«L’intelligence émotionnelle est plus que jamais nécessaire»

Après plusieurs entreprises de renommée mondiale, Philippe Vignon a posé ses valises au Glion Institute of Higher Education. Il en est le directeur depuis le 16 juin dernier.  | P. Combremont

Hôtellerie
À l’heure où les campus se vident pour les vacances d’été, le nouveau directeur du Glion Institute of Higher Education arrive, lui, pour conduire l’expansion internationale de cette école privée spécialisée dans le luxe.

«Cela semble peut-être un peu <flyé>, non?», s’interrompt Philippe Vignon. On pourrait en effet s’attendre à ce que le tout récent patron du Glion Institute of Higher Education, qui a pris ses fonctions mi-juin, évoque sa vision stratégique en objectifs de management, de marketing ou de tourisme. Mais dans une période de compétitivité, de spécialisation et d’instabilité accrues pour les étudiants, son credo est plutôt de renforcer leur «intelligence émotionnelle» et de redonner leur «sens» aux métiers de service.

Car le nouveau directeur en est convaincu: malgré les 30% de jobs ou de fonctions dont on prédit qu’ils sont aujourd’hui menacés par le développement de l’intelligence artificielle et amenés à disparaître, ceux du tourisme, de l’hôtellerie et du service subsisteront. «On aura toujours besoin d’un sourire, de quelqu’un qui sache véritablement entrer en contact avec le client, anticiper ses besoins et l’accompagner. Aujourd’hui, le luxe, ce n’est plus l’achat d’un produit. C’est une expérience unique que l’on vit.»

Parcours atypique

À 58 ans, Philippe Vignon a eu une carrière de manager aussi diverse qu’atypique. C’est d’abord au sein de L’Oréal Suisse qu’il gravit les échelons de la marque. Puis, passant du luxe à l’aviation low-cost populaire, il se fait alors connaître comme directeur commercial d’EasyJet, dont il a piloté le lancement à Genève. Il devient ensuite CEO du domaine digital du groupe Edipresse, avant de prendre la tête de Geneva Tourism & Conventions, qu’il a fortement développé en une organisation marketing de destination régionale.

Comment en est-il donc arrivé à prendre aujourd’hui la direction d’un institut d’études? «En fait, dans mon parcours, il y a comme tronc commun le fait que j’ai toujours considéré que la performance d’une organisation était intrinsèquement liée à celle des gens qui la composent, c’est-à-dire ses collaborateurs, répond Philippe Vignon. À Glion, j’ai trouvé ici une institution magnifique, qui a une mission extraordinaire, un niveau de passion, un engagement de chacun, avec un très haut niveau et une grosse expertise.»

Le manager se définit lui-même comme un «leader» ayant pour responsabilité «de construire un cadre de travail et de vivre ensemble interculturel, qui fasse sens et soit épanouissant». Une composante importante, le campus de Glion accueillant 1’822 étudiants, dont 94% sont des étrangers.

«À l’ère où ces jeunes sont toujours scotchés à leurs téléphones, avec une accélération croissante du digital, ils vivent en outre dans un monde où il n’y a plus aucune stabilité. Un univers volatil, incertain, complexe et ambigu. Il est ainsi plus que jamais nécessaire de développer les soft skills, à savoir les compétences humaines et relationnelles», estime Philippe Vignon.

Savoir se démarquer

Sur le plan économique et sur la capacité à recruter, le contexte des hautes études est plus tendu. «On est sur un marché qui devient très compétitif. On voit aussi, naturellement, une augmentation de la concurrence. Il y a de plus en plus d’écoles, d’universités, de HES au niveau mondial. Face à cela, l’élément de Swissness peut faire la différence. Soit non seulement la situation géographique et sa qualité de vie, mais aussi maintenant sa sécurité.»

Pour répondre à la spécialisation des masters, l’institut compte par ailleurs sur sa mise en place de formations en finance, real estate ou en immobilier. Philippe Vignon est par ailleurs engagé en matière de durabilité.

Au classement des écoles d’hôtellerie et de luxe, Glion Institute of Higher Education est actuellement 6e au niveau mondial et son directeur a pour objectif «de remonter», mais également de mener une nouvelle phase de développement. L’établissement figure par ailleurs dans le trio de tête du ranking «employer reputation», tenant la troisième position. Attirant plus de 100 nationalités, l’école a enregistré une diminution des étudiants russes et chinois. Il y a donc encore de gros potentiels sur ce marché, ou sur les pays du Golfe par exemple.