Alain Rohrbach a le football collé aux crampons

Au côté de Bernard Challandes, ancien entraîneur des M21 suisses, de l’Arménie et du Kosovo.  | DR

Troistorrents
Commentateur phare de la chaîne privée blue Sport, le quinquagénaire vit et vibre pour le ballon rond. Aujourd’hui, il parcourt la Suisse et l’Europe pour couvrir de grandes affiches footballistiques.

Alain Rohrbach a réalisé son rêve de gosse: devenir journaliste sportif. Ce Bernois d’origine a tout d’abord suivi avec ferveur le hockey durant des années en assurant les commentaires durant les week-ends pour Radio Jura bernois. Ce qui l’a conduit, dès l’âge de 18 ans, à fréquenter les patinoires les plus pittoresques de Suisse romande. 

Après un parcours professionnel à La Poste, puis dans les assurances, Alain Rohrbach revient finalement à ses premières amours, tout d’abord à Teleclub, puis à blue Sport depuis 2016. Aujourd’hui, il est directeur adjoint de cette chaîne spécialisée. Ce Chorgue qui «vit sport» depuis sa jeunesse est devenu une voix atypique et appréciée dans le paysage médiatique sportif.

Actuellement, il commente les matches dans les plus grands stades d’Europe. Peu de journalistes ont l’occasion de saisir cette opportunité dans une carrière. Et Alain Rohrbach en est bien conscient: il a de la chance. 

S’il apprécie tant de vivre ces moments en direct avec des équipes prestigieuses qui jouent seulement à quelques mètres – comme le récent Arsenal – Real Madrid à Londres, ou les matches de Super League en Suisse – il sait aussi que ce métier est prenant au niveau de l’énergie. «Je vis à 100 à l’heure!», concède-t-il. Les calendriers des diverses compétitions de football sont soutenus pour les joueurs, mais aussi pour ceux qui commentent leurs performances. 

Comprendre l’humain

Sa passion pour le foot, Alain Rohrbach la vit avec un profond respect pour tous les acteurs de ce sport. Ce milieu le lui rend bien, lorsque joueurs et entraîneurs viennent lui confier leurs réactions au bord du terrain ou sur le plateau de télévision. S’il reçoit beaucoup de messages agréables – «Les messages négatifs sont rares», confie-t-il – c’est peut-être parce qu’il exerce son métier avec beaucoup de professionnalisme. Notamment en allant à la rencontre des acteurs en dehors des matches officiels: lors des rencontres d’entraînement, des camps de préparation, etc. «Lorsque tout le monde est plus détendu et plus disponible, des liens se créent.» Ce qui ne l’empêche pas d’être critique et d’avoir des mots durs à l’encontre d’un joueur ou d’une équipe en cas de mauvaise performance le jour du match. 

Cette proximité lui permet de récolter plus facilement confidences et états d’âme. Car le foot, c’est aussi ça, comprendre l’humain au-delà de la tactique ou de la technique. «Avant de faire du journalisme sportif mon métier, j’ai travaillé dans divers milieux. Le côté humain y a toujours été très important pour moi», souligne le commentateur.

Divertir avant tout

Au micro, le résident de Troistorrents s’est construit un style bien à lui. Si sa sobriété chaleureuse plaît autant, c’est qu’il pense avant tout aux téléspectateurs. «Quand ils regardent un match à la TV, ils veulent se divertir. C’est donc à nous de nous adapter, quelle que soit la physionomie de la rencontre. Lorsqu’elle est palpitante, c’est relativement facile, mais lorsqu’elle est ennuyeuse, nous devons trouver des stratégies. Nous pouvons apporter des éléments d’information en glissant une anecdote, un souvenir par exemple.» 

Alain Rohrbach, lui, ne récite pas ses fiches ou ne noie pas ses commentaires avec de nombreuses statistiques. «Il faut savoir improviser. Je préfère donner la priorité à la créativité et à la spontanéité.» Il travaille aussi régulièrement avec un consultant lors des matches. Ce n’est pas toujours le même et le journaliste doit veiller à ce que le binôme se complète. Le fait d’avoir été longtemps joueur – il a terminé sa carrière comme vétéran au FC Monthey – et qu’il possède une licence avancée d’entraîneur sont des cartes qui l’aident au quotidien dans l’exercice de son métier. Elles lui apportent une légitimité et une facilité d’échange avec ses interlocuteurs. Une aisance qui se ressent à l’antenne, pour le plus grand plaisir des téléspectateurs.

Samedi, il espérait que cet anniversaire coïncide avec une victoire. Elle aurait permis à son équipe de s’éloigner de la zone dangereuse. Or, c’est le contraire qui s’est produit: Monthey s’est incliné contre des jeunes Sédunois nettement supérieurs et reste menacé par la relégation, même avec sept points d’avance sur Coffrane à six journées de la fin.

