
à 80 ans, Alain Gustave suit sa routine matinale tous les jours, sans exception et toujours en extérieur, par tous les temps. | L. Menétrey
Par cette matinée ensoleillée de mai, face aux Dents-du-Midi, Alain Gustave nous accueille dans son chalet à bras ouverts. Au soleil sur sa terrasse, il nous sert son verre d’eau citronnée – rituel clé de sa routine matinale – qu’il sirote tout en caressant sa chienne Ribambelle.
Baskets aux pieds, il impressionne d’emblée par sa vitalité et sa posture droite. Autour de lui, son jardin regorge d’équipements sportifs en tous genres: vélo elliptique face aux Alpes, barres de traction accrochées contre les façades, et haltères au sol sont autant de témoins de sa discipline quotidienne. À l’intérieur, en revanche, aucune machine. «Je m’entraîne tous les jours, sans exception, mais toujours en extérieur et par n’importe quel temps», insiste-t-il. Et c’est ce que révèlent ses vidéos sur sa page Instagram: un homme de 80 ans, défiant les conventions de la vieillesse, enchaînant pompes et tractions en plein air dans un décor montagneux grandiose. Bien loin des salles high-tech aseptisées.
Pourtant, rien ne le destinait à devenir une figure de la musculation. «Jeune, je n’étais pas spécialement bon en sport», avoue Alain Gustave, lui qui pratiquait tout de même la voile et le ski. Le premier déclic survient à l’âge de 17 ans. Alors qu’il fait face à la mort subite de son père à la suite d’un infarctus à 48 ans, il décide de prendre davantage soin de sa santé. «Ça m’a marqué. Il ne faisait pas de sport, avait des kilos en trop et un métier très stressant.»
Le second déclic se produit ensuite à l’âge de 20 ans, lorsqu’il intègre l’école de recrues. Il y gravit les échelons jusqu’au grade de lieutenant-colonel et y apprend la discipline. Une aptitude qui l’accompagne encore aujourd’hui dans sa pratique sportive.
Se réinventer à la retraite
Plein d’ambitions, Alain Peyrot – Gustave, étant son deuxième nom – a eu une carrière bien remplie à Genève entre la banque, la politique et l’immobilier. Le sport n’était alors qu’en toile de fond. Arrivé à la trentaine, il s’éprend de la course à pied. Une passion qui lui vaudra une double rupture des tendons d’Achille à passé 60 ans. Il range alors ses baskets et sent les premiers signes de déclin physique. «Je sentais mon souffle se raccourcir. On baisse très vite à cet âge si l’on ne s’entretient pas régulièrement», confie-t-il. Il choisit donc de s’inscrire dans une salle de sport et découvre la musculation et la callisthénie (ndlr: exercices uniquement avec le poids du corps) à 65 ans. Alors retraité, il décide de prendre un peu de hauteur et se retire à la montagne, en quête de sérénité.
Son jardin devient peu à peu une salle de gym à ciel ouvert. «C’est la liberté, je n’ai plus d’agenda, plus d’obligations sociales, pas d’enfants. Cela fait cinq ans que je n’ai pas mis une cravate.» Refusant le fatalisme parfois associé à l’âge avancé, il défend que «rien n’est irréversible. On peut tout faire, tant qu’on a le bon état d’esprit».
Une discipline sans faille
Aujourd’hui, sa routine matinale est non négociable: réveil à 6h30, douche froide, échauffements et appuis faciaux pendant que ses œufs cuisent. En complément, il descend trois fois par semaine au Bouveret retrouver son coach, Martin Charbeau, pour des séances mêlant musculation, cardio et bains en eau froide. «Tout ce que je fais au quotidien, c’est pour garder mon autonomie, pas pour faire des exploits.»
Pour lui, corps et esprit sont indissociables. «L’entraînement du corps vient avec la clarté de l’esprit», détaille-t-il. Désormais, il prend le temps – celui qu’il n’avait pas avant – pour se plonger dans la philosophie, et s’imprégner de la sagesse des anciens. Nourrir son esprit, c’est une clé du bien vieillir selon l’octogénaire.
Vivre avec son temps
Retour à sa devise: «Vieillir avec audace». Ces mots en description de son compte Instagram représentent bien Alain Gustave. Ses débuts sur les réseaux sociaux remontent à une dizaine d’années, sur Facebook. Sans prétention, il publie ses séances d’entraînement. «Ça m’amusait», dit-il. Il se prend au jeu et crée ensuite un compte Instagram.
Petit à petit, les messages et les abonnés affluent et il trouve de la satisfaction dans ces échanges. Jusqu’à ce que le Youtubeur le plus suivi de France, Tibo InShape (26,7 mio d’abonnés) l’invite sur une vidéo, qui cumule près d’un demi-million de vues. Idem avec le kinésithérapeute Major Mouvement. Avec ses 255’000 abonnés actuels, la notoriété d’Alain dépasse désormais les écrans, on le reconnaît dans la rue. Le postier et le boucher du coin, par exemple. Quelques voisins se sont même mis au sport à force de le voir chaque matin sur sa terrasse.
Alain Gustave n’attend toutefois rien de sa présence en ligne, c’est un «bonus», lance-t-il. «Je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse gagner de l’argent sur les réseaux. Chose que j’ai toujours refusée. Je ne veux pas être dépendant de quelque chose, alors que je vise justement une totale liberté», défend le senior.
Malgré un terrain cardiaque à risque, Alain Gustave n’est pas près de lever le pied. Déterminé, il se prépare actuellement avec son coach pour une compétition sportive de taille, dont il garde encore le secret…
