Laver ses habits avec de la cendre, c’est possible !

La lessive de la Chablaisienne est composée à 90% d’eau et de cendres de bois. Elle va chercher ces dernières à Saint-Ursanne (Jura). La région compte de nombreux feuillus riches en potasse, un agent nettoyant actif essentiel à la recette.  | MOA

Aigle
Elise Lanoue a développé un détergent écologique à base de cendres de bois après plusieurs années d’expérimentations. Une persévérance qui a fini par payer: sa production a quadruplé en un an.

L’idée d’Elise Lanoue n’est pas nouvelle en soi, mais le processus de fabrication est unique. «J’ai toujours aimé faire les choses moi-même. Un jour, en regardant les cendres de ma cheminée, je me suis demandé s’il n’était pas possible d’en faire quelque chose. J’ai alors découvert qu’il existait des recettes ancestrales pour utiliser la potasse contenue dans les cendres comme détergent.» 

Cette ancienne manager en hôtellerie s’y est donc essayée pendant six ans puis, faute de temps, a cherché une alternative moins chronophage. En devenant maman il y a quatre ans, elle ressent le besoin de donner du sens à ses choix de consommation. Déterminée à transformer son idée en un projet viable, Elise Lanoue décide de créer sa propre entreprise. 

Faire preuve de patience

Son projet démarre par une phase de recherche personnelle avant la sollicitation d’une expertise auprès de la Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR). «J’ai présenté mon projet à Innosuisse, ce qui m’a permis d’obtenir un premier fonds pour enclencher le développement», détaille la Chablaisienne. Elle remporte ensuite un appel à projets public de la HEIA-FR sur les innovations écologiques, qui a confirmé la crédibilité et la faisabilité de son concept.

En 2023 après deux ans d’analyses et de tests, Elise Lanoue a pu lancer son entreprise MOA (abréviation de Made of ashes, à savoir: fabriqué à base de cendres). L’aspect chimique de cette innovation, en lien avec l’extraction de la potasse contenue dans les cendres, a nécessité des ajustements méthodologiques rigoureux. «L’objectif était de trouver un procédé efficace. Si l’on doit consommer de l’énergie pour chauffer l’eau, on perd le sens écologique du produit», résume-t-elle. La clé du succès selon cette entrepreneuse? Elle réside avant tout dans l’entourage et la patience. «Il faut savoir s’entourer des bonnes personnes et ne pas vouloir aller trop vite. Beaucoup de start-up cherchent à décoller rapidement. Je souhaite plutôt prendre mon temps pour proposer une production locale qui ait du sens.»

De la vaisselle et des nettoyants

Pour sa lessive, Elise Lanoue ne peut pas utiliser n’importe quelles cendres. L’essence de l’arbre influence fortement la qualité de la potasse récupérée. «Il faut par exemple beaucoup de feuillus pour obtenir une bonne composition, précise-t-elle. Dans le Chablais, on trouve majoritairement des résineux et cela ne convient pas.» C’est donc en remontant vers le nord qu’elle a trouvé son bonheur. La cendre qu’elle utilise provient de la chaufferie à distance de Saint-Ursanne, dans le Jura. La production, elle, est effectuée à Aigle. Écologique de A à Z, cette lessive liquide est présentée dans une brique en carton, et existe en version parfumée aux aiguilles de pin ou sans parfum.

Et Elise Lanoue ne compte pas s’arrêter là. Bien que sa production ait quadruplé en un an, elle travaille déjà sur d’autres produits à base de potasse de cendres comme des produits vaisselle ou des nettoyants multi-surfaces. La Chablaisienne explore également d’autres pistes pour valoriser les cendres de bois, comme leur utilisation dans le béton ou l’épandage agricole. «Ce projet me permet d’apporter ma contribution à un monde plus durable, c’est ce qui me motive chaque jour, lance-t-elle. Et c’est un domaine passionnant. Il y a encore tant à découvrir!»

www.moa.swiss

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