«Grâce à cette course, je suis tombée amoureuse de la Suisse»

Championne de va’a, Puatea Taruoura a trouvé un nouveau port d’attache à Villeneuve, où elle fait le bonheur du Paddle Club.  | K. Di Matteo

Villeneuve
La Molokai sur Léman pourra compter sur Puatea Taruoura le 19 juillet prochain. La multi-championne du monde de va’a, une discipline tahitienne, s’est établie à Territet en mars.

«Hello coach!» Au cabanon du Paddle Club, sur la rive villeneuvoise de l’embouchure de l’Eau Froide, Puatea Taruoura opine de la casquette vers celui ou celle qui la salue en venant chercher sa planche ou son va’a, cette pirogue tahitienne dont la société a acquis deux modèles six places pour constituer une équipe (voir édition 198, 9 avril 2025).

La multi-championne du monde de la discipline (44 ans) est là pour ça. Elle était simplement venue de Toulon l’été dernier pour découvrir les courses de la «Molokai sur Léman» , mais elle a finalement prolongé un peu plus que prévu… «Je suis tombée amoureuse de la Suisse. J’ai dit que j’allais m’installer ici. Personne ne m’a cru», sourit celle qui habite désormais à trois kilomètres de là, à Territet.

Coach de luxe

En quelques mois, la Tahitienne est devenue entraîneuse de luxe et figure incontournable du Paddle Club. Elle y vient grosso modo tous les soirs, avec son compagnon, lui aussi une référence du va’a.

Qu’il y ait entraînement ou non, elle est là, avec ses fleurs dans les cheveux, sur son t-shirt, ou en tatouage. «Les fleurs sont très importantes dans notre culture, explique la native de Bora Bora. Bon, là-bas, jamais vous ne me verrez avec une fausse fleur comme ma pince à cheveux. On porte des fleurs même en faisant du sport.»

Et du sport, elle en fait depuis qu’elle est gamine. «Du porter de fruits, de la montée aux arbres, du coprah (ndlr: décorticage de noix de coco).» Et de la pirogue, évidemment. «Chez nous, cela s’apprend à l’école, j’ai d’ailleurs exercé comme éducatrice en va’a.»

Un métier parmi d’autres, dans une société où le quotidien n’est pas de tout repos. «Ici, la vie est facile, presque trop des fois», ajoute celle qui exerce comme aide-soignante.

Un papa entraîneur

Le sport lui a d’ailleurs appris à se battre. Elle a 9 ans quand elle s’inscrit à sa première compétition, 13 lors de son premier championnat du monde. «Pour nous, notre papa était une figure, mais aussi notre entraîneur. On était six filles en famille et on faisait toutes de la compétition.»

Plus qu’un sportif de renom, Jacob était un agriculteur, pêcheur et pasteur estimé, à voir la nécrologie publiée en 2022 par le parlement polynésien. «Il a réussi à nous amener là où on est, dans les valeurs du respect et de l’amour. Pour cela, je dis merci au Seigneur.»

La protestante de confession remercie à nouveau ce dernier en repensant à l’appartement et le travail qu’elle a trouvés coup sur coup en mars, en arrivant de France. Elle ajoute une pensée pour celle qui l’a accueillie sans contrepartie deux mois plus tôt, le temps des recherches, et ceux qui l’ont aidée pour décrocher le poste. «Avant cela, j’ai habité à Marseille, puis à Toulon. Je voulais d’abord rester en France le temps des études de ma fille, mais je n’ai pas pu me résoudre à la laisser seule. Mon fils, lui, vit et travaille à Bora Bora, il ne veut pas venir.»

«Taihani», le nom du club de va’a qu’elle a fondé en Polynésie, vient du reste de la contraction des prénoms de ses enfants, Taiau et Haniway, 26 et 22 ans. «Même s’ils n’aiment pas le va’a. Eux, c’est plutôt le foot.»

Nouveau port d’attache

Si elle rentre en Polynésie chaque année, elle se sent bien dans son nouveau port d’attache. Elle a rencontré sa nouvelle famille l’été dernier à Toulon, où une équipe de Villeneuve s’était inscrite à une compétition relevée, le Te Aito. Malgré l’âge moyen élevé des rameurs chablaisiens, Puatea a été impressionnée par leur course. «Plus encore par leur motivation.»

Vincent Marti, président du Paddle Club, a droit à une mention spéciale: «C’est le gars qui vit son truc à fond, je le mets au même niveau que certains Tahitiens.» C’est lui qui l’a attirée à la Molokai sur Léman l’an dernier pour coacher une équipe, lui encore qui lui a trouvé une pirogue. «De toute ma vie, je n’en ai jamais acheté, avoue-t-elle. On m’en prêtait et je pouvais la garder selon mes résultats.»

Cette année, elle guidera une équipe 100% féminine et elle a plaisir à transmettre son savoir à ses élèves, indépendamment de leur niveau et de leur âge. «Mais tu dois écrire qu’on cherche des jeunes!»

Ses disciples ont-ils progressé depuis son arrivée? Elle fait la moue. «Oui, quand même. Il faut admettre que je ne peux pas les entraîner souvent, seulement trois fois par semaine.» On lui fait remarquer que c’est déjà pas mal… Et la championne de rétorquer, l’air dubitatif: «Oui, c’est ce qu’ils me disent.»

www.thepaddleclub.ch/molokai-2025/

«Molokai sur Léman», le 19 juillet à Villeneuve.

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