«On s’est retrouvées face à un véritable tribunal»

Située au chemin du Lacuez à Blonay, cette parcelle doit accueillir dix villas. Des constructions qui nécessiteraient l’abattage d’une trentaine d’arbres existants.  | R. Brousoz

Blonay-Saint-Légier
À l’origine d’une pétition contre un abattage d’arbres, deux habitantes déplorent la manière dont elles ont été accueillies par le politique. Explications.

Ces deux habitantes de Blonay ne s’attendaient pas du tout à ça lorsque, le 10 mars dernier, elles se sont retrouvées devant la Commission des pétitions du Conseil communal. «Cette séance n’était pas du tout correcte!», fulmine encore l’une d’elles. Ce jour-là, les deux citoyennes étaient invitées à défendre une pétition munie de 337 signatures. Des paraphes qu’elles avaient récoltés les semaines précédentes dans leur quartier. Cible de ce mécontentement populaire? L’abattage prévu d’une trentaine d’arbres au chemin du Lacuez, en vue de la construction de dix villas.

Comme le veut le règlement du Conseil communal, les deux pétitionnaires devaient donc être entendues par cette fameuse commission, laquelle siégeait d’ailleurs pour la toute première fois dans l’histoire de Blonay-Saint-Légier. Problème selon elles: le nombre important de leurs interlocuteurs. Si trois des cinq membres de la commission étaient présents, il y avait également Thierry George, municipal chargé de l’urbanisme, ainsi que deux de ses collaborateurs de l’administration. 

«De quoi impressionner les simples citoyennes que nous sommes, voire noyauter toute velléité de dialogue», expriment-elles dans un courrier qu’elles ont adressé après-coup au Conseil communal. Et de déplorer dans cette même lettre: «Six personnes opposées à deux seulement. La place était presque toute occupée par le municipal et ses adjoints, tant les membres de la commission ont paru être dans une certaine ignorance du dossier en question.» Au final, elles ont le sentiment de n’avoir pas été entendues par une «commission neutre».

Municipal «très surpris»

«J’ai été très surpris par ce courrier», réagit de son côté Thierry George. «Ça ne correspond pas à la séance telle que je l’ai vécue. Mes collaborateurs et moi avons été invités à venir, afin de donner des explications et répondre à des questions. Et il n’y avait aucune intention de faire pression ou de museler qui que ce soit. Nous avons pu montrer que la procédure de mise à l’enquête avait été respectée.» Soit. Mais un rapport de six contre deux, n’est-ce pas trop déséquilibré? «Je rappelle que les trois membres de la commission sont neutres, et non pas contre», relève l’édile PLR.         

Pour les deux Blonaysannes, qui évoquent un «renseignement pris auprès des autorités cantonales», les auditions de pétitionnaires doivent se faire distinctement. Et non en présence de l’Exécutif ou de l’administration. «Nous espérons qu’en procédant de cette manière à l’avenir, le fonctionnement de la Commission des pétitions donne une image plus démocratique et fiable de nos institutions.»

Pas dans le règlement

Des auditions à mener distinctement? «Faux», rétorque Bertrand Cherix, président de la commission en question. «La Loi sur les communes et le règlement de notre Conseil communal prévoient effectivement que l’on entende les pétitionnaires, mais ils ne spécifient pas que ce soit nécessairement de manière séparée.» Et d’ajouter: «Concernant cette séance, l’administration communale nous avait convoqués tous en même temps.» 

Contacté, le Canton informe que la loi «ne précise pas outre mesure» le processus à adopter pour ce genre de cas. «La commission peut solliciter l’avis de la Municipalité et entend en règle générale les pétitionnaires», énonce Vincent Duvoisin, à la tête de la Direction des affaires communales et droits politiques. «Pour le reste, les Communes sont libres.»

Interpellation en vue

Cet épisode ne manquera pas de ressurgir sur le terrain politique. Le conseiller communal Charles Morard (Entente Blonay-Saint-Légier) prévoit de déposer une interpellation à ce sujet lors de la prochaine séance du plénum. «Je demanderai des éclaircissements sur le déroulement de cette commission, annonce-t-il. Et sur le manque d’organisation de celle-ci, qui donne une mauvaise image du politique à nos citoyens.» 

Quant à la trentaine d’arbres dont l’écorce est mise à prix, leur destin pourrait se jouer devant le tribunal. Une quinzaine d’oppositions ont en effet été déposées contre ce projet immobilier.  

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