
Taranis vivait paisiblement à Vérossaz avant d’être tiré en pleine rue. | LDD
«Le cas de ce chat tué par balle est rarissime. Je ne sais pas si c’est inédit, mais il ne me vient pas à l’esprit de cas similaires ces dernières années», déclare Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal à l’État de Vaud. Responsable de la communication de la Société vaudoise pour la protection des animaux (SVPA), Stéphane Crausaz parle aussi «d’une situation tout à fait exceptionnelle et très grave».
Nos deux interlocuteurs réagissent au meurtre d’un matou à la fin de l’année. Taranis, solide maine coon de 2 ans, se baladait tranquillement en plein village de Vérossaz, avant d’être touché par une balle de type 22 Long Rifle. Le projectile retrouvé dans son abdomen a causé sa mort. Le corps a été ensuite conduit à 7 km de là, sur la route des Giettes, puis balancé en contrebas comme un vulgaire déchet. Les propriétaires ont déposé une plainte pénale (voir encadré).
En marge du cas Taranis, Giovanni Peduto révèle que des mises à mort d’animaux domestiques «par cruauté ou par malice ont été recensées, mais là encore c’est assez rare: quatre depuis 2020». Ce fut notamment par défenestration ou par coups. «Ce qui est très choquant», pour le responsable vaudois. Il évoque aussi d’autres décès, mais survenus à cause de négligence comme des «carences dans l’alimentation ou l’abreuvement et des abandons dans des voitures en plein soleil». Stéphane Crausaz ajoute «la méconnaissance, le manque de moyens financiers qui amènent quelquefois à une absence de soins pourtant nécessaires et qui se transforment en pathologies plus ou moins graves».
Signalements fondés pour moitié
Le service cantonal et la SVPA reçoivent très régulièrement des signalements envoyés par des tiers. «Ils sont en augmentation. De 203 en 2020, ils étaient 294 en 2023. Et probablement plus de 300 en 2024. Là, on parle de toutes espèces confondues, pas seulement de chats et de chiens», avance Giovanni Peduto. Stéphane Crausaz signale que le formulaire de signalement pour maltraitance du site de la SVPA est rempli en ligne «entre 700 et 800 fois par an».
L’inspectorat de la Direction vaudoise des affaires vétérinaires investigue sur tous ces signalements en se rendant sur place. «La moitié est fondée. Si c’est une question d’hygiène, les inspecteurs demandent de procéder au nettoyage. D’autres situations sont plus conséquentes et demandent des suites administratives. En cas de mise à mort cruelle par exemple, une interdiction de posséder un animal à l’avenir est prononcée, détaille Giovanni Peduto. Des dénonciations interviennent aussi et peuvent déboucher sur des contraventions par le préfet. En cas d’infractions graves, une plainte pénale est déposée auprès du Ministère public.»
De son côté, la SVPA emploie deux inspecteurs à plein temps. «Selon les négligences plus ou moins conséquentes, nous nous adressons aux autorités vétérinaires du Canton ou au préfet, mais beaucoup plus rarement au Ministère public», explique Stéphane Crausaz.
Si le Ministère public vaudois traite régulièrement des cas de négligence d’animaux de compagnie ou d’élevage, «les faits de cruauté envers des animaux demeurent rares», confirme son porte-parole Vincent Derouand.
Immédiatement après la mise à mort brutale et l’abandon de son chat dans un talus, la famille de Taranis a saisi la Commune de Vérossaz, le vétérinaire cantonal et la justice. Un dossier complet avec la balle tueuse a été remis au Ministère public. «Je vous confirme qu’une plainte a été déposée et qu’elle a été transmise à la police pour enquête», répond Beatrice Pilloud, procureure générale du canton du Valais. Que dit la loi en matière de maltraitance animale, voire de mise à mort – volontaire ou pas? Le texte fédéral sur la protection des animaux prévoit dans les dispositions pénales en son article 26 une peine – théorique – privative de liberté de trois ans au plus ou d’une amende, si le cas est intentionnel. Par négligence, le contrevenant peut être puni d’une charge pécuniaire de 180 jours-amende au maximum.
