
Reconstitués, les combats sont toujours très appréciés par les visiteurs. Ces derniers ont également moult autres animations à découvrir. | WM
Dr Wizzz, c’est le petit nouveau, Dr Kravat’ le routinier, même si le hasard veut qu’ils aient tous les deux 45 ans. Ludovic et Olivier (parce que les noms de famille, c’est superflu quand on a une double identité) font partie des 76 Dr Rêves que compte la Fondation Théodora en Suisse (voir ci-contre).
Dans les hôpitaux et cliniques de Suisse romande, partout où ils passent, à coups de bulles, notes de musique et clowneries, ils ne laissent derrière eux que des sourires et de la bonne humeur en lieu et place de souffrance et d’ennui. Un peu de légèreté avant une opération, une diversion hilarante pendant une prise de sang, un petit pas de danse pour oublier les douleurs post-opératoires. Essentiellement pour les bouts de chou, les parents aussi, et même le personnel soignant.
100% impro
Entre autres destinations, Dr Wizzz posera sa soucoupe volante sur le toit de la Maison Terre des Hommes, à Massongex. «Même si je n’ai pas vraiment le droit, explique-t-il, l’air de s’excuser. Mais c’est comme ça, vu que je voyage de planète en planète.» Cela explique les étoiles sur sa blouse, même si c’est celle d’un ancien Dr Rêves. La sienne, avec son nom, est en préparation chez la couturière de la fondation.
Ce comédien lausannois et enseignant se sent «en adéquation» avec son personnage qu’il continue de façonner en virevoltant dès qu’il peut. «Je me suis rendu compte que j’aimais bien danser», admet celui qui ne se sépare jamais de son piano-poule ou de sa marionnette Maboule. «C’est venu comme ça, tout est improvisation, il n’y a pas de scénario, pas de texte.»
On le sent à chaque phrase, revêtir le costume de Dr Rêves, c’est bien plus qu’un travail rémunéré pour quelques visites hebdomadaires. Si Ludovic s’est lancé, «c’est pour être utile, l’envie de faire du bien à des enfants dans des situations difficiles». Un talent qui lui a valu d’être retenu parmi les nouvelles recrues de l’an dernier, comme huit autres des 200 candidats de départ.
Dr Rêves par défaut
De son côté, Olivier a commencé sa formation de Dr Rêves bien avant de connaître la Fondation Théodora. Sa fille, atteinte d’une maladie de naissance, a été le premier public du comédien qui connaît bien le monde hospitalier par son métier d’infirmier. «Cela faisait des années que je savais vouloir faire ça», raconte l’habitant de La Tour-de-Peilz, qui a eu le déclic en croisant des Dr Rêves pour la première fois à l’Hôpital de l’Enfance, à Lausanne.
Depuis cinq ans, le voici donc chaque semaine dans la peau de Dr Kravat’, casquette à pompons et ukulélé en bandoulière, toujours du chocolat dans les poches. On le croise dans plusieurs institutions vaudoises, et notamment à Rennaz, à l’Hôpital Riviera-Chablais. «Je me sens totalement à ma place. J’ai toujours défendu l’artistique utile. J’étais infirmier et comédien en parallèle, maintenant je le suis les deux en même temps. Je fais le seul métier où tout le monde te sourit toute la journée.»
La victoire est des plus belles dans un monde où la gravité des situations est à chaque coin de couloir, derrière chaque porte. «Un matin, vous jouez des notes de musique pour un prématuré de 16 jours, l’après-midi vous échangez des recettes de cuisine avec un ado en proie à des troubles alimentaires, vous croisez des parents qui font face au pronostic vital engagé de leur enfant…» D’où des débriefings réguliers entre collègues ou en s’appuyant sur les plus expérimentés, les Dr Chaussette, Mimi, Méli Mélo et autres Sivouplè, trois décennies et plus chacun au compteur.
Ludovic et Olivier admettent en apprendre sur eux-mêmes grâce à Dr Wizzz et Dr Kravat’. Le second conclut: «On se fait plaisir tout en se prenant le monde de la vie, de la mort et de la souffrance dans la tronche. Et c’est ce qui nous remet dans le vivant.»
La Fondation Théodora existe depuis 32 ans et propose sept programmes: Docteurs Rêves, Opération Rêves, Rêves d’urgence, Planète Rêves (dans un hospice pédiatrique en soins palliatifs), Monsieur et Madame Rêves (en institution spécialisée), Petit Orchestre des Sens (en institution spécialisée), Les P’tits Champions (programme spécial). Les 76 artistes professionnels Dr Rêves (dont 23 en Suisse romande) visitent 61 établissements (32 hôpitaux, 28 institutions spécialisées et 1 hospice pédiatrique en soins palliatifs), dont 33 en Suisse romande (14 hôpitaux et 19 institutions spécialisées). Au total, ce sont 115’000 visites qui sont effectuées annuellement.
www.theodora.ch
«Chez nous, les Dr Rêves interviennent surtout pour les Opérations Rêves: le patient en ambulatoire arrive et le fil rouge est un rêve autour du lit, explique Olivier Porchet, infirmier chef d’unité au Service de pédiatrie HRC. Une fois, c’est un lit de princesse, une fois une voiture de course, etc. Et les soignants sont mis à contribution. C’est une belle plus-value. Ils enlèvent toute l’anxiété des parents, des enfants, du personnel soignant, quand nous procédons à des gestes douloureux, prise de sang ou autre. Ils détournent l’attention, amènent du bonheur et de la détente. Ils s’adaptent à tous les âges, du bébé de 2,5 kg à l’ado dans une posture de confrontation. C’est assez fou la dynamique qu’ils amènent dans les services. Certains enfants les demandent.»