Capitaine et stoppeur, Romain Derivaz ne cache pas son inquiétude. «Il va falloir faire au moins six points et on va jouer contre d’autres relégables comme La Sarraz, Coffrane et Yverdon M21, ça va être chaud jusqu’à la fin à mon avis.» 

Monologue sédunois

Dans ce match, Monthey encaisse le premier but après dix minutes à peine sur une bévue de son gardien Steve Saffioti qui a pris un ballon entre ses jambes. Peinant à revenir et à se créer des occasions, on a ensuite mieux compris pourquoi Monthey est si mal classé cette saison. Trop de déchets, de balles perdues, un manque de percussion en attaque. 

Au milieu de terrain, Nolan Berdayes et Thierry Diatta sont de bons techniciens, mais ils jouent de manière trop individuelle, oubliant leurs coéquipiers, s’emmêlant les pinceaux. Monthey a pourtant réussi à égaliser peu avant la mi-temps grâce à une belle frappe de Stéphane Rauti.  

Mais ce sursaut d’orgueil n’a pas duré. La deuxième mi-temps n’a été qu’un long monologue des M21 du FC Sion, à la jouerie très fluide et le 1-2, qu’on pressentait, est tombé à la 80e minute.

Sûr dans ses interventions et précis dans la relance, Romain Derivaz passe finalement à l’autre extrémité du terrain, se transformant en avant-centre. «Au début de ma carrière, je jouais ailier gauche puis plus les années ont passé et plus j’ai reculé dans l’équipe, mais j’ai gardé mon âme d’attaquant», glisse-t-il à la fin de la rencontre. Cela n’a pourtant pas suffi. Sion a inscrit le 1-3 à la 87e sur un penalty consécutif à un tacle violent d’un défenseur montheysan. «Avec la rage du désespoir!», s’est même exclamé un supporter.  

À la recherche de la sérénité 

Romain Derivaz est très déçu de la tournure qu’a pris ce championnat. «Nous ne nous sommes jamais remis d’un départ raté en ne remportant, ce qui est révélateur, aucune victoire à l’extérieur. On se crée trop peu d’occasions», confiait-il à l’heure des interviews.

Julio Tejeda, le président, ressent la même frustration. «On voulait être dans les six premiers cette saison et c’est loin d’être le cas… Mais je ne remets pas en cause notre entraîneur Lucien Dénervaud. Nous avons eu beaucoup de blessés au premier tour, cela n’excuse toutefois pas tout.» L’ancien directeur sportif espère ne pas revivre les mêmes tourments lors du prochain exercice. «Ce championnat, nous l’avons passé à regarder derrière nous, ce qui est fatigant à la longue. À Monthey, nous avons toujours misé sur des joueurs de la région. Mais il faudra désormais trouver des renforts, même si nous devons faire avec nos moyens, l’un des plus petits budgets de la ligue. J’aspire vraiment à plus de calme à l’avenir», poursuit le président. 

Et quid de l’emblématique capitaine? Romain Derivaz rempilera-t-il pour une 16e saison consécutive? «Avec les années, ça devient de plus en plus dur», lâche-t-il, sans se prononcer davantage.

Au micro avec Guillaume Hoarau, consultant de blue Sport pour la Ligue des champions et ancien joueur du PSG et de Young Boys.
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Sportif dans l’âme

Si Alain Rohrbach «vit foot», il trouve néanmoins le temps d’être un grand sportif lui-même. Il affectionne tout particulièrement le triathlon et le marathon – il en a déjà disputé cinq – et aussi l’Ironman. Il compte en concourir un cette année en Italie. Il n’y a toutefois que pendant ses vacances – qu’il faut caler dans les rares périodes sans compétitions – qu’il débranche totalement. Des interruptions nécessaires lors desquelles sa compagne veille à l’éloigner de toute nouvelle concernant le foot.

Sportif dans l’âme

Qui sera le futur vainqueur de la Ligue des champions ?
– Arsenal.
Et le prochain champion de Suisse ?
– Le FC Bâle.
Votre joueur suisse préféré ?
– J’en ai deux! Ardon Jashari et Dan Ndoye, l’avenir de la Nati.
Et sur le banc, quel coach ?
– Fabio Celestini.
… et parmi les entraîneurs à l’étranger ?
– Pep Guardiola (Manchester City), Simone Inzaghi (Inter Milan), et Mikel Arteta (Arsenal).
L’équipe de Suisse se qualifiera-t-elle pour le prochain mondial ?
– Ce sera difficile! Tout dépendra de la forme et de l’état d’esprit de ses leaders.
Votre équipe de cœur ?
– Le FC Sion. Mais avec cette équipe, je suis devenu fataliste (soupire).
Un match qui vous a marqué ?
– En 2019, Liverpool avait remporté la Ligue des champions. En demi-finale, le club de la Mersey avait battu Barcelone 4-0 à Anfield après avoir perdu 3-0 à l’aller!

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