« Rappelons-nous des erreurs du passé pour ne pas les commettre à nouveau »
Nous avons un devoir de mémoire concernant les événements tragiques de la manifestation antifasciste du 9 novembre 1932 à Genève. Ce jour sombre pour la démocratie suisse illustre la division de la société et la montée des extrêmes.» Quentin Talon défendait mercredi dernier au Conseil communal l’idée de nommer un espace public – place, rue ou autre – de Montreux pour honorer toutes celles et ceux qui ont lutté contre la montée du fascisme en Suisse durant les années 1930. Également pour commémorer les 13 victimes de la répression de 1932.
Pour rappel, lors d’une manifestation de la gauche contre l’extrême droite à Plainpalais, de jeunes recrues de l’armée suisse débordées par la situation ont tiré sur la foule, provoquant ce drame. Dans un contexte de montée du totalitarisme en Europe, la Suisse et tout particulièrement Montreux, n’ont pas été épargnées. On relève encore un congrès international fasciste qui a pris place au Montreux Palace les 16 et 17 décembre 1934 (voir édition 184, 18 décembre 2024).
«Ce lieu de Montreux pourrait aussi porter un nom évoquant cette période, sans nécessairement faire référence à un événement précis», soulignait Quentin Talon. «Le but est surtout de rappeler que la défense de la liberté d’expression et des droits démocratiques a un prix. […] Cet hommage serait aussi un appel à la vigilance contre toute forme d’extrémisme ou d’injustice sociale dans le présent ou le futur.»
«Pas de lien direct»
S’en est suivi un débat d’idée gauche-droite. Sur le fond, personne n’a remis en question la tragédie qui a eu lieu à Genève, ni les mouvements d’obédience fasciste de cette période. Mais la droite a toutefois souligné un lien ténu avec la Commune de Montreux. «J’ai grandi dans la cité de Calvin et j’y ai suivi des cours d’histoire. Cet événement s’inscrit dans la montée du totalitarisme, mais il n’a en réalité pas de rapport direct à Montreux. Il appartient à Genève», rappelait l’UDC Christine Menzi.
L’argumentaire est aussi soutenu par les Libéraux-Radicaux. «À Montreux, nous avons une place du Marché où se tenait le marché, une rue du Pont où nous avons un pont, etc. Aujourd’hui la politique s’en mêle, lançait Simon Lepêtre. Or, ce nom que vous souhaitez n’a pas de lien direct avec les événements. Et pour une nouvelle appellation, il faut un consensus. Aujourd’hui, nous n’y sommes pas.»
Une idée a encore émergé de la salle, plutôt que de lier un lieu au malheur du 9 novembre, «pourquoi ne pas faire référence plutôt à l’historien Jean-François Bergier, figure de l’antifascisme qui est enterré au cimetière de Clarens – ou à la commission Bergier?», relevait le Montreux Libre Vincent Haldi.
L’hémicycle accouche d’une parité de vote: 39 oui, 39 non et 2 abstentions. La voix du président du Conseil Olivier Müller (PLR) faisant finalement pencher la balance du côté du refus.
Contacté après la séance, Quentin Talon n’abandonne pas totalement son idée. «Je pense qu’on reviendra au prochain Conseil avec une proposition de nommage plus précis, sûrement en lien avec les travaux de Monsieur Bergier.»




