
Le Conseil d’administration de VOIE48, avec en haut, de g. à dr.: Yoann Chassot, Manuel Goumaz, Noémie Kinsey, Sébastien Sozedde. Et en bas de g. à dr.: Christophe Borel, Lorette Gervaix, Colin Wahli. | N. Chevalley
«Les surfaces locatives pour établir son activité professionnelle se réduisent comme peau de chagrin. Les artistes et artisans sont aujourd’hui désespérés de trouver un espace de travail.» Fort de ce constat, Sébastien Sozedde a récemment saisi une opportunité en or: celle de participer à la genèse d’une coopérative.
En rejoignant son Conseil d’administration, ce graphiste et vidéaste indépendant a rejoint la quinzaine de professionnels qui travaillent au premier étage du bâtiment industriel situé à l’avenue du Général-Guisan 48. Derrière les rames d’immeubles aux abords des chemins de fer, une ancienne structure artisanale en béton ne paie pas de mine, mais décèle un univers haut en couleur.
Couturière, céramiste, photographe, mécanicien vélo… huit corps de métiers y cohabitent et collaborent sur tout l’étage. Jusqu’à récemment occupé par un atelier de mécanique, le rez-de-chaussée sera rénové et permettra d’agrandir l’espace de travail disponible. «Entre le rez et le sous-sol, il y a environ 1300 m2, détaille Sébastien Sozedde. Nous imaginons 40 places de travail en tout.» Pour devenir propriétaire du bâtiment, ce collectif d’artistes et d’artisans a jusqu’au 30 juin pour trouver l’entier des fonds propres restants, soit 550’000 francs.
Préserver un îlot créatif
Transformé en espace pluridisciplinaire depuis près de trois ans, tout s’est précipité en fin d’année passée. Le garage qui occupait alors le rez-de-chaussée a annoncé son départ, et les propriétaires ont alors décidé de mettre leur bien à la vente. Tout s’est très vite enchaîné. «Nous avons pu discuter avec les propriétaires actuels et nous avons eu beaucoup de chance, car ils ont choisi de nous privilégier», nous explique la créatrice de vêtement Noémie Kinsey.
Le bien immobilier attisant l’appétit de promoteurs, les artistes doivent se hâter pour ne pas se retrouver à la rue. Décision est alors prise de créer une coopérative, «la meilleure forme pour gérer ce lieu, en sortant d’une logique spéculative, où chacun a une voix et peut devenir <propriétaire> de son espace». Tout juste formée, VOIE48 vient d’obtenir un prêt hypothécaire d’une banque de la région.
«Il y a cinq mois, si on nous avait dit qu’on allait se constituer en coopérative pour devenir propriétaires, on aurait bien rigolé, glisse Noémie Kinsey. Nous sommes partis de rien du tout, et nous avons énormément travaillé pour constituer un dossier solide et un plan de financement.»
Actuellement en recherche active de fonds pour sécuriser leur achat, le Conseil d’administration de VOIE48 a organisé une soirée d’information pour sonder le terrain local. «Plus d’une quarantaine d’entités sont venues le 20 mai dernier pour visiter l’espace, poursuit la couturière. Nous avons donc davantage de professionnels intéressés que de places disponibles! Cela montre bien le besoin crucial d’espace de travail.»
Mutualiser les ressources
Dans un contexte de densification, couplé à une augmentation constante du coût des locatifs, les artistes et artisans ont de plus en plus de difficulté à exercer leur pratique dans des locaux abordables. «Nos activités sont trop souvent précaires et il n’y a pas suffisamment d’espace abordable pour pratiquer nos métiers, déplore Noémie Kinsey. Une coopérative nous permet justement de garder des loyers abordables.»
À l’image d’un «open space», l’aménagement des différents ateliers départageant le 1er étage est à l’image de l’esprit des lieux. «Nous voulons y créer des synergies, en mutualisant nos machines et nos savoir-faire, ponctue le mécanicien sur vélo Christophe Borel. Nous avons plein de compétences à portée de main. Nous voulons faire perdurer cet esprit décloisonné.»
