
René Bautz et Gilles Verdan, respectivement président du Conseil d’administration et directeur général de Gaznat, au Centre de conduite et de surveillance de l’entreprise, à Aigle, en décembre dernier. | Lakeprod Nyon
Le gratin de l’industrie gazière suisse et de nombreux représentants de l’élite politique vaudoise et helvétique s’étaient retrouvés mardi soir dernier au Royal Savoy à Lausanne pour la 57e assemblée générale annuelle ordinaire de Gaznat. Un cadre cinq étoiles qui, s’il collait bien aux mines réjouies liées à un résultat net consolidé à 21 millions de francs et des fonds propres s’élevant à 170 millions, n’en a pas pour autant complètement occulté une question de fond qui a refait surface à l’heure du cocktail dînatoire: comment, en 2025, convaincre le grand public de sa bonne foi quant à sa volonté de contribuer activement et «de manière concrète» aux objectifs de décarbonation fixés par la Confédération pour l’horizon 2050 lorsque la part de gaz renouvelables dans le réseau que l’on gère s’est élevée à un petit 3,3% en 2024, en progression de +34% par rapport à 2023?
Dans son laïus, le nouveau président du Conseil d’administration de Gaznat René Bautz a évoqué la gigantesque panne d’électricité qu’a connue la péninsule ibérique à la fin avril. «Le solaire et l’éolien assuraient la plus grande part de la production à ce moment. Après la déconnexion de cette puissance, ce sont les centrales hydrauliques et surtout à gaz qui ont permis de remonter», a-t-il relevé, soulignant que l’infrastructure gazière était «un élément stabilisateur et essentiel pour la fourniture énergétique».
Directeur général de Gaznat, Gilles Verdan – dont c’était également la première assemblée générale à ce poste – a complété: «Il ne faut pas opposer les énergies les unes aux autres, nous aurons besoin de leur complémentarité.»
Contexte international «tendu»
De fait, si l’exercice financier 2024 de Gaznat a été marqué par un chiffre d’affaires de 1,3 milliard de francs en baisse par rapport à l’exercice «exceptionnel» de 2023 – un recul que la société basée à Vevey explique par «la baisse des prix du gaz et de la volatilité sur le marché européen, entraînant une baisse des volumes de trading» – l’année écoulée aura apporté son lot de satisfactions.
Elle aura ainsi notamment permis, selon les termes employés par Gaznat, de «confirmer le rôle majeur du gaz pour l’avenir énergétique en Europe». Ce à quoi il faut ajouter une demande en gaz suisse qui a «légèrement augmenté» et la prolongation jusqu’au 30 septembre 2026 par le Conseil fédéral de l’ordonnance sur la garantie des capacités de livraison en cas de grave pénurie de gaz naturel – les gestionnaires des réseaux gaziers, dont Gaznat fait partie, doivent garantir un stockage de gaz correspondant à au moins 15% de la consommation annuelle suisse.
Gilles Verdan n’a pas manqué de relever un contexte d’approvisionnement «encore tendu au niveau international». Dans ce domaine, Gaznat a expliqué avoir renouvelé pour 5 ans un contrat d’approvisionnement arrivé à échéance le 1er octobre 2024. La société dispose ainsi depuis fin 2024 de trois contrats avec des acteurs reconnus, renforçant ainsi la sécurité d’approvisionnement.
Par ailleurs, Gaznat, qui assure l’approvisionnement et le transport du gaz naturel et renouvelable dans les conduites à haute pression de Suisse occidentale depuis 1968, a souligné que le rôle du stockage de l’énergie représentait «un enjeu majeur dans la perspective de la stratégie énergétique 2050, qu’il s’agisse du stockage saisonnier d’énergie excédentaire produite en été pour une utilisation en hiver, ou pour la sécurité d’approvisionnement». Elle a dit poursuivre, dans cette perspective, le développement de son projet de stockage de gaz en cavités rocheuses, «qui permettrait de répondre pleinement aux défis posés par ces questions».
Solutions innovantes en développement
Toujours au chapitre des défis, Gaznat a lancé un nouveau programme de recherche en partenariat avec l’EPFL par la signature, en décembre dernier, d’un nouvel accord-cadre d’un montant de 5 millions de francs sur sept ans. Axée sur des thématiques clés telles que le développement des gaz renouvelables, la capture du carbone, le stockage de gaz, ainsi que l’intelligence artificielle, cette collaboration vise à «soutenir des projets à fort impact», en facilitant les essais en environnement industriel, indique la société, qui dit avoir pour objectif de «mettre sur le marché des solutions innovantes et viables».
C’est dans ce cadre qu’intervient, à Aigle, l’Innovation Lab, plateforme mise à disposition des hautes écoles pour tester de nouvelles technologies. Y sont développés actuellement un réacteur de méthanation (production de méthane synthétique par l’éolien ou le photovoltaïque), des membranes pour capter le CO2 et – nouveauté annoncée lors de l’assemblée générale – une pile à combustible permettant autant de produire de l’hydrogène à partir d’électricité que l’inverse. Autant de projets pour une vision claire: remplir les engagements de Gaznat «à la réalisation des objectifs de la stratégie énergétique suisse pour 2050 et pour la protection du climat».
