Ça plane enfin pour le club d’aéromodélisme

Patrice Martin se réjouit de pratiquer sa passion librement à Saint-Triphon. Ici sur la piste d’Aigle, où les nombreux bâtiments alentour rendent le vol dangereux.  | K. Di Matteo

Saint-Triphon
Avec la densification de la zone industrielle d’Aigle, le GAM doit quitter son fief pour des questions de sécurité. Après des années de recherche, il a trouvé un nouveau lieu.

«Des membres m’appellent tous les deux jours pour savoir si ça avance, comment ça avance, quand est-ce qu’on déménage!» En tant que président du Groupement d’aéromodélisme Aigle et Bex (GAM), Patrice Martin doit faire face à l’impatience, légitime, des 80 membres de l’association, dont une vingtaine de purs et durs. Limités dans leur passion du vol télécommandé sur leur site actuel de la zone industrielle d’Aigle, ils n’en peuvent plus d’attendre la confirmation du nouveau lieu qui se profile depuis une année à l’arrière de la colline de Saint-Triphon, sur territoire d’Ollon. 

Bonne nouvelle, son téléphone devrait sonner moins souvent. Au terme de la mise à l’enquête de la nouvelle piste, le président est enfin en mesure de rassurer les sociétaires: les premiers vols depuis le nouvel emplacement de Saint-Triphon, un terrain des pépinières Girod, sont prévus pour fin mai. «Nous avons pour tradition de lancer la saison d’été par une fête le jeudi de l’Ascension (ndlr: 29 mai cette année), nous en profiterons», se réjouit l’habitant du Bouveret (54 ans).

« C’est devenu dangereux »

Le GAM était préparé depuis longtemps à quitter cet ancien terrain des raffineries Tamoil, devenu propriété de la Commune, où il est installé «à bien plaire». «Vous voyez tous ces bâtiments?, lance Patrice Martin, en pointant les entreprises voisines. Il n’y avait rien quand on est arrivés en 1988. Nous savions qu’un jour ou l’autre, le développement de la zone industrielle nous limiterait, mais on ne pensait pas que cela arriverait aussi vite. Voler est devenu dangereux pour les machines, les ouvriers, les automobilistes. On ne veut pas passer pour des irresponsables.» Il y a quatre mois, au vu d’un chantier voisin, le club a même décidé que les décollages ne seraient autorisés qu’après 17h en semaine.

Un crève-cœur qui ne sera plus qu’un mauvais souvenir dans un peu plus d’un mois. L’heure est même arrivée d’envisager un changement de nom pour le club. «Ollon» viendra se substituer à «Aigle» et «Bex», premier point de chute (sans mauvais jeu de mots) de l’histoire du club, débutée en 1956. «La mention se justifie aussi par le fait que nous faisons partie d’AeroBex, gestionnaire de l’aérodrome», ajoute le président. Le nom du site Internet (gamaigle.ch) devra également être revu. «Mais une chose après l’autre», semble dire Patrice Martin.

Le 29 mai sera avant tout l’occasion de célébrer le soulagement ressenti au terme d’un long parcours fait de patience et d’abnégation. «Cela fait dix ans que nous cherchons un terrain, au début sans grande assiduité, puis, au fur et à mesure, avec insistance.»

Mais pour cocher toutes les cases, il a fallu cravacher. L’aéromodélisme n’a pas bonne presse. «Il faut un grand terrain, sans restrictions, sans obstacles au sol, l’accord du propriétaire, mais aussi de la Commune.» 

Meilleur confort de vol

La perle a donc été trouvée auprès des pépinières Girod: un rectangle en surface agricole de 150 mètres de long (soit la distance de la future piste de décollage) sur 50, en bordure de ruisseau, loin de tout. «Urbain Girod étant aviateur, cela a peut-être facilité les choses», imagine Patrice Martin. 

Au terme de neuf mois de procédures au Canton et des négociations avec les CFF (propriétaires d’une ligne à haute tension à proximité), l’affaire est enfin dans le sac. Le club se prend même à rêver de 2-3 manifestations annuelles pour faire découvrir l’aéromodélisme, lui qui propose déjà des activités dans le cadre du Passeport Vacances.

Le nouveau terrain est par contre inconstructible et le club devra faire sans son local pour s’abriter, boire un café ou stocker du matériel. «Il faudra revenir un peu à l’ancienne et prévoir le pique-nique dans la voiture. Nous n’aurons plus non plus de borne électrique pour recharger les batteries de nos avions, il faudra prévoir des accus supplémentaires. Mais ce qu’on perdra en confort, on le gagnera en qualité de vol.»

GALERIE