
Le climat tendu de l’actualité a servi de terreau à la nouvelle création des jeunes talents de l’École de théâtre des Trois-Quarts. Avec «La Troisième vague», ils s’emparent d’un texte puissant de l’auteur français Matthieu Berthélémé.
Cette pièce nous plonge dans les méandres de la dérive fasciste. Pour aider ses élèves à comprendre comment l’Allemagne nazie a pu glisser dans l’horreur sans opposition massive, un professeur d’histoire lance une expérience pédagogique radicale. Il crée un mouvement fictif, la Troisième vague, et initie ses élèves à une idéologie exaltant l’ordre, la soumission et le collectif.
Un texte qui entre en résonance troublante avec les dérives autoritaires de notre époque. Une réflexion sur l’esprit de corps et les dérives idéologiques. Et pour ne pas déroger à ses habitudes, c’est sur la scène du Pantographe que les comédiens de 16 à 25 ans présenteront leur spectacle de fin d’année.
Raconter l’endoctrinement
Tout part d’un fait réel. En 1967, en Allemagne, un professeur d’histoire veut mener une étude expérimentale du fascisme. Dans cette optique, il organise une mise en situation dans sa classe et endoctrine ses élèves dans un mouvement ayant pour idéologie les mérites de la discipline. Si cette expérience part d’un exercice, les choses vont très vite prendre une tournure inquiétante.
«À l’heure actuelle, c’est une thématique marquante avec les extrémismes qui montent, les manières de fonctionner de certains dirigeants», observe Nicolas Gerber. Pour nos élèves, cette pièce est une manière d’aborder le sujet. Et de se dire: «Restons toujours responsables de ce que ce que l’on fait», appuie le metteur en scène.
Parmi les nombreuses reprises de cette histoire vraie, le texte de Matthieu Berthélémé se démarque sur un point central: il s’inspire de témoignages réels. Un point qui a particulièrement attiré l’attention de Nicolas Gerber, fasciné par l’aspect psychologique de cette pièce. «Nous sommes dans un rapport très direct. Sur cinq jours seulement, nous voyons comment ces élèves se transforment en petits soldats.»
Dans un souci de véracité, le metteur en scène est donc resté fidèle au texte de Berthélémé. Des moments de narrations sont intégrés pour rythmer le spectacle, à la manière d’un coryphée grec (ndlr: un chef de chœur dans les pièces du théâtre antique), chacun vient pour raconter et faire avancer l’histoire de son point de vue.
En somme, la petite scène du Pantographe s’avère être le cocon idéal pour présenter ce huis clos de courte durée (1h15). «Cela permet d’obtenir quelque chose de très franc. En l’espace d’une heure, il y a déjà une atmosphère qui commence à s’installer, c’est impressionnant!»
«La Troisième vague»,
du 22 au 31 mai, Théâtre du Pantographe (Av. Reller 7, 1800 Vevey).
