
L’exposition le long du sentier à raquettes du lac des Chavonnes servira de cadre à deux randonnées organisées par Villars Rando, à l’origine de la venue de David Rouge. | David Rouge
«Je marchais le long de la banquise, au pied d’un glacier de 50, 60 mètres de haut, et là, alors que je ne m’y attendais pas du tout, je tombe sur des traces d’ours et de renard polaire. D’un coup, les émotions remontent, je prends conscience de tout l’investissement qui m’a mené là, et je fonds en larmes. Vivre de ses rêves, c’est un choix, mais c’est aussi une grande chance, un privilège. On se sent vivant…»
Au téléphone, la voix de David Rouge se gorge de chaleur. Celle d’une passion née il y a trente-cinq ans, lorsque, à 17 ans, au sortir de la scolarité et à l’entame d’une année sabbatique, son frère l’embarque pour quatre mois en Australie. «Dans l’avion, il me dit <J’ai un appareil photo, tiens, prends-le…>. Ça a commencé comme ça, en autodidacte. J’ai découvert les grands espaces, les peuples, la faune. Je n’ai rien fait pour, c’est un chemin de vie qui s’est dessiné de lui-même.»
Seul au cœur du monde
Un chemin qui, 34 ans de photographie, 62 mois de voyage dans 48 pays et 50’000 images plus tard, le ramène aujourd’hui au cœur même de «ses» montagnes, autour du lac des Chavonnes, pour une exposition fascinante d’un regard fasciné sur l’Arctique. Dix-sept photographies grand format – 3 mètres par 1 mètre 90 – au départ de Bretaye, le long d’un sentier à raquettes d’un peu plus de 5 kilomètres, pour s’immerger dans une nature où contemplateur et contemplé révèlent en plein leur fragilité.
«Fragile», c’est d’ailleurs le titre du magnifique premier ouvrage de David Rouge, paru en 2023 aux éditions Favre. «Cette fragilité, c’est autant celle de la planète que la nôtre, la mienne», souligne-t-il. Sur son site Internet, une phrase ressort, parmi d’autres: «La photographie ne peut pas changer le monde, mais elle peut montrer le monde, surtout lorsque le monde est en train de changer.» «Pas besoin d’aller là-haut pour voir que les glaciers reculent, que la banquise est de plus en plus tardive», complète-t-il au téléphone.
Pourquoi alors aller «là-haut», en Arctique, entre Canada, Finlande, Suède, Norvège et jusqu’en Islande – «même si l’Islande ne fait pas tout à fait partie de l’Arctique»? «J’ai passé ma vie dans la montagne, à skier, faire de la peau de phoque, dormir dans les cabanes ou sous tente… Je suis toujours attiré par l’Afrique, mais la rencontre d’aventuriers comme Pierre Morand, qui m’a donné la première impulsion, et Thomas Ulrich, grand explorateur des pôles, a nourri mon amour de l’Arctique. Ce que j’apprécie beaucoup là-bas, c’est que je peux y aller seul, en autonomie totale. J’ai 140 kg de matériel; dans la forêt tropicale ou dans le désert, je dois avoir recours à des porteurs; en Arctique, je peux tirer ça sur un traîneau.»
Un film en gestation
S’il confesse un certain goût pour ce qu’il nomme «l’adrénaline de l’extrême», David Rouge souligne quêter avant tout dans ces situations où l’on se confronte à ses propres limites, ce qui le «replace à l’échelle de la terre». Des états que le conférencier et père de famille retrouvera en mars prochain dans le cadre d’une nouvelle virée arctique, d’abord avec des clients, puis seul, afin de «recréer du contenu» pour un projet de film actuellement en gestation.
De quoi prolonger encore le rêve d’un artiste dont le travail a été récompensé plusieurs fois au niveau international. «Mais je ne regarde pas trop à ça. Ce que j’aime, c’est partager les images. Et puis après, vous savez, on fait le chemin que l’on peut; je suis infiniment reconnaissant de pouvoir suivre celui-ci…»
Plus d’infos: davidrouge.com
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Exposition jusqu’au 27 avril 2025 sur le sentier à raquettes du lac des Chavonnes. Le départ se fait depuis la gare de Bretaye.
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Sorties raquettes samedi 18 janvier et jeudi 20 février de 15h20 à 19h50. Prix: 15 francs.
Réservation obligatoire sur villarsrando.ch ou à l’Office du tourisme de Villars. Randonnée limitée à 12 participants maximum.
