïlandaise de ski-alpinisme.
Même si la démarche a pu paraître farfelue, Jérémy est très reconnaissant. «Cela a été une grande fierté et une belle opportunité pour moi, puisque la Thaïlande m’aide beaucoup financièrement en payant mes voyages et mon matériel.» Ainsi, dès 2019, le Chorgue participait à ses premières épreuves de Coupe du monde… sous pavillon thaïlandais.

Un athlète atypique
Ce qui distingue l’athlète chablaisien, c’est son aspect hybride dans le monde du sport de compétition. Alors que ses homologues suisses, français ou italiens bénéficient d’un encadrement professionnel, Jérémy, lui, suit une autre dynamique. Pour commencer, il n’a pas de statut de sportif d’élite au sein de son école, la HES-SO Valais-Wallis à Sierre, où il étudie l’économie d’entreprise.
Pour l’entraînement, il a donc sa recette personnelle. «Avec un plan strict, je perds un peu foi en mon sport. Je préfère donc m’entraîner de mon côté.» Il est toutefois suivi par un coach, Georges Oguey, ancien ski-alpiniste professionnel, basé aux Giettes. Ce dernier lui apporte un cadre d’entraînement et des conseils techniques essentiels. «Jérémy est très motivé. Il a un cœur immense, mais il doit encore progresser, notamment dans la rapidité des transitions lors des courses, lorsqu’il faut dépeauter et repeauter (ndlr: enlever ou fixer les peaux de phoque).»

Le sprint au programme
En été, sa préparation physique passe par la course en montagne, le vélo et la piste, environ 10 heures par semaine et souvent seul. Mais dès les premiers flocons, il arpente les sommets enneigés de sa vallée d’Illiez natale. En ski-alpinisme, il existe plusieurs disciplines. Jusqu’ici, Jérémy participait aux courses verticales et aux individuelles. Mais cette année, il va se lancer dans le format sprint. Un domaine où il devrait pouvoir jouer sur ses atouts majeurs que sont la puissance et l’explosivité. «Je pense que mes années de football au FC Troistorrents n’y sont pas étrangères», sourit-il.
Sa ténacité est une autre de ses forces. L’angoissant «DNF» au classement (ndlr: Did not finish – n’a pas terminé) est inenvisageable pour Jérémy. «Une fois qu’on y est, autant tout donner et arriver au bout», lance-t-il. Parmi ses inspirations, que ce soit en matière de performance ou d’éthique de travail, on retrouve Kilian Jornet – superstar de la discipline et de l’ultra-trail, et le Gruyérien Rémi Bonnet, pratiquement imbattable en individuel. Plus localement, le Chorgue s’inspire du Montheysan Alexis Gex-Fabry, ancien champion d’Europe de course de montagne.

Finir la saison à la maison
Pour la suite, Jérémy se prépare pour plusieurs événements. En janvier, ce seront les Universiades de Turin, puis les Jeux asiatiques en Chine début février. Ici, il aura l’occasion de se mesurer aux autres athlètes qui – comme lui – briguent une qualification pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026. Et les chances sont minces, puisqu’il n’y aura que 48 places disponibles (24 femmes et 24 hommes) à répartir entre tous les pays participants.
Enfin, le Chorgue aura l’immense privilège de courir à la maison, lors des Championnats du monde qui auront lieu en mars à Morgins. «J’ai hâte de pouvoir courir devant mes amis et ma famille. Et pour ceux qui ne me connaissent pas, je me réjouis de les voir surpris d’entendre un type aux couleurs de la Thaïlande parler avec un accent de la vallée d’Illiez», conclut-il, le sourire en coin.