
156 élèves de l’EPS d’Aigle ont chroniqué à l’antenne de Radiobus du 7 au 9 mai. | L. Menétrey
«Silence, on ouvre les micros. 3-2-1!» Depuis la régie, un signe de main indique le direct. Le voyant lumineux avec les lettres rouges «On Air» s’allume. Pas de doute, nous sommes bien en live. Le studio est si bien aménagé et moderne que l’on se croirait dans une radio professionnelle — et pourtant, nous sommes bel et bien dans un bus, stationné dans la cour de récréation du collège des Dents-du-Midi à Aigle.
Le Radiobus, concept de radio scolaire, est diffusé sur une onde portant le même nom. Lancé en 2002 par la Haute école pédagogique du canton de Vaud (HEP) et en partenariat avec la Direction générale de l’enseignement obligatoire du canton de Vaud dès 2006, le véhicule sillonne les écoles de Suisse romande pour initier les jeunes aux médias.
Durant trois jours, 156 élèves, issus de 7 classes, endossent le rôle de journalistes radio. Ce mercredi matin, à 9h, les élèves de la classe de 11e de Madame Barré-Clot se succèdent au micro selon un planning bien rôdé. Par binômes, ils ont animé 20 minutes d’émission, entrecoupées par de la musique. La thématique de cette matinée radiophonique: la politique suisse, cette dernière s’inscrivant dans leurs cours de citoyenneté.
Un exercice interdisciplinaire
Solange, 15 ans, s’apprête à présenter le Conseil des États en binôme avec Elodie. Quelques minutes avant de passer à l’antenne, elle dit maîtriser son stress. Feuilles bien en main, son texte est soigneusement mis en page, avec une police agrandie, afin d’assurer sa lisibilité. Sa partie est surlignée en rose, et celle de sa camarade en rouge.
Alors que Solange et Elodie s’installent et ajustent leurs micros, les garçons, Merion et Laurent, s’installent à la régie derrière les tables de mix et l’ordinateur. Bien que supervisés par le collaborateur Radiobus et enseignant Frédéric Genevey, les adolescents sont déjà bien autonomes. Il faut dire qu’ils sont habitués à parler dans un micro, dans leur salle de classe, une «box» leur permet d’enregistrer régulièrement des émissions. Un exercice qui leur a déjà valu une note.
Dans la régie, l’enseignante Géraldine Barré-Clot ne cache pas sa fierté en observant ses élèves lire leurs dialogues. «C’est le fruit de presque 9 mois de travail. Il a fallu choisir les thèmes, rédiger les dialogues, se les approprier, préparer les playlists, pré-enregistrer des reportages. Ça fait plaisir de les voir là, prêts», se réjouit-elle, tout en les photographiant.
L’enseignante en géographie apprécie particulièrement la transversalité et l’interdisciplinarité du projet. «Non seulement on exerce des compétences de français, mais aussi de technique.» Elle souligne également les progrès réalisés par une de ses élèves dyslexique, pour qui cette expérience a été particulièrement valorisante.
Préparation aux examens oraux
C’est au tour de Laurent et Merion d’entrer en scène. Ils présentent la naturalisation suisse et le processus pour y accéder. À la fin de son passage, Merion, 15 ans, se dit globalement satisfait de sa prestation, même s’il regrette «avoir buggé sur le mot naturaliser». Il voit dans cet exercice une excellente préparation aux examens oraux qui approchent. Son passage est suivi d’une chanson de 50 Cent qu’il a lui-même choisie.
Entre deux chroniques, Frédéric Genevey évoque les défis actuels liés à l’intelligence artificielle. «ChatGPT, c’est une vraie question. Depuis une année, c’est devenu un enjeu. On sait directement si l’élève l’a utilisé pour rédiger son texte. Là, on sent que c’est leur vocabulaire, et non pas les termes superlatifs de l’IA (intelligence artificielle).»
S’il est temps pour les collégiens de retourner en classe, le bus, lui, reste encore deux jours dans la cour avant de reprendre la route direction l’Ouest vaudois. Prochaine escale: Écublens, puis Vallorbe.
