«Les gens ont de plus en plus de peine à respecter notre travail»

L’agriculteur Laurent Brügger – ici avec ses deux chiens de protection dans son exploitation du Bouveret – ne cache pas que les relations avec les randonneurs et vététistes sont parfois tendues.  | R. Brousoz

Cohabitation
En montagne, les mesures que les bergers doivent mettre en place contre le loup sont parfois source de tension avec les randonneurs. Exemples et explications.

«Trop de gens ne connaissent pas notre travail et se croient tout permis», soupire Laurent Brügger. Pour cet agriculteur installé au Bouveret, la saison estivale n’est de loin pas la plus sereine. Avec, déjà, cette menace permanente du loup sur ses quelque 120 moutons. L’an dernier, le prédateur a dévoré trois de ses brebis sur les hauteurs de Saint-Gingolph.

Autre souci qui complique la vie de l’éleveur chablaisien: les fréquentes incivilités qu’il constate de la part de certains randonneurs et autres usagers de la montagne. Des comportements qui ont un impact direct sur la sécurité de son troupeau. «Il arrive qu’un parc électrifié reste ouvert, car des promeneurs n’ont pas pris la peine de le refermer après l’avoir traversé», explique-t-il. Des situations qui surviennent selon lui une dizaine de fois par année, et qui s’expliqueraient par le côté un peu fastidieux de l’opération: cinq fils électriques à raccrocher à l’aide de poignées.

La présence accrue des VTT en montagne n’est pas non plus sans poser de problème, notamment vis-à-vis des chiens de protection. À proximité des troupeaux, les panneaux d’avertissements invitent généralement les cyclistes à descendre de leurs vélos. Une consigne qui n’est pas toujours respectée. Et la réaction des patous et autres gardiens canins ne se fait pas attendre. «Les chiens ont horreur des VTT, souligne Laurent Brügger, car ils arrivent généralement sans bruit, à toute vitesse et surprennent le troupeau.»

Pas le choix

Claude Lattion le confirme: la cohabitation n’est pas toujours simple entre loisirs en montagne et protection des troupeaux. Les altercations ne sont pas rares. «Pas plus tard que ce matin, une bergère m’a appelé», raconte le président de l’Association des éleveurs ovins et caprins du Valais romand. «Malgré les panneaux, un promeneur ne tenait pas son chien en laisse en passant à proximité d’un parc à moutons et le patou a aboyé.»

À ses yeux, les chiens de protection restent la meilleure défense contre le loup. «Ils peuvent représenter certaines contraintes pour les promeneurs, VTT et campeurs, mais le public doit comprendre que nous n’avons pas le choix. Nous avons fait un grand travail de sensibilisation et nous allons continuer. Mais après, c’est aussi une question de respect de la part de chacun», estime le responsable, qui ne compte pas non plus le nombre de panneaux d’avertissement qui disparaissent. Volés, selon lui. 

Harmonie à trouver

«C’est un fait, la montagne compte de plus en plus de chiens de protection, mais aussi de randonneurs», constate pour sa part Sébastien Rappaz, directeur de Valrando. Ce dernier évoque une forme d’incompréhension qui règne parfois entre agriculteurs et promeneurs. Selon lui, les mauvais comportements sont à déplorer de part et d’autre. «Le berger n’est pas seul et unique habitant des montagnes, dit-il. Tout comme les randonneurs doivent avoir des comportements adaptés et ne pas passer trop près des troupeaux. Le tourisme est nécessaire, le pastoralisme aussi. Aucun des deux n’a plus de droits que l’autre, il faut trouver un terrain d’entente.»

Mais tout de même, certaines configurations sont propices aux conflits. Lorsque, par exemple, un parc à moutons englobe un bout de sentier et que les marcheurs ou vététistes doivent le traverser. «En Valais, les chemins pédestres sont homologués, explique Sébastien Rappaz. Une fois qu’ils sont officiels, les randonneurs ont le droit d’être sur ces chemins.»

«Idéalement, poursuit le directeur de Valrando, il faudrait que les éleveurs clôturent en évitant les tracés. Nous encourageons d’ailleurs les Communes à leur passer ce message, mais également à les soutenir pour qu’ils se dotent de portails plus pratiques à franchir.» Un moyen qui permettrait notamment de réduire les risques que les enclos restent ouverts faute d’avoir été refermés.

Aucun incident grave

Jusqu’à ce jour, le responsable dit n’avoir enregistré aucun incident majeur impliquant un chien de protection. «C’est souvent plus émotionnel que grave», remarque-t-il. Valrando organise d’ailleurs des randonnées de sensibilisation pour se familiariser avec ces animaux. La prochaine est prévue le 17 août dans le val de Bagnes. «Nous irons à leur contact en présence de la bergère», explique-t-il. Les personnes intéressées peuvent s’inscrire directement sur le site valrando.ch.

Retour au Bouveret. Pour Laurent Brügger, ces situations conflictuelles n’ont – jusqu’à présent – provoqué qu’aboiements, grosses frayeurs et engueulades. Mais la crainte qu’une morsure survienne est toujours bien présente dans l’esprit du moutonnier. «On travaille avec du vivant», conclut-il.

Que faire lors d’un face-à-face avec un patou?

En cas de rencontre avec l’un de ces chiens, l’association Arcadia – qui œuvre pour la sauvegarde du pastoralisme – recommande de s’arrêter si le canidé s’approche. «Il vaut mieux lui montrer votre profil plutôt que de rester de face, vous serez moins imposant», peut-on lire sur son site Internet. «Évitez de regarder le chien directement dans les yeux et enlevez vos lunettes de soleil. Gardez vos bâtons le long du corps, le chien viendra vous sentir. En général, si vous lui donnez le temps de vous renifler sans le presser, il vous laissera passer.» Mais attention, il ne faut pas lui tendre la main, cela pourrait être pris comme une agression. Selon l’association, si le chien continue à grogner, c’est le «signe que si vous forcez le passage, vous prenez le risque de vous faire mordre». Le mieux à faire dans ce cas-là? S’éloigner.

Plus d’infos: www.berger-arcadia.ch/f/respecter/comportements-adequats.asp

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