
Pour Jonathan Dubas, la victoire à Oulan-Bator représente une opportunité idéale pour se lancer dans un projet olympique, avec en ligne de mire les JO de Los Angeles en 2028. | Swiss Basketball
Jonathan Dubas, une fois l’adrénaline retombée, vous réalisez ce que vous venez d’accomplir?
– C’est fou! Cet exploit, personne ne l’attendait. Comme c’est tout frais, on a encore de la peine à réaliser. J’espère qu’avec ce succès, il y aura des retombées positives pour le basket suisse en général.
Ces dernières semaines, l’équipe féminine de 5 contre 5 a participé à son premier Euro depuis 1956, et les garçons M19 ont atteint les quarts de finale du Mondial à Lausanne. Il se passe quelque chose en Suisse?
– Vu le peu de basketteurs que compte notre pays, c’est une très bonne chose. Pour l’image et pour l’avenir.
À Oulan-Bator, en Mongolie, vous avez battu les meilleures équipes du monde, sauf l’Espagne.
– Des 20 équipes engagées, je crois que nous étions 14e au classement mondial, c’est-à-dire que nous sommes arrivés sur place sans prétention. Après avoir pris une dérouillée d’entrée contre l’Espagne (21-12), on s’est dit que c’était mal barré. Puis, dans cette phase de poule, nous avons dominé la Grande-Bretagne, et puis surtout la Hollande, les récents champions olympiques de Paris. Ensuite, on ne pouvait pas imaginer pire tirage. Mais après une victoire contre la Lettonie, en quarts, les premiers champions olympiques à Tokyo, on a commencé à y croire. Et en demi-finale, face aux Serbes, champions du monde en titre, ce fut le meilleur match que nous n’ayons jamais joué. Petit bémol pourtant: dans l’euphorie, nous avons un peu décompressé, en sortant de notre bulle. Et en finale, nous avons été moins bons face à l’Espagne (défaite 21-17), mais cela reste exceptionnel évidemment.
D’autant plus que votre préparation s’est limitée au strict minimum…
– Natan (Jurkovitz) et Jonathan (Kazadi) ont connu une très longue saison avec Fribourg Olympic, Coupe d’Europe comprise. Les quatre réunis (avec également Thomas Jurkovitz), nous nous sommes contentés d’un camp d’entraînement d’une semaine avec les Serbes chez eux avant le Mondial. Ceux-là même qu’on a battu quelques jours plus tard, ce qui est assez cocasse!
Vous avez manqué la qualification pour les JO de Paris. Avez-vous désormais en ligne de mire ceux de Los Angeles en 2028?
– Oui, ce résultat que nous avons obtenu à Oulan-Bator constitue une excellente base de travail. Une opportunité idéale pour lancer un projet olympique, trouver des appuis, devenir plus professionnels. On va s’y mettre à fond.
Pourquoi ce Mondial a-t-il eu lieu en Mongolie, un pays connu surtout pour ses paysages arides et lunaires?
– Très modeste en basket traditionnel, la Mongolie s’est lancée à fond dans le basket 3×3 et a beaucoup progressé. Excepté une statue de Gengis Khan de 40 mètres de haut, Oulan-Bator ressemble à une ville anonyme comme on en voit un peu partout dans le monde. Mais il suffit d’en sortir, comme on l’a fait en taxi lors d’un jour de libre, pour découvrir des paysages fidèles à ce qu’on imagine: des steppes à perte de vue, des yourtes partout, etc. Les gens là-bas sont plutôt sympas.
Comment vous êtes-vous lancé dans le 3×3?
– Avec mes coéquipiers actuels, l’idée avait déjà germé de s’y mettre un jour lorsque nous jouions ensemble en équipe nationale de basket traditionnel. Voilà quatre ans, nous avons lancé le Team Fribourg en 3×3. Personnellement, alors que j’étais à la fois capitaine et directeur sportif de Vevey Riviera Basket, j’ai cherché en vain une nouvelle équipe lors la débâcle financière et la relégation du club en 1re ligue en fin d’année dernière. Et en février, j’ai eu l’occasion d’intégrer le Team Lausanne 3×3 qui participe au World Tour.
Sport de rue par excellence, fun, tendance, le 3×3 obéit à des règles très différentes du basket traditionnel. Ça vous plait?
– Même plus que ça. J’adore! On joue en plein air dans les centres-villes la plupart du temps. C’est très intense, il n’y a pas de temps mort. Les erreurs se paient cash. Si vous en faites deux ou trois en début de match, vous ne revenez pas, car le temps est très court. C’est pourquoi les surprises ne manquent pas. Pour le public, c’est facile à regarder, on ne s’ennuie jamais. Ça cartonne aussi en streaming, les fans peuvent suivre les matches en direct où qu’ils aient lieu dans le monde.
Avec le Team Lausanne, vous participez au World Tour de la FIBA (Fédération internationale de basket), une compétition rythmée par les voyages aux quatre coins du monde. Il doit y avoir de l’ambiance, non?
– En 3×3, il n’y a pas de supporters locaux soutenant leur équipe toute une saison, comme c’est le cas par exemple en hockey. C’est du spectacle pur, un peu comme au tennis. Depuis février, j’ai joué, entre autres, en Thaïlande, au Vietnam, en Guyane, à Marseille. Et surtout à Amsterdam. C’est mon meilleur souvenir dans la discipline, car il y avait une super ambiance. Entre les joueurs des différents pays, nous formons une petite communauté partageant les mêmes valeurs. Nous sommes des amis plus que des adversaires, ce qui est très chouette. À la mi-août, avec le Team Lausanne, nous participerons à l’étape lausannoise avec les meilleures équipes du monde.
