Des apprentis « immergent » des 10e dans le monde du travail

À l’EMS Résidence Grande-Fontaine, à Bex, Boran Deniz Binay a pu se faire une idée des difficultés des métiers en EMS auprès de Leticia Monteiro..  | F.Cella – 24 heures

Projet pilote
Quelque 480 élèves du Chablais ont visité une entreprise en compagnie d’un pair lors de la semaine Immersio, organisée par Plate-Forme Jeunesse. Nous avons suivi trois binômes.

Pour nombre de 11e année sur le point de terminer leur scolarité obligatoire, la question tient du vertigineux: que faire dès le mois d’août? Faut-il, par exemple, miser sur un apprentissage, cette piste aux multiples zones grises?

Pour en éclairer quelques-unes, la première édition du projet pilote Immersio, lancé par l’Association chablaisienne Plate-Forme Jeunesse, a proposé la semaine  dernière à 484 élèves de 10e année d’anticiper la réflexion d’une année. Comment? En partant à la découverte de l’une des 140 entreprises inscrites en compagnie d’un-e apprenti-e. Car qui, mieux que ces derniers, peut expliquer leur quotidien à des enfants à peine plus jeunes qu’eux?

Doutes et certitudes

Sur le large spectre des motivations et des doutes, Arthur Favre, de Noville, représente ceux qui ont la chance d’y voir relativement clair. S’il a prévu un deuxième stage dans le domaine de la charpenterie, une autre piste le titille: polymécanicien. Ou mécanicien de précision, comme on disait en son temps.

Sa visite de l’entreprise de technologie de pointe Del West, à Roche, était tout indiquée. «J’aime tout ce qui est construction et travail avec mes mains, explique-t-il entre deux machines. Ici, c’est un job réfléchi, tout en étant manuel. Et j’aime me dire qu’ils produisent des pièces pour les moteurs de Formule 1.»

Dans le bruit de fond de l’atelier, l’ado ne perd pas une miette des explications d’Abraham Mendez, 20 ans, apprenti de troisième année. «On va venir cibler la pièce, en y faisant un petit trou à l’aide d’une mèche», explique le Lausannois en tendant à Arthur cette dernière pour qu’il la fixe. «Je leur propose des petites activités, pour qu’ils réalisent une partie du travail. Polymécanicien est un beau métier, et qui ouvre beaucoup de voies. On peut construire tout et n’importe quoi avec un peu d’imagination. Chaque petit problème a sa solution, il suffit de la trouver.»

Mieux cibler son apprentissage

Autre lieu, autre ambiance. À l’EMS Résidence Grande-Fontaine, à Bex, Boran Deniz Binay est aussi tendu que Leticia Monteiro paraît calme et patiente au moment de prodiguer des soins en chambre à une résidente aux jambes sensibles. «Tu appliques la bande compressive comme ça, c’est la technique en épi, pour que ça ne fasse pas un effet garrot», explique l’apprentie de deuxième année, 18 ans, d’Ollon.

Si Boran a opté pour une visite en établissement pour seniors sur la base de son penchant pour le médical, le Bellerin admet rapidement ne pas être attiré par la tâche. «En vrai, je trouve trop dur de s’occuper d’autres gens tout le temps.»

«Dans ASSC (ndlr: assistante en soins et santé communautaire), le C signifie communautaire, tranche la jeune femme. On est au plus proche du résident, 5 jours sur 7. Cela dit, dans le médical, il y a aussi assistant socio-éducatif ou assistant médical.» Et Boran de rebondir: «Oui, je vois plutôt ça.» Leticia ajoute un dernier conseil: «C’est important de faire plein de stages, de voir un maximum de choses, lui conseille-t-elle. Il ne faut pas attendre la 11e pour se faire une idée.»

Mot d’ordre: découvrir

Lucas Tougne, 13 ans, s’applique pour sa part à intégrer quelques bases du métier de géomaticien au Bureau technique intercommunal (BTI), à Corseaux (Chardonne, Corsier, Corseaux et Jongny). Sa concentration sans faille est d’autant plus exemplaire qu’au moment de pointer ses centres d’intérêts, l’Ormonan scolarisé à Leysin avait coché «photographie», «cuisine» et «polymécanique»… «J’ai découvert l’usage de différents logiciels, dont un pour faire du dessin sur ordinateur.» Responsable du BTI, David Ferrari s’amuse du casting approximatif, mais l’expérience «Immerso» n’en reste pas moins des plus valables. «Avec un maître-mot: découvrir.» 

C’est à cela que s’emploie Owen Franckhauser, 18 ans, apprenti de 2e année, en expliquant le fonctionnement d’un appareil de géolocalisation. «J’aimerais lui faire découvrir la géomatique, c’est peu connu, avoue le Montheysan. Au-delà du métier, je lui propose aussi une introduction au monde de l’apprentissage. Je suis apprenti et ils voient ce que moi je fais.»

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