«La nourriture, un maillon trop négligé»

Journée dévolue aux échanges et aux rencontres des acteurs du système alimentaire, SHIFT Vaud se veut être un catalyseur d’innovations. Ici lors de l’édition 2023.  | J. Sommer

Innovation
Pour sa 4e édition, SHIFT Vaud propose de réfléchir à notre système alimentaire. Comment tendre vers une production davantage circulaire? La voie semble passer avant tout par la collectivité.

Après une édition dévolue au papet, une autre à la tomme, puis une troisième au vin, place à la soupe! Quelques idées biscornues et une pincée d’ingrédients inattendus, et voilà un mélange de potentiels. Pour ce quatrième rendez-vous, SHIFT Vaud revient à Lausanne avec une journée dévolue aux rencontres et aux échanges (voir encadré), avec toujours le même fil rouge, soit le système nourricier.

«Pour imaginer une économie différente, il faut d’abord se concentrer sur notre production de nourriture, commence par expliquer l’instigateur de cette journée Théo Fischer. Si on ne peut pas manger, on ne peut pas faire grand-chose d’autre!»

Fondateur de cet événement, le Boéland est parti d’une observation: de la graine à l’estomac, les différents acteurs de la chaîne alimentaire sont très fractionnés et ne communiquent que trop rarement entre eux. Un problème pour ce diplômé en management de l’Université de Saint-Gall. «Si nous n’avons pas un système sécurisé, autonome, local et résilient, il suffit d’un petit dérèglement pour se retrouver très vite dos au mur.»

Face à ce constat, le trentenaire veut mobiliser et rassembler les acteurs de la filière. Que ce soient les agriculteurs, les syndicats, les instituts financiers ou le Canton, son objectif est de réunir tout un réseau, afin de rallier l’écosystème vaudois, voire romand. «Des connexions infinies peuvent s’y créer. Et ce n’est que collectivement que l’on va réussir à créer un système qui fait sens.»

Alimentation précaire

Titulaire d’un Master en leadership stratégique pour la durabilité, Théo Fischer souhaite s’investir pour sa région. «L’angle économique de l’agriculture m’a tout de suite intéressé, abonde-t-il. La base de l’économie, c’est la nourriture. Mais c’est aussi son maillon le plus négligé.» En tant que «facilitateur», son but est de créer des espaces collectifs dévolus aux échanges, afin de rendre compte d’un écosystème.

Selon les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique, l’alimentation ne représente aujourd’hui pas même 10% du budget, alors qu’elle occupait plus de 50% de ce dernier il y a un siècle (voir encadré). «Or, l’alimentation soutient toute notre économie, nous y compris. Ce pourcentage montre bien sa précarité.»

Selon Théo Fischer, pour avoir un système alimentaire fort, les acteurs de la chaîne doivent se connaître pour trouver des solutions résilientes, tout en se dégageant de la mainmise des grands distributeurs. Partant de ce postulat, il a décidé de réunir le plus d’acteurs possible, afin de créer et dynamiser un réseau régional.

Durant une journée ouverte au public, SHIFT Vaud propose de réfléchir au système alimentaire et à toutes ses possibilités. «Le changement ne vient jamais d’une seule personne, mais d’une collectivité. Face à un avenir incertain, il est crucial de lier nos forces, afin de créer collectivement notre futur», conclut Théo Fischer.

www.ti.to/ib-future-food-farming/shift-vaud-2025

«Soupe de potentiel», lundi 31 mars (9h-17h), Av. Bergières 10, Lausanne.

Propulser l’innovation

La nourriture en ville, les fibres textiles – du champ au vêtement – et l’alimentation des aînés: une palette de thématiques sera abordée durant la partie «ateliers» de cette journée. «Cette année, il sera question du système alimentaire dans son ensemble, des processus sociaux le régissant, de la mobilité de notre alimentation et même du potentiel de notre système agricole à nous habiller», résume Théo Fischer.

Soutenus par Innosuisse, l’Agence suisse pour l’encouragement de l’innovation, les quatre ateliers thématiques visent à accompagner des idées novatrices avec des soutiens financiers oscillant entre 20’000 francs et 40’000 francs.

«Face à des enjeux complexes, les solutions simples n’existent pas, poursuit le facilitateur. Le but est de se confronter à des enjeux actuels, pour ensuite favoriser l’émergence de projets concrets qui puissent y répondre. La limite, c’est la créativité des participants.»

En chiffres

Selon l’Office de la statistique, les dépenses de consommation des ménages privés pour l’alimentation représentaient il y a:

100 ans (1914-1939): 57% du total des dépenses de consommation;

50 ans (1967-1977): 31% du total des dépenses de consommation, 20% entre 1978 et 1982;

20 ans (2005): 11,41% du total des dépenses de consommation.

Une alternative « climato-compatible » au sucre de betterave

Atteindre l’autosuffisance sucrière grâce au sorgho. Derrière cette idée, l’on retrouve l’agriculteur et agronome vaudois Bruno Graf. Lauréat Innosuisse du SHIFT Vaud 2024, il veut mettre en place une filière alternative de production de sucre locale. «La mélasse de sorgho, plus exactement le sirop, sera d’ailleurs à la base du repas de midi concocté pour la journée», glisse Théo Fischer. Originaire de la zone sahélienne, le sorgho n’avait encore jamais été exploité à des fins sucrières en Suisse. Le point fort de cette graminée? Elle ne nécessite que très peu d’eau pour sa culture. «Les zones devenues moins favorables à la betterave sucrière pourraient ainsi être revalorisées avec cette culture innovante, permettant une production alternative, complémentaire et résiliente face aux aléas climatiques exponentiels notoires, détaille le Broyard. Il s’agit d’une solution pour atteindre l’autosuffisance sucrière dans un contexte de crise climatique.» À moyen terme, cette transition permettrait d’améliorer l’impact environnemental et de renforcer plus globalement l’autosuffisance alimentaire. Des travaux de recherche sont en cours en collaboration avec l’Institut de recherche de l’agriculture biologique, le FiBL.

Légende: Dans la Broye vaudoise, Bruno et Cathy Graf cultivent du sorgho sucrier dans leur ferme du Château comme alternative à la betterave.  | DR

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