«Peppe», le Napolitain sauvé par le ski

Les deux frères et la sœur de Giuseppe Sammarco, ainsi que nombre de ses amis italiens, ont appris à skier grâce à lui et à sa passion communicative.  | L. Grabet

Torgon
En ce début de saison, nous ressortons nos lattes pour découvrir des personnalités marquantes des stations de nos régions: les directeurs d’école de ski. Après des descentes où les cuisses chauffent ou autour d’un bon grog ou d’un chocolat chaud, ils nous expliquent comment ils en sont venus à s’engager dans cette activité professionnelle pas comme les autres. On commence avec Giuseppe Sammarco.

La saison de ski a repris ses droits fin décembre dans la station grâce à la Société d’exploitation touristique locale. Huit canons à neige, une retenue collinaire et un nouveau tapis de 50 mètres sont de la partie! Nous avons profité de cette ouverture pour échanger sur l’étonnante trajectoire de Giuseppe Sammarco. Ce Napolitain n’avait jamais skié de sa vie avant ses 20 ans. Aujourd’hui, il dirige l’ESS de Torgon avec bonne humeur et efficacité.

Absolument rien ne le prédestinait à devenir moniteur et directeur de cette école. Rien sauf un appartement que ses parents avaient acheté en «time-sharing» à la fin des années 90. «Pour 3’000 francs, ils avaient à vie le droit de venir passer deux semaines chaque été dans l’immeuble <Les Crêtes>. Mon père ne nous avait jamais mis au ski, car il avait peur que l’on se blesse…», confie ce quadragénaire.

Mais en 2006, à la suite d’une rocade, le fiston «Peppe» a l’occasion de venir occuper les lieux pour une semaine en hiver. C’est là qu’il s’initie au snowboard. C’est une révélation. «J’ai tant adoré ces sensations qu’à peine rentré à Naples, je suis reparti à Torgon pour une seconde semaine avec mon oncle. Et là, chaque matin, je suivais 2h de cours. Je suis tombé amoureux de la glisse, de la vitesse et puis aussi de l’ambiance de camaraderie et de rigolade…»

À la fin de cette semaine paradisiaque, le débutant se met en tête de devenir instructeur snowboard pour enfants. André Vannay, le directeur de l’ESS à l’époque, s’en amuse et finit par lui lâcher sans y croire une seconde: «Passe ton papier de <kid instructor> et je te confierai des élèves!» 

En anorak en gare de Naples

Ce vœu pieux ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Au mois d’avril suivant, il prend le train depuis Naples direction Zermatt. «Les gens ne comprenaient pas où j’allais avec un anorak et un snowboard sous le bras. Une fois sur place, l’expert a bien rigolé en voyant mon niveau, mais il m’a poussé toute la semaine. J’ai progressé très rapidement, car je suis parti d’une feuille blanche. Arrivé au terme de ces quelques jours, j’ai obtenu mon examen!»

L’hiver suivant, «Peppe» commence à donner des cours à Torgon où sa gentillesse et sa joie de vivre font des miracles pour fidéliser ses jeunes clients. «J’ai plaqué mes études en économie à l’université que j’étais pourtant sur le point de terminer pour suivre mon rêve. Autant vous dire que mes parents n’ont pas trop apprécié, se souvient-il amusé. Aujourd’hui, ils sont fiers de ce que j’ai réalisé.» Devant ces débuts prometteurs, André Vannay lui propose de se mettre au ski et finance les 20’000 francs de cette exigeante formation comme professeur de sport de neige. 

Giuseppe Sammarco obtient son brevet fédéral en 2012. Mais trois ans avant cela, on lui détecte une méchante tumeur cancéreuse à la thyroïde. «C’était à la suite d’une violente chute hors-piste alors que je m’entrainais pour ma patente. Sans la glisse, on ne l’aurait peut-être jamais trouvée à temps», explique celui dont la situation de santé semble désormais stabilisée après cinq opérations.

En 2016, lorsqu’il décide de passer la main, André Vannay pense à Peppe. Mais le propriétaire de l’école, Pierre-Paul Genevard est sceptique. Déçu de ne pas être retenu, l’Italien s’exile trois saisons durant à l’ESS de Montreux. Cette expérience lui permet de découvrir le petit domaine des Rochers-de-Naye, mais aussi d’autres stations valaisannes où l’école déménage lorsque la neige manque. 

Rencontre inattendue

Fort de ces expériences, en 2019, lorsque l’ESS de Torgon est mise en vente pour 300’000 francs, «Peppe» est sur les rangs. Il n’a aucune fortune et qu’un permis saisonnier, mais une foi à déplacer les montagnes. Ses proches lui prêtent 50’000 francs et le centre de cautionnement et de financement de l’État du Valais 100’000 de plus, ce qui suffit à conclure l’affaire.

Le Covid ne facilite pas les débuts, pas plus que la faillite de Télé-Torgon SA prononcée en 2022. Mais Giuseppe Sammarco reste un indécrottable optimiste. «La saison qui s’ouvre s’annonce bonne avec déjà un bon 40% des cours assurés par des classes de la région Saint-Gingolph – Vionnaz», annonce-t-il radieux entre deux coups de fil de clients.

Hors-saison, «Peppe» se concentre sur la petite affaire de revente de voitures d’occasion qu’il a montée dans la région. L’Italien partage sa vie entre Torgon et Montreux où réside celle qui deviendra sa future femme l’été prochain sur la côte amalfitaine. «Mona est allemande et project manager dans une grande boîte. On est tombés amoureux pendant la pandémie, alors qu’elle était restée bloquée à Torgon à cause des évènements.» Le ski toujours…

 

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