
Le Conseil d’état veut mettre fin à une exception vaudoise. | Adobe Stock
Dans beaucoup de domaines, le canton de Vaud se fait remarquer par sa différence. C’est bien connu: «Y’en a point comme nous!» C’est le cas dans le secteur de la consommation, notamment d’alcool. Contrairement à ses voisins, le pays de Gilles en interdit la vente dans les magasins des stations-service. Mais cette disposition particulière pourrait changer.
Le Conseil d’État a donné suite à une initiative de l’ex-député Jean-Christophe Birchler (Vert’libéraux). Le gouvernement, dans sa majorité, a proposé fin avril au Grand Conseil de «modifier le cadre légal cantonal, afin d’autoriser les stations-service à servir et vendre des boissons alcooliques non-distillées, sous réserve d’obtention d’une licence». Soit du vin, de la bière et du cidre.
«L’abrogation que j’avais proposée, il y a trois ans déjà, avait été soutenue par la majorité du plénum après un débat soutenu. C’était pour mettre fin à une certaine injustice: pourquoi les magasins, petits ou grands, peuvent vendre de l’alcool et pas les stations-service?», interroge l’ancien élu.
Situation plus équitable
Sur le terrain, certains gérants font bon accueil à cette nouvelle. D’autres étaient même déjà au courant que la donne pourrait changer. «La réponse de la police du commerce avait été négative par le passé, lorsque nous avions effectué une demande pour vendre de l’alcool dans l’un de nos shops situé dans le canton de Vaud. Mais elle nous avait également informés de la possibilité d’un assouplissement courant 2025», explique Jérôme Favre, cadre chez Jubin Frères. Cette société de Porrentruy exploite en Suisse plusieurs stations-service, avec ou sans supérette. Celle de Vouvry propose de l’alcool, notamment des vins suisses, mais aussi des produits du terroir. «Si cela se concrétise, nos différentes stations dans le canton de Vaud pourront vendre de l’alcool. Ce sera le cas de celle de Bex, par exemple», précise Jérôme Favre.
«Il y a de nombreuses années que les discussions étaient en cours, mais nous ne voyions rien venir», rapporte quant à lui Frédéric Blanc, directeur de Restoshop. Sa société établie à Givisiez exploite neuf stations-service sur les autoroutes suisses, dont six sur Vaud. «C’est évidemment une bonne nouvelle si une majorité du Grand Conseil accepte de modifier le cadre légal, pour le rendre plus équitable», poursuit-il. Justement, le gouvernement veut avec cette autorisation «favoriser la liberté économique entre les exploitants des stations-service et les autres».
Propriétaire indépendant à Vevey de Station-shop 1800, Oscar Gomez est plus réservé. «L’interdiction ne me dérangeait pas car, pour raisons personnelles, je ne voulais pas forcément vendre de l’alcool. Mais si cette disposition entre en vigueur, je me poserai la question. J’analyserai tranquillement les avantages et inconvénients, avant de me positionner.»
En cas d’acceptation de la modification par le Législatif vaudois, ce nouveau cadre générerait-il une potentielle augmentation des ventes pour les vignerons? «Je ne pense pas qu’elle relancerait à elle seule la consommation, estime Alain Emery, président de l’interprofession des vins du Chablais vaudois et producteur aiglon. Néanmoins, ce sera un service supplémentaire et un peu de pub pour les vignerons. Ça ne peut pas faire de mal.»
Appel à la production locale
Le Conseil d’État annonce encore avoir trouvé «un compromis approprié faisant la distinction entre les boissons alcooliques distillées et non-distillées aux fins de réduire les risques de la consommation d’alcool pour la santé et la sécurité routière». «Une très bonne idée», selon Jean-Christophe Birchler. Alain Emery estime, lui, «qu’il y a peu de risques que le client boive sur le parking ou sur la route. Ce sera surtout pour le repas du soir ou pour aller manger chez des amis, avec la boîte de chocolats et les fleurs».
«Nous prévoyons dès lors d’adapter notre assortiment en bières et vins, afin de satisfaire à la demande quotidienne de nos clients dès l’assouplissement validé», informe encore Jérôme Favre. Même son de cloche chez Restoshop, où l’on trouve déjà des produits du terroir. «Nous allons donc aussi vendre des bières et vins locaux. Nous espérons que les producteurs viendront nous proposer leurs crus. Sinon, nous irons les chercher», conclut
Frédéric Blanc.
