
L’ancienne vignette vélo servait comme police d’assurance RC, non pas comme taxe d’usage. | Adobe Stock
Souvenez-vous de cette vignette que l’on collait sur son cadre de vélo au retour des beaux jours. Supprimée depuis plus de dix ans, elle pourrait bien faire son retour, plutôt sous forme numérique.
Face à l’extension des infrastructures cyclables, la droite zurichoise estime qu’il est temps que les cyclistes mettent la main à la poche. La conseillère nationale UDC Nina Fehr Düsel a déposé le 17 mars dernier une motion pour une taxe annuelle de 20 francs par cycliste, actuellement en étude à Berne. Aberration pour certains, équité pour d’autres. Qu’en est-il des élus de notre région?
Coût administratif et bureaucratie
Pour le Montreusien Romain Pilloud, président du parti socialiste vaudois et secrétaire général de la section vaudoise de l’Association transports et environnement (ATE), celà revient à rouler à contresens. Il rappelle qu’à l’origine, la vignette vélo n’était pas une taxe d’usage, mais servait d’assurance RC. «Ce débat repose sur de fausses croyances: non, les cyclistes ne roulent pas <gratuitement>», défend-il.
En tant que contribuables, les amateurs de la petite reine financent déjà les routes via leurs impôts, comme tout un chacun. Selon Romain Pilloud, les cyclistes feraient même économiser la collectivité (coûts liés à la santé moindre et pollution minimisée). En effet, le dernier rapport de l’Office fédéral du développement territorial révèle que «la pratique du vélo rapporte à la société, en moyenne, 25 centimes par kilomètre parcouru, tandis que la voiture motorisée individuelle coûte 17 centimes à la société».
Moins de pollution, meilleure santé, moins de bruit, moins de bouchons – autant de raisons, selon le député socialiste, de ne pas «mettre des bâtons dans les roues des cyclistes». D’autant plus que la stratégie actuelle du Canton est de passer de 2% des déplacements à vélo à 10% en 2035. «Et puis, soyons honnêtes, le coût administratif et toute la bureaucratie qu’implique cette vignette risquent d’annuler les recettes générées.» Raison principale pour laquelle ce timbre adhésif a été supprimé en 2012. Romain Pilloud s’interroge notamment sur l’impact qu’une telle taxe aurait sur le cyclotourisme, important dans la région.
Taxe abusive
Du côté de la droite, Dylan Karlen n’adhère pas non plus à la proposition de sa camarade de parti. Le président de l’UDC Chablais estime cette taxe abusive, les infrastructures de transport étant déjà financées par l’impôt. «Si l’on suit cette logique, demain on demandera une vignette pour les piétons afin de financer la construction des trottoirs… Cela devient de plus en plus liberticide», clame-t-il.
Quant à Patrick Bertschy, il estime qu’au vu du développement des infrastructures pour vélo, les cyclistes doivent contribuer. Il cite pour exemple l’itinéraire de 12 km «Vélolac». Ce dernier doit relier Vevey à Villeneuve avec un axe cyclable sécurisé ininterrompu à l’horizon 2033 (voir édition 142, 21 février 2024).
Le vice-président du PLR Vevey se base sur le principe d’équité, ainsi que d’utilisateur «pollueur-payeur». Toutefois, il s’oppose à la proposition actuelle en tant que telle. Plutôt qu’annuelle, Patrick Bertschy envisage une taxe au moment de l’achat du vélo. «Si quelqu’un qui paie un vélo 3’000 francs n’a pas 20 francs à mettre, c’est purement de l’égoïsme», renchérit-il. Pour l’heure, seul le Conseil fédéral est maître du guidon. Reste à savoir si la proposition déraillera, crèvera en route ou passera à la vitesse supérieure.
