Clivage autour de la nouvelle programmation de la biblio

Malgré son ton militant, la bibliothèque municipale de Vevey a battu son record de fréquentation en 2024 avec plus de 117’000 visiteurs.  |  L. Grabet

Vevey
L’institution axe son programme annuel sur une culture «pour touxtes». Certains événements «inclusifs» ou «contre le patriarcat» irritent certains utilisateurs. D’autres les défendent.

Est-ce dans les attributions d’une bibliothèque municipale, financée par l’argent du contribuable (voir encadré), de faire du militantisme LGBTQIA+ ou d’inviter à «défoncer le patriarcat»? Plusieurs avis récoltés laissent penser le contraire. Certains utilisateurs partagent leur mécontentement sur des événements organisés cette année. «Je suis très agacée par l’importance démesurée donnée aux questions de genre et à la culture queer à la biblio», souligne Emma*, une maman quadragénaire. 

Paul* exprime aussi sa surprise. Ce quinquagénaire n’apprécie pas que le programme soit rédigé en «écriture inclusive», «alors même que le propre d’une bibliothèque est de défendre notre belle langue dont l’académie française est d’ailleurs l’unique gardienne valable.» Enfin, ni Paul ni Emma n’apprécient l’inscription «iel, elle, il» ornant la porte des «toilettes dégenrées» de la biblio. 

Pour mémoire, le 29 mai dernier, la bibliothèque avait planifié une lecture de contes aux enfants «dès 6 ans accompagné.e.s d’un.e adulte» par le drag queen «Tralala Lita». Cette lecture avait été annulée à la suite de pressions d’opposants. Le 9 octobre prochain, la bibliothéque choisi de proposer un «Loto Drag», animé par la drag queen «Royale Cattin» et accessible dès 16 ans. La situation est-elle différente pour cet événement?

Silence de la bibliothèque

Nous n’aurons pas la réponse. «Après avoir consulté mon équipe et ma hiérarchie, nous n’allons pas faire suite à votre demande d’interview», nous a mentionné son directeur Yann Buchs. Ce silence peut étonner, car cette «bibliothèque alliée» (ndlr: de la communauté LGBTQIA+) ne fait pas mystère de cette orientation. Sur son site Internet, il est expliqué que «les animations lecture sur la thématique LGBTQIA+ s’inscrivent dans les objectifs des bibliothèques suisses». 

Concernant ce point, on peut aussi lire sur biblio.vevey.ch: «Si vous souhaitez manifester votre désaccord, nous vous rappelons que l’homophobie est un délit selon le Code pénal» ou encore que «tout courrier homophobe, transphobe, de menace ou d’intimidation sera transmis aux autorités». 

Paul juge ces mises en garde «à côté de la plaque!» «Elles entretiennent l’idée pernicieuse que ne pas être d’accord, c’est forcément penser mal et penser <phobe>! Ces étiquettes discréditent, bâillonnent et empêchent tout débat serein», conclut ce papa, justifiant ainsi implicitement son choix de rester anonyme.

*Prénoms d’emprunt

Un programme inclusif aussi apprécié

«Fantastique! Un grand bravo pour ce programme!» Ou encore: «Trop chouette toute cette diversité, c’est fou, y en a vraiment pour tous les goûts!! MERCI la biblio.» Ces commentaires, glissés sous l’annonce de la nouvelle programmation 2025 illustrent l’écho favorable dont font aussi preuve les différentes propositions de l’institution veveysanne. Sur les réseaux sociaux, les réactions montrent plutôt un accueil positif de la programmation. Si l’inclusion dérange certains, elle fait le bonheur d’autres lecteurs et habitués des lieux. À l’image de Monique*, une régulière des rayons. «Je ne connais pas d’autres bibliothèques avec un programme aussi qualitatif, fourni et engagé. Il y en a pour tous les âges. J’adore!» NDE

Ce qu’en pensent ces conseillers communaux

Patrick Bertschy (PLR) : «Une bibliothèque municipale devrait se montrer plus neutre ou proposer des évènements mettant en avant d’autres sensibilités. Une importante partie du grand public ne se reconnaît pas dans ce militantisme progressiste. Paradoxalement, ce programme sème l’inclusion mais récolte la division…» Laurent Lavanchy (Décroissance alternatives) : «Notre bibliothèque s’est fait une spécialité de déconstruire certaines idées bien installées. Elle tente l’inclusion la plus large possible. C’est louable, même si ce n’est pas toujours sans maladresse et cela dérange surtout ceux qui ont le vœu pieu illusoire d’une administration totalement neutre.»

« Notre bibliothèque est dans son rôle ! »

Alexandra Melchior craignait «d’alimenter un climat haineux attisé par l’élection de Trump» en nous répondant, mais la conseillère municipale veveysanne en charge de la culture nous a finalement répondu par écrit. Est-ce dans les attributions d’une bibliothèque municipale de proposer des événements militants ? – Notre bibliothèque répond à sa mission de service public. Elle assure l’accès à l’information à tous, favorise la diversité culturelle, est très attentive aux publics nécessitant des mesures spécifiques et donne accès à une large variété culturelle. Et ce, conformément au code d’éthique de Bibliosuisse. Avez-vous eu des retours de citoyens désapprouvant ce côté « militant » ? – Notre mission exige de répondre quotidiennement à différentes questions des usagers. L’équipe de la bibliothèque le fait avec ouverture, pédagogie et empathie. Mais nous recevons surtout des échos positifs. Les évènements animés par des drag queens choquent certains parents. Que leur diriez-vous ? – La commission Diversité de Bibliosuisse approuve ces évènements. Les lectures innovantes avec des drag queens et des drag kings permettent de découvrir la littérature, mais aussi la diversité. Chacun est libre d’y assister ou non...