
Dans un décor minimaliste, la compagnie Théâtre du Mantois réussit à faire vivre aux spectateurs la légendaire guerre de Troie. | L. Ricouard
Un défi de taille: jouer les 24 chants de l’Iliade en moins d’une heure trente avec énergie, folie et humour. La compagnie Théâtre du Mantois l’a relevé haut la main dans cette performance à couper le souffle. De la naissance d’Hélène au leurre du cheval de bois en passant par la colère d’Achille, «La guerre de Troie (en moins de deux!)» retrace avec brio le récit d’Homère et de ses héritiers, Euripide, Virgile ou encore… Offenbach.
«J’ai fait un clin d’œil à son opéra-bouffe, signale Eudes Labrusse, auteur du spectacle et directeur de la compagnie française. Il a été le premier à bousculer une culture classique et sérieuse. Cette histoire tragique, faite de morts et de massacres, peut se raconter avec distance, dans le respect et la passion, mais aussi avec de l’insolence. Les personnages, qu’ils soient humains ou divins, sont toujours très en colère, très méchants, farouchement jaloux. Dans la mythologie, tout est tellement énorme que cela touche parfois au grotesque. Cela permet d’ajouter un peu de burlesque au récit.»
Création parisienne née en 2018, la pièce tourne depuis des années en France et a beaucoup évolué. Les connaisseurs remarqueront qu’un épisode a disparu… Aujourd’hui accompagnée au piano par Christian Roux, elle s’arrête pour la première fois en Suisse, à Vevey. Dans un décor tout en simplicité, au milieu duquel Hélène est incarnée par une Barbie, «censée être la représentation de la beauté parfaite, donc la plus belle femme du monde, c’est notre côté décalé», les comédiens s’amusent entre déclamations et interludes musicaux. «Une référence au <song brechtien>, précise l’auteur. Quand l’émotion déborde, on se met à chanter.» Et la mise en scène d’Eudes Labrusse et Jérôme Imard, pleine de surprises, incite les spectateurs à pousser la chansonnette, à la fois dramatique et comique, avec les six acteurs du spectacle.
Les mythes dans le sang
Il a fallu seulement un mois à Eudes Labrusse pour écrire sa vision de l’Iliade. Rien d’étonnant, car il a été biberonné aux aventures mythologiques, sa mère étant d’origine paternelle grecque. «Au-delà de ce qu’elle m’a raconté, j’ai lu tous les tragiques latins, grecs, français. Ce texte est une mise en forme des lectures et d’une culture qui me sont chères. Des années de plaisir pour un mois d’écriture.»
L’auteur s’est aussi entraîné durant quinze ans dans les classes difficiles de Mantes-La-Jolie, commune des Yvelines tristement connue pour ses quartiers sensibles et son taux de délinquance. Enseignant de latin, il mettait en scène des récits plutôt que de s’arrêter sur les déclinaisons. «Je les racontais en grimpant sur les tables et les chaises. C’était une façon de les intéresser. Les élèves venaient d’abord dans mon cours pour accéder aux bonnes classes. J’ai vite compris que leur apprendre rosa, rosa, rosam, etc. ne servait à rien. Il valait mieux leur apporter une culture partagée et s’en amuser.» Des élèves chanceux de Corsier, La Tour-de-Peilz et Vevey pourront eux profiter du spectacle lors d’une représentation scolaire, déjà complète. Et il ne reste que quelques places pour la représentation du soir.
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«La guerre de Troie (en moins de deux!)» par la compagnie Théâtre du Mantois, Le Reflet, Vevey, jeudi 13 mars, 20h.
