« Meet your boss » partage avec les migrants son expertise du recrutement

La prestation gratuite de Permanence emploi se tient tous les mercredis après-midi (16h30-18h30) à l’avenue des Alpes 126 à Montreux, dans les locaux de Meet your boss. 25 personnes ont déjà pu bénéficier de conseils depuis le début de l’année.  | J. Espi

Clarens
La Permanence emploi Riviera-Chablais aide les personnes en recherche d’emploi à parfaire leurs dossiers depuis le début de l’année. Reportage.

Sur une table blanche, le CV de Martha a beau être bien rédigé, il est maculé de suggestions faites au stylo par Elodie Savary, la «job coach» du jour. Sur la feuille, au-dessus du paragraphe «expérience», Martha aurait pu écrire «expérience professionnelle». Elle aurait également pu ajouter sa date de naissance dans ses informations personnelles. L’idée est de rendre son curriculum vitae percutant, car «s’il y en a un tas, les recruteurs n’y passent que trente secondes», résume la professionnelle.

Rédaction, mise en page et, de manière générale, le recours à des «codes» communs, voilà certains des tuyaux distillés lors de la «Permanence emploi Riviera-Chablais». Cette prestation gratuite se tient tous les mercredis après-midi à l’avenue des Alpes 126 à Montreux, dans les locaux de «Meet your boss», une organisation subventionnée à 70% par le Canton de Vaud et spécialisée dans les mesures d’accompagnement pour les demandeurs d’emploi.

Apprendre les codes

Ce mercredi après-midi, il n’y a pas foule. Alors, dans un français parfait mâtiné d’accent italien, Martha enchaîne les questions. Cette énergique serveuse de métier souhaite se reconvertir dans la vente, et se demande notamment si elle devrait ajouter quelques éléments à sa lettre de motivation, comme le fait qu’elle n’ait pas d’obligations familiales. «Je ne donnerais pas trop de détails personnels, c’est parfait comme ça», lui répond Elodie. Arrivée en Suisse il y a six ans, Martha fait figure de «bonne élève». Avec son français impeccable et l’utilisation d’outils informatiques pour améliorer ses textes, elle a de bonnes chances de trouver un emploi, dans une branche qui a tendance à recruter.

Lancée en janvier, la permanence emploi montreusienne s’adresse aux personnes migrantes de la Riviera et du Chablais qui sont en recherche d’emploi et ne sont pas déjà au bénéfice de prestations sociales telles que le chômage. Soit une population très disparate. «Certains sont en Suisse depuis six mois, d’autres depuis dix ans», explique Elodie Savary. Les difficultés rencontrées et les conseils à donner sont donc très variables. Il peut s’agir autant de coaching pour des entretiens d’embauche, que de la familiarisation aux outils de recherche d’emploi, ou de commentaires sur le fameux dossier de candidature.

Outre les problèmes de français, les candidats issus de l’immigration peuvent faire face à des écueils culturels. C’est le cas de Balanto Vieira Sebastiao. Cariste de profession, il a bénéficié de la permanence la semaine précédente, et est de passage pour récupérer un document. L’homme originaire de Guinée-Bissau a vécu dans différents coins de l’Europe. Le défaut principal de son CV: «Tout n’était pas dans le bon ordre», sourit l’homme de 32 ans. Outre la hiérarchisation des informations et la systématique de présentation de son document, le jeune homme y a notamment ajouté qu’il parlait anglais. «Je ne savais pas que c’était un avantage», confie-t-il. 

Et si son français n’est pas parfait, Balanto Vieira Sebastiao s’estime chanceux. «Dans mon métier, je travaille souvent avec des Portugais, alors je n’ai jamais eu de problème pour communiquer», raconte ce travailleur arrivé en Suisse l’année dernière. D’un point de vue plus sérieux, le Guinéen affirme ne pas avoir fait face au racisme dans son milieu professionnel. Qu’ils viennent d’Italie, de Turquie ou de pays africains, la discrimination n’est de manière générale pas pointée du doigt pas les candidats étrangers, explique Inês Azevedo. 

Cette autre job coach voit défiler des demandeurs d’emploi dans la permanence du mercredi, mais aussi durant les mesures proposées par l’association. Avec ses collègues, elle les aide à gommer les différences culturelles, par exemple pour éviter tout malaise lors d’un entretien d’embauche. «Une personne originaire d’Erythrée ne me regardait pas dans les yeux. Elle m’a expliqué que dans son pays, cela était perçu comme un signe d’affront», explique Inês Azevedo. 

La job coach raconte également l’histoire de cette femme originaire du Burundi très fière de son curriculum vitae à plusieurs pages. «Elle m’avait expliqué que dans son pays, plus le CV était long, mieux cela était vu.» Il a donc fallu changer d’approche pour la Suisse, où le CV d’une page reste la norme. 

Au total, 25 personnes ont bénéficié de la permanence emploi à Montreux depuis son lancement. Active depuis trois ans, l’Association Meet your boss propose toute une série de mesures pour la recherche d’emploi. Elle est liée à l’entreprise Eve consulting, qui fournit des conseils en ressources humaines.

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