Le loup dans nos contrées, entre régulation et coexistence

Le loup fait désormais partie du paysage chablaisien. Pour certains éleveurs, la cohabitation va de pair avec une régulation efficace. | 24 heures

Valais
La Canton vient de dresser son dernier bilan: 341 animaux de rente ont été tués par le loup l’an passé et 35 prédateurs ont été abattus. Réactions d’un éleveur et d’un groupe de protection du canidé.

«En 2024, 61 loups ont été formellement identifiés dans le canton, dont 36 nouveaux individus. 11 meutes, dont 9 avec reproduction sont confirmées», révèle le Service de la chasse, de la pêche et de la faune.
Ce sont au total 341 animaux de rente qui ont été tués en Valais. Pas moins de 112 attaques ont été identifiées. En légère augmentation, le montant d’indemnisation d’animaux de rente tués s’élève à 227’000 francs pour 2024 (contre 210’000 francs en 2023). L’an passé, le Canton a ordonné deux tirs individuels, débouchant sur la mort d’un loup par les gardes-faune professionnels.
Dans les zones valaisannes problématiques où les loups contournent les mesures de protection des troupeaux d’animaux de rente, une régulation proactive a été appliquée. Autorisée par l’Office fédéral de l’environnement, elle concernait cinq meutes. Un total de 27 tirs a été réalisé par les gardes-faune professionnels, accompagnés des chasseurs spécialisés et autorisés. Elle a débouché sur l’abattage de 34 loups supplémentaires entre le 1er septembre 2024 et le 1er janvier 2025.

Mieux comprendre les attaques
«Les attaques de loup sont très fluctuantes et on ne peut donc pas les prévoir malheureusement», déplore Claude Lattion. Alpagiste à Vouvry, il préside l’Association des éleveurs ovins et caprins du Valais romand. «Sur l’alpage où un couple de bergers est responsable du troupeau, nous avons eu quatre attaques avec six bêtes tuées en 2023, mais aucune l’an passé avec exactement les mêmes mesures de protection.»
«Les chiffres mentionnés dans le bilan cantonal sont déjà connus et ne sont pas parlants à eux seuls. Ils relatent le nombre d’attaques en général, les effectifs de loups, les meutes visées par la régulation et le nombre d’individus abattus, sans préciser leur appartenance ou leur identification», relève Isabelle Germanier, la directrice romande de Groupe Loup Suisse.
Cette organisation s’est donné pour mission de «faciliter la coexistence entre les humains et les grands carnivores indigènes en Suisse». Elle attend des données génétiques. «Ce sont elles qui permettent de comprendre quels individus ont été abattus au sein des meutes: couples reproducteurs, liens de filiation, dispersion de loups, etc. Ce n’est qu’au travers de ces éléments scientifiques que nous pourrons évaluer l’impact de ces tirs sur les meutes visées», poursuit Isabelle Germanier.

Mesures efficaces
De leur côté, et cela semble fonctionner, les éleveurs ont poursuivi leurs actions débutées il y a plusieurs années. «Dans le Chablais, mais pas uniquement, tous les alpages ont des mesures, souligne Claude Lattion. Nous continuons la protection avec des filets, afin de limiter au maximum les attaques. Chaque éleveur a aussi engagé des auxiliaires pour assister les bergers lors de la saison à l’alpage.»
Le recours aux chiens de protection a également été accru. «J’en ai moi-même trois, qu’il faut faut gérer afin d’éviter les conflits avec les touristes, que ce soit en saison à la montagne, ou le reste de l’année sur les exploitations en plaine, explique l’alpagiste. Mais face à une meute de six loups, ils ne feraient pas le poids.»
Le Groupe Loup Suisse préconise aussi la protection la plus complète possible alliant clôture, filets, chien et berger. «Cela fonctionne très bien dans le Valais romand, comme le montrent les chiffres. Les 7-8 meutes y résidant n’ont tué que 19 animaux en situation protégée sur les 161 décomptés en 2024, ce qui est peu», indique sa directrice romande.

Régulations reconduites
«Nous n’avons pas d’autre choix que de cohabiter, mais dans le cadre d’une régulation active et efficace, estime encore Claude Lattion. Le maître-mot est de ne jamais baisser la pression exercée sur le prédateur.»
Là-dessus, le Canton est on ne peut plus clair. «La régulation réactive, de juin à août, et proactive, de septembre à janvier, seront reconduites, afin de permettre la coexistence durable de l’homme et du loup, ainsi que pour réduire les conflits survenant entre l’agriculture de montagne, le gibier et le grand prédateur.»