L’art de mieux s’alimenter

Portrait photo de Margaux Schwab.  | A. Malecki / Studio Bosporus

Vevey
Investir les cuisines par des gestes créatifs: Foodculture days veut cette année décloisonner les frontières. La biennale s’implante dans divers commerces de la ville du 5 au 9 juin. Entretien avec sa fondatrice.

Sous le thème «Aux frontières de nos langues», le programme est aussi dense que varié. Lancée en 2017, la biennale invite à réfléchir sur une alimentation alternative. Une initiative pour «soutenir un tournant culinaire et planétaire» lancée par Margaux Schwab.

Que pouvons-nous attendre de cette cinquième édition ?

– À l’image des lisières où la biodiversité est la plus élevée, c’est paradoxalement aux frontières – géographiques ou disciplinaires – que les partages sont plus riches. Le programme est construit autour de deux axes thématiques: les frontières et la création artistique. Le thème
de la bordure est développé en trois types d’espaces: le territoire suisse romand, l’espace public et la cuisine. Si ces derniers sont délimités, les artistes en sont les connecteurs. Ils agissent aux frontières, et imaginent ce qui pourrait devenir.

Quel est selon vous le « best of » de cette biennale ?

– La Cuisine est le lieu central à ne pas manquer. Il y a aussi l’exposition temporaire Sobremesa, qui tire son nom d’un mot espagnol intraduisible, qui désigne le moment convivial après le repas, où tout le monde reste à table pour discuter. Les œuvres sont exposées dans des espaces de commerce et d’hospitalité. Le Syrien, restaurant populaire à Vevey, invite notamment la série de Yann Stéphane Bisso «Cooking Mama». Les peintures des plats cuisinés par la mère de l’artiste réfléchissent l’ambiance familiale de l’établissement. Les deux assemblées citoyennes, «Off the table» et «Manger au quartier», invitent à repenser les politiques de la table et l’alimentation publique. Enfin, les dialogues avec l’artiste Alexandra Baumgartner, intitulés «Semences», sont à ne pas rater.

Comment vous est venue l’idée de mélanger art et alimentation ?

– Lors de ma sortie de l’École hôtelière de Lausanne, il manquait un élément qui me semble essentiel aux systèmes d’alimentation: l’hospitalité. Il est important de revenir à la pratique relationnelle de l’alimentation. Ainsi, les artistes invités rencontrent les agriculteurs et les hôteliers de la région. Il s’agit de créer des solidarités interdisciplinaires. Notre but est de sensibiliser le public aux limites planétaires tout en proposant une méthode alternative  aux systèmes d’alimentation industrialisés et productivistes portés par les entreprises privées, telles que Nestlé. Qu’est-ce que doit être l’alimentation face à l’urgence climatique et sociale? Il y a un nouveau courant où l’on pense les pratiques artistiques comme des réflexions écologiques. L’art est un bon outil pour aborder ces situations de crise, car il est sujet d’interprétation et ouvre la voie aux possibles.

GALERIE