La bataille contre les « lits froids » est relancée

Sur les plus de 3’000 appartements ou résidences secondaires à Montreux, beaucoup se situent dans le secteur des avenues Belmont, Florimont ou des Planches, vers l’ancien Hôtel National  | P. Combremont

Montreux
Grâce à un travail de contrôle jusque sur le terrain, la Commune a diminué son taux de résidences secondaires de 3%. Face à la pénurie de logements, les groupes politiques de gauche s’unissent pour exiger des mesures supplémentaires.

La nouvelle, plutôt bonne sur le plan financier, s’est partagée en marge des réflexions politiques actuelles sur la révision du Plan d’affectation communal et du droit de préemption notamment. Depuis l’application de la Lex Weber, la Commune a en effet réussi à faire passer le taux de résidences secondaires sur son territoire de plus de 23% auparavant à 20,63%, selon les derniers chiffres à fin décembre.

Cette réduction de presque 3% est confirmée par l’Exécutif. Sur les 15’689 logements que compte la commune sur tout son territoire, cela représente quelque 3’204 résidences secondaires, nous apprend le municipal chargé de l’urbanisme, Caleb Walther. «Il faut reconnaître qu’il y avait un certain flou par rapport à la manière dont les maisons et chalets étaient répertoriés au départ», confie-t-il.

Le résultat a ainsi été atteint par un travail d’enquête auprès des propriétaires, de clarifications renforcées et parfois de contrôles sur le terrain. Menées discrètement ces dernières années, ces démarches ont parfois révélé des surprises par rapport aux personnes ou aux situations réellement enregistrées.

Casse-tête juridique

Malgré cela, Montreux se trouve encore au-dessus de la limite maximale de 20% de résidences secondaires fixée par la législation fédérale. Comment réduire encore ce taux, par quels moyens? Un avis de droit a été commandé par la Ville. Et ses conclusions révèlent un casse-tête juridique au niveau supérieur. Le problème, c’est que le Canton de Vaud n’a pas encore de base légale permettant aux Communes d’agir plus restrictivement.

«On est face à une contradiction juridique: on doit faire quelque chose, mais nous n’avons pas les outils pour le faire. La marge de manœuvre s’avère ainsi très étroite», résume, en substance, l’édile écologiste. En outre, le cadre est un peu particulier à Montreux. «Certains propriétaires qui habitent en ville possèdent aussi, de par la famille, un chalet dans les hauts de la commune, et, à la retraite par exemple, décident d’aller s’y établir. Ou alors l’inverse», note Caleb Walther.

La situation entre résidences principales et secondaires n’est donc jamais définitivement figée. La diminution obtenue a néanmoins dopé les attentes au niveau politique. Deux postulats distincts ont été déposés le même soir, fin mars, au Conseil communal. Les trois formations de gauche, soit le parti socialiste, Les Vert·e·s et décroissance alternatives ont décidé de lancer l’offensive, de concert, pour réclamer un effort supplémentaire dans la lutte contre la problématique des «lits froids» et de ces appartements aux stores fermés toute l’année.

Suspension réclamée

Premier argument invoqué: la forte pénurie de logements qui touche la commune. «Plus de 3’000 d’entre eux ne sont que partiellement utilisés. Cela correspond à trois fois le nombre de ceux construits à Chernex, et neuf fois de ceux bâtis à Glion», souligne le socialiste Nicolas Büchler, en évoquant une «accentuation majeure» sur les prix et les loyers.

Auteur du premier postulat, Fabien Willemin (da.) demande à «suspendre l’attribution de nouvelles résidences secondaires à Montreux». Ceci jusqu’à l’entrée en vigueur d’un nouveau Plan d’affectation communal», en laissant à l’Exécutif «toute liberté pour trouver le meilleur moyen».

Le texte développé par Nicolas Büchler va plus loin. Il incite la Municipalité à «étudier l’implémentation de mesures communales complémentaires au droit supérieur, afin de limiter les résidences secondaires sur le territoire communal».

Initialement ambitieux, ce postulat suggérait même une réduction du taux de résidences secondaires «à moins de 10%». «Ce chiffre était plus politique que calculé. Il s’agissait surtout de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière», affirme Nicolas Büchler. Après avoir pris connaissance de l’avis de droit en commission, le postulat a cependant été modifié. En attendant les débats, qui n’auront vraisemblablement pas lieu avant la rentrée d’automne, le conseiller socialiste a par ailleurs lancé des contacts auprès de députés, dans l’espoir que la problématique soit relancée au niveau cantonal.