
Le Veveysan Abdenbi Amhand (à droite) s’est rendu récemment en Corée du Sud pour passer sa 8e dan. Ici accompagné d’un autre adepte de la discipline. | DR
Pour Abdenbi Amhand, le taekwondo est la passion d’une vie. Le club qu’il a fondé à Vevey fêtera ses 40 ans l’année prochaine. Il était ado quand il a obtenu sa première dan et il a bon espoir de décrocher tout prochainement la 8e, l’ultime étape avant la consécration, la 9e, le sommet (ndlr: la dixième est décernée à titre posthume). «Je veux aller au bout, finir ce que j’ai commencé, servir d’exemple pour les jeunes», avance le sexagénaire. En cas de validation, il deviendra le seul Suisse à ce niveau.
Pour sa postulation, il a dû remplir deux conditions. La première, une rédaction d’un document sur ses méthodes d’entraînement, son travail avec la jeunesse, et expliquer ce que lui apporte le taekwondo. Vient alors la partie pratique. Tout récemment, il s’est rendu en Corée du Sud pour un examen «où tout se joue». Et de préciser: «Les sept premières, on les acquiert dans son propre pays, mais la 8e dan n’est décernée que dans le pays du taekwondo.»
Dans l’attente
Abdenbi Amhand est resté une semaine sur place, avec trois jours de stage avant la séance décisive: trois heures d’exercices techniques à réaliser sous l’œil de six experts du secteur formation de la Fédération internationale, tous Coréens. «Ils analysent tout. Nous étions treize candidats venus du monde entier, de Colombie, d’Australie. Certains revenaient après avoir échoué trois fois», précise le maître Amhand.
A-t-il réussi l’examen? Il faudra un peu de patience avant d’apprendre la nouvelle, car les résultats tomberont d’ici au mois de juin. Mais il les attend avec confiance. «Le niveau technique en Suisse est très reconnu. On m’a toujours félicité». En cas de réussite, il visera, comme l’apothéose d’une vie, la 9e dan. «Je devrai patienter 9 ans, le délai requis avant de pouvoir la passer. Dans ma tête, je m’y prépare déjà.»
Un sport refuge
Aujourd’hui, c’est Mehdi, son fils de 32 ans, 12 fois champion suisse, qui a repris la présidence du club de Vevey, mais le maître Amhand continue à y travailler. Plus qu’un simple sport de combat, le taekwondo est porteur d’une philosophie de vie, source de sérénité au quotidien. Parmi les plus de 200 membres du club, la moitié sont des enfants dont les plus petits ont moins de 4 ans. «Chez nous, ils sont comme à la maison. Le taekwondo leur apporte de la confiance et les aide à se concentrer à l’école.»
Père et fils s’occupent aussi de jeunes en difficulté. «Certains ont été maltraités, d’autres n’ont plus de parents. La pratique du taekwondo peut leur éviter de mal tourner et souvent, ça marche, à condition de s’y prendre assez tôt. À 14 ans, il est parfois déjà trop tard. Ces jeunes ont surtout besoin d’amour. Et tous nos membres, et c’est important, ont l’interdiction de se servir du taekwondo en dehors de la salle», conclut Abdenbi Amhand.
