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Il est parti sur un douzième budget passé «facilement», lors d’une dernière séance du Conseil général «fort agréable et touchante». À l’heure du bilan après 24 ans de «Muni», Stéphane Coppey dresse un bilan entre sentiment du devoir accompli et quelques craintes pour l’avenir.
Comment se portait Monthey avant Stéphane Coppey ? Et comment se porte-t-elle aujourd’hui ?
– En 12 ans, Monthey est passée de 16’000 à 19’000 habitants, ce qui implique des besoins supplémentaires pour la collectivité. Nous avons tenté d’y répondre au mieux, avec plus de 300 millions d’investissements, notamment en ce qui concerne l’enfance.
Quels sont les principaux aboutissements que vous retiendrez de ces 12 ans ?
– Je pense notamment aux aménagements extérieurs, la zone sportive du Verney, le réaménagement des digues de la Vièze, le parc du Crochetan, celui de la Torma, autant de lieux qui permettent une amélioration de la qualité de vie. Nous avons également changé la philosophie du centre-ville pour donner la priorité aux piétons et à la mobilité douce. Je noterai également différents investissements en faveur de la population: le pavillon des Mangettes, l’agrandissement de la crèche et de l’UAPE de la Tonkinelle – qui est en cours – le Home des Tilleuls, la salle de la Gare, la Casa Nova. Au niveau des infrastructures propres aux employés communaux, je relèverai la caserne des pompiers, le bâtiment technique des Illettes qui offre une qualité de travail à notre personnel; une commune vit bien si l’ensemble de ses employés se sent bien.
Monthey a accordé 6 millions de francs pour la sécurisation de la ligne AOMC, Collombey-Muraz 3 millions. Le dossier avance. « Enfin », serait-on tenté de dire…
– Oui, on peut le dire. Il aura fallu 10 ans pour finaliser le dossier de ce nouveau tracé imaginé avec Collombey-Muraz du temps de la présidence de Yannick Buttet – à noter que c’est peu: pour le terminal rail-route, on aura mis 20 ans. Ce sont des investissements importants et, pour les riverains du terminal Bertschi, la disparition de ce dernier à la gare CFF constituera une réelle plus-value. La création d’un nouveau hub de transports publics améliorera également la desserte publique de la ville, y compris du site chimique.
La ville s’est imposée comme un pôle culturel fort. Le statut de Monthey l’industrielle a-t-il changé ?
– J’ose espérer. J’ai toujours dit que je ne partirais pas tant que l’image industrielle et carnavalesque de Monthey n’aurait pas changé, ou à tout le moins évolué. Nous avons en effet connu un développement culturel assez fort, entre le Théâtre du Crochetan, le Pont Rouge, la salle de la Gare, le Quartier Culturel de Malévoz, l’avènement de la Casa Nova, le Kremlin, les salles d’exposition notamment. Ce sera encore un travail à accentuer pour mon successeur, à savoir vendre une ville riche en termes de qualité de vie et d’offre publique dans la culture et le sport. Je relève que nous devons aussi cela à nos prédécesseurs, qui, il y a plusieurs décennies, avaient parié sur une destinée culturelle pour Monthey.
Nous évoquions les accomplissements ; quid des échecs ?
– Le seul dossier que je pourrais qualifier ainsi est celui de la fusion avec Collombey-Muraz, acceptée par Monthey, mais refusée par nos voisins. C’est un virage que nous n’avons pas su prendre. Il aurait permis de préparer l’avenir de manière plus efficiente, avec une coordination plus forte entre les deux Communes. Pour le reste, ce furent 12 ans de plaisir dans l’exercice de cette fonction.
Votre collègue Gilles Cottet évoquait un grand regret, celui de ne pas avoir pu trouver un climat de collaboration apaisé avec les commerçants. C’est le gros caillou dans la chaussure montheysanne…
– Sans doute, oui. Mais je ne pense pas que cela ait péjoré le développement de la ville. C’est une chose à rectifier à l’avenir, mais c’est comme dans un couple, il y a des concessions à faire des deux côtés. Je suis persuadé que le prochain Conseil municipal trouvera les mots pour parler avec ArtCom (ndlr: Société des artisans et commerçants de Monthey).
La désaffection de la population pour la politique est une réalité criante, en particulier à Monthey, qui n’a enregistré que 35 % de participation le 13 octobre dernier. Comment l’expliquez-vous ?
– Nous sommes de mauvais élèves, c’est juste, même s’il faut relever que cette baisse de fréquentation est un peu identique dans toutes les communes. On se rend compte qu’il est difficile de motiver les gens pour la chose publique de manière générale. Les gens se sentent suffisamment bien pour ne pas remettre en question l’existant et ont d’autres préoccupations, les cercles familial et amical. Il y a une difficulté à faire comprendre à la population que chaque citoyen joue un rôle dans le devenir de sa commune, notamment en participant aux élections et votations.
Le 10 novembre, les Verts perdaient la moitié de leurs sièges dans les Législatifs valaisans, l’UDC progressait de 25 sièges, le PS de 11. Est-ce le signe d’une polarisation ?
– Oui. Je me suis rendu compte en plus de 20 ans qu’il y a un réel risque de polarisation qui influence les campagnes et les partis. On se rend compte que l’on doit de plus en plus simplifier les messages, parce que, globalement, les gens ne vont pas dans les détails; on ne peut plus dire «c’est gris», on doit expliquer que c’est noir ou blanc. Même pour un parti comme le mien, Le Centre, il y a une tendance à caricaturer; il ne faut pas tomber dans ce piège.
Les gros dossiers chablaisiens à venir pour votre successeur ?
– Pour Monthey, ce sera le hub de transports publics autour de la gare et la connexion avec le bas de la ville, où vivent plus de 3’000 habitants. Et évidemment, la finalisation de l’école du Mabillon. Pour la région, nous allons devoir assumer une augmentation de la population, qui va se poursuivre ces 10 prochaines années, avec des problèmes supplémentaires en termes de mobilité. Nous allons devoir améliorer l’offre de manière significative et dans les meilleurs délais.
Un conseil pour Fabrice Thétaz ?
– Prendre beaucoup de plaisir dans sa fonction. Et être à l’écoute des gens; ce qu’il sera, j’en suis persuadé.
Et pour vous, quel futur à partir du 1er janvier ?
– La politique locale, c’est terminé – après un quart de siècle tout de même. Je ne mettrai plus mon grain de sel, je vivrai l’évolution de Monthey en tant que citoyen. Je retournerai dans le privé, notamment à mon étude d’avocat notaire.
La politique, c’est fini
– On verra les opportunités qui se dessinent. J’ai hésité à me lancer à la députation, mais… je vais d’abord souffler un peu.
