De libertin à libertine, il n’y a qu’un rire, ou presque

D’Antonia (Maria Mettral) ou de son mari (Christian Gregori), qui aura le dernier mot?  | L. Von Siebenthal

Château-d’Œx
Un an tout juste après son ouverture en mode 2.0, le musée a trouvé sa place au sein de l’offre damounaise, selon le directeur artistique Christophe Moinat.

«C’est un couple qui a déjà du vécu, peut-être 20 ou 40 ans de mariage. Le mari décide qu’il faut un peu pimenter leur vie. Il propose que chacun puisse aller picorer ailleurs. Tant qu’il s’amuse, tout va bien. Mais quand sa femme commence à lui parler de ses amours, l’équilibre est rompu. Son équilibre à lui, bien évidemment!» Quand elle résume la pièce qu’elle joue depuis 2022 dans toute la Suisse romande, Maria Mettral s’exalte autant que son personnage, Antonia, qui mène un véritable combat sur les planches. Un rôle de composition qu’elle interprète avec une fougue désopilante.

Folies de couple
Il faut dire que l’œuvre écrite à quatre mains par le prix Nobel de littérature Dario Fo et son épouse Franca Rame ne laisse aucune place à l’ennui. Les spectateurs rient des cris et des gesticulations de monsieur et madame, tout en étant pris à partie, témoins de l’échec, mais aussi invités à réfléchir à leurs propres travers. La comédienne se souvient que lors d’une représentation, elle a vu une femme retirer violemment sa main de celle de son mari lorsque l’expert-comptable Mambretti, alias Christian Gregori, explique qu’il faut s’ouvrir à d’autres pour rallumer la flamme. «J’ai trouvé cela très drôle, en réalisant que les gens prenaient à leur compte des éléments de la pièce, sans que je puisse avoir de prise là-dessus.»

Les querelles stimulantes
Si le duo qu’elle forme à la ville avec son partenaire Christian Gregori ne ressemble en rien à celui de «Couple ouvert à deux battants», il le rejoint sur un point: l’art de l’engueulade. Le metteur en scène Anthony Mettler a d’ailleurs signalé en présentant la pièce qu’il avait «rarement vu un couple qui s’amusait autant à s’engueuler». La Genevoise d’origine italienne précise: «C’est à la ritale, toujours de la rigolade. Je suis la colérique de service et je force le trait. Ensemble, nous sommes au deuxième, voire troisième degré. Dario Fo et Franca Rame, qui avaient 20 ans dans les années 1960, aux prémices de l’amour libre, ont aussi puisé dans leur propre couple. Ils y ont amené un côté burlesque. Sans cela, ce serait un drame mortifiant. Alors que le rire permet de relativiser, d’avoir de la distance.»
Si dans cette commedia dell’arte, la lassitude a poussé l’amour dans ses retranchements, il n’en est rien du côté des deux comédiens, unis depuis 37 ans. Se retrouver sur la même scène les enthousiasme encore. «Nous nous connaissons tellement bien que nous savons exactement où nous allons, souligne Maria Mettral. Nous sommes attentifs l’un à l’autre, nous nous écoutons. L’habitude ne rend pas la situation lénifiante. Au contraire, c’est important, nous sommes beaucoup plus vifs et capables de nous renouveler.»


theatre-tmr.ch
«Couple ouvert à deux battants», avec Maria Mettral et Christian Gregori, au Théâtre Montreux Riviera, jusqu’au 16 février.

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