
L’Association Swingin’Vevey a fait ses premiers pas à la Fête de la Danse ce week-end, initiant une quarantaine de curieux au lindy hop. | L. Menétrey
En un claquement de doigt, les percussions de la capoeira cèdent la place au swing pétillant des années 1930. Ce samedi matin, l’effervescence de la 20e édition de la Fête de la Danse s’est faufilée entre les différents étals de fruits et légumes avec diverses initiations. C’est au tour des danses swing de briller, avec du lindy hop et du solo jazz. Aurore Ferrage de l’Association Swingin’Vevey s’équipe de son micro serre-tête et se place au milieu de la place. Avec sa collègue Paola Enrichez, elle s’affaire à rameuter les curieux.
Enfants, seniors et passants – paniers débordant de produits frais du marché – se laissent happer par le rythme enjoué de la musique et l’énergie communicative des danseuses. Très vite, une quarantaine de personnes se place en arc de cercle, prête à se déhancher et faire vibrer la place. «On va commencer par mettre le corps en mouvement avec du solo jazz», entame Aurore. Les participants, d’abord chacun pour soi, enchaînent les pas. Puis, ils se mettent deux par deux pour s’initier à la danse de couple. «Tout le monde a un ou une partenaire?», lance la professeure. «Pas besoin d’être un homme et une femme, on peut danser avec n’importe qui.» À eux maintenant de définir un «leader» et un «follower» au sein de leur binôme. Le leader place sa main sous l’omoplate de son partenaire, et c’est parti!
Derrière cette danse pleine de joie et d’expressivité, une histoire accablante affleure. «Le lindy hop est né dans un contexte de ségrégation, dans les communautés afro-américaines des années 1930-1940. Il porte une mémoire forte», nous explique Aurore quelques minutes avant son cours.
Cadence syncopée
Si Swingin’Vevey – la branche locale de Swing’time Lausanne (2015) – fait tout juste ses premiers pas, créée en 2024, la dynamique est déjà bien lancée. À l’origine de l’association, Paola, veveysanne d’adoption, lassée des trajets jusqu’à Lausanne, crée l’antenne sur la Riviera avec quatre autres passionnés. Depuis un an, ils font swinguer les curieux dans les locaux de LAFABRIK, l’espace culturel fondé par l’humoriste Benjamin Cuche.
Retour sur le dancefloor. Au micro, Aurore Ferrage donne le tempo, rappelant le rythme syncopé propre au swing. Elle imite le contre-temps, en produisant des bruits percussifs comme du «scat», pour marquer le tempo de la musique. Sur le bitume, les couples s’animent: ils s’élancent, trébuchent parfois, s’excusent, virevoltent, rigolent. Parmi eux, Fabrice et Farrah s’essaient pour la première fois à cette danse. «Je n’arrive pas trop à faire ce rebond typique du lindy hop, je suis trop habitué par les pas de la salsa», sourit Fabrice, adepte de danses latines depuis une dizaine d’années. «L’énergie va en direction du sol, non pas dans l’air», lance Aurore. «High five et on change de partenaires», enchaîne Paola. Les duos se défont et refont, naturellement. Sans trop de timidité.
Quelques instants plus tôt, Paola Enrichez nous confiait avec une réelle émotion ce que lui apporte cette activité. «Quand je danse, mon cerveau s’éteint et mes pensées arrêtent de fuser. Je suis dans le moment présent. C’est un vrai lâcher-prise!» Une pratique nécessaire au bien-être de cette éducatrice de la petite enfance.
L’initiation touche à sa fin. Les danseurs reprennent leur souffle. Déjà, les premières notes de salsa cubaine imprègnent la place d’une nouvelle énergie. Vevey n’a pas fini de danser.
